Parc d'artillerie des Buttes-Chaumont.18 mars 1871 - photographie Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis
Les troupes envoyées par le général Faron pour occuper Belleville rendent leurs armes aux Fédérés et fraternisent avec la foule
Pendant que Montmartre résiste, Belleville tient aussi. Le général Faron a été chargé de la division est : 6 000 hommes pour s'emparer des canons des Buttes Chaumont, occuper Belleville et contrôler les faubourgs populaires du nord-est. Sur le papier, les effectifs semblent écrasants. Sur le terrain, c'est une autre histoire.
Place de l'église de Belleville, les troupes envoyées par Faron pour occuper le quartier font face à la même réalité qu'à Montmartre : une population qui descend dans la rue, des gardes nationaux qui prennent position, une atmosphère qui rend le combat impensable. Les soldats — des conscrits pour beaucoup, des fils d'ouvriers envoyés mater d'autres ouvriers — ne tirent pas. Ils rendent leurs armes aux Fédérés et fraternisent avec la foule.
La scène se répète simultanément en plusieurs points du quartier. Aux Buttes Chaumont, seules 18 des 52 pièces d'artillerie sont enlevées avant que trois coups de canon à blanc donnent l'alerte générale. À la mairie de Belleville, Faron doit battre en retraite, ses troupes refusant de mettre les mitrailleuses en batterie. À la salle de la Marseillaise, toute une division livre ses armes.
Ce qui se passe à Belleville ce matin-là n'est pas une défaite militaire au sens classique — aucun combat significatif n'a eu lieu. C'est un effondrement moral de l'armée face au peuple qu'on lui demandait de réprimer. Faron, comme Lecomte à Montmartre, rentre bredouille. Paris est aux Fédérés.