139 rue de Belleville
Toponymie — rue de Belleville
Événements à cette adresse
3 événements · 1854 — 1891Les troupes envoyées par le général Faron pour occuper Belleville rendent leurs armes aux Fédérés et fraternisent avec la foule
Pendant que Montmartre résiste, Belleville tient aussi. Le général Faron a été chargé de la division est : 6 000 hommes pour s'emparer des canons des Buttes Chaumont, occuper Belleville et contrôler les faubourgs populaires du nord-est. Sur le papier, les effectifs semblent écrasants. Sur le terrain, c'est une autre histoire.
Place de l'église de Belleville, les troupes envoyées par Faron pour occuper le quartier font face à la même réalité qu'à Montmartre : une population qui descend dans la rue, des gardes nationaux qui prennent position, une atmosphère qui rend le combat impensable. Les soldats — des conscrits pour beaucoup, des fils d'ouvriers envoyés mater d'autres ouvriers — ne tirent pas. Ils rendent leurs armes aux Fédérés et fraternisent avec la foule.
La scène se répète simultanément en plusieurs points du quartier. Aux Buttes Chaumont, seules 18 des 52 pièces d'artillerie sont enlevées avant que trois coups de canon à blanc donnent l'alerte générale. À la mairie de Belleville, Faron doit battre en retraite, ses troupes refusant de mettre les mitrailleuses en batterie. À la salle de la Marseillaise, toute une division livre ses armes.
Ce qui se passe à Belleville ce matin-là n'est pas une défaite militaire au sens classique — aucun combat significatif n'a eu lieu. C'est un effondrement moral de l'armée face au peuple qu'on lui demandait de réprimer. Faron, comme Lecomte à Montmartre, rentre bredouille. Paris est aux Fédérés.
De 1854 à 1859, Jean-Baptiste Lassus élève rue de Belleville, dans le style du XIIIe siècle, l'une des premières églises néogothiques de Paris. Il meurt avant de la voir achevée ; l'année suivante, le village de Belleville est annexé à Paris.
Le village a longtemps prié chez les autres. En 1543, ses habitants obtiennent de l'évêché une chapelle ; une première église Saint-Jean-Baptiste la remplace en 1635, desservie par un vicaire de Saint-Merri, et Belleville ne devient une paroisse autonome qu'en 1802. En 1854, on la reconstruit en grand.
Jean-Baptiste-Antoine Lassus a rompu jeune avec l'École des beaux-arts et son néoclassicisme pour suivre Henri Labrouste. Il est le premier à appliquer aux édifices du Moyen Âge l'examen archéologique et l'étude des textes anciens. Restaurateur de la Sainte-Chapelle et de Notre-Dame, il transmet beaucoup de son savoir à Eugène Viollet-le-Duc, et défend la rationalité du gothique contre Quatremère de Quincy, qui n'y voyait que désordre et caprice : l'ogive, dit Lassus, porte. Belleville est son dernier chantier et son œuvre la plus aboutie : il en fixe la structure, le programme iconographique et le mobilier. Il meurt en 1857.
L'église mesure 68 mètres de long ; ses deux flèches montent à 57 mètres. Aimé-Napoléon Perrey sculpte les portails, Auguste de Martel réalise les verrières sur des cartons de Louis Steinheil. Au tympan du transept, côté rue Lassus, l'archevêque Morlot et la Religion présentent l'église à saint Jean-Baptiste. Viollet-le-Duc salue chez Lassus « beaucoup d'érudition, de goût ».
Le parvis a vu passer le Belleville rouge. Le 18 mars 1871, place de l'église, les soldats envoyés par le général Faron pour occuper le quartier rendent leurs armes et fraternisent avec la foule. De 1891 à 1924, l'église est le terminus du funiculaire de Belleville, tiré par un câble souterrain depuis la République. Elle est classée monument historique fin 2014.