Blanqui et Barbès sont arrêtés, mai 1848, Image: Ami.e.s De la Commune de Paris 1871
Lieu où fut reportée la réunion organisée par Blanqui, initialement prévue rue des Poirées, pour contrer l'initiative de création du Club des Clubs de Barbès, en fondant un "Comité des clubs démocratiques radicaux". Vingt clubs présents.
Le 26 mars 1848, au Conservatoire des Arts et Métiers rue Saint-Martin, Auguste Blanqui réunit vingt clubs pour tenter de contrer l'initiative de son rival Armand Barbès. L'enjeu : qui va contrôler la coordination des clubs révolutionnaires de Paris, et donc peser sur les élections à l'Assemblée constituante prévues en avril ?
Barbès venait de lancer le Club des Clubs — une fédération des sociétés politiques parisiennes destinée à orienter le vote républicain. Blanqui riposte en convoquant sa propre réunion et en fondant un Comité des clubs démocratiques radicaux. La réunion, initialement prévue rue des Poirées, est reportée au Conservatoire faute de salle disponible. Vingt clubs répondent présent.
La rivalité entre les deux hommes est ancienne et profonde. Tous deux vétérans des insurrections de 1830 et 1832, tous deux emprisonnés à de nombreuses reprises, ils incarnent deux tempéraments différents de la révolution : Barbès, fougueux et romantique, populaire dans les faubourgs ; Blanqui, froid, stratège, théoricien de la conspiration professionnelle. Ils se méfient l'un de l'autre depuis des décennies.
La bataille des clubs de mars 1848 est une répétition en miniature de conflits qui traverseront toute la gauche française — entre coordination large et avant-garde disciplinée, entre démocratie de masse et organisation révolutionnaire. Blanqui perdra cette manche : il sera arrêté en mai 1848, après la publication du document Taschereau qui l'accuse d'avoir informé la police en 1839. Il n'en sortira jamais vraiment innocenté.