Protestations à Berlin contre la guerre du Vietnam - Ludwig Binder, Haus der Geschichte, Studentenrevolte, Wikimedia
Manifestation des Comités Viêt Nam de Base (CVB) dont les Groupes de Propagande et d'Autodéfense attaquent un meeting d'Occident.
Le 7 février 1968, les Comités Viêt Nam de Base (CVB) appellent à une manifestation à Paris, dans la continuité d’une série d’actions anti‑impérialistes qui, depuis 1967, prennent pour cible l’engagement militaire américain au Vietnam. Nés dans le sillage de l’UJC(ml) et des mobilisations étudiantes contre la guerre, les CVB entendent rompre avec les formes plus feutrées de solidarité pour imposer un « style de masse » : tracts à la sortie des usines, meetings, cortèges au Quartier latin, occupation de l’espace public.
Pour encadrer ces actions, le mouvement s’est doté de Groupes de propagande et d’autodéfense. Leur mission est double : diffuser la parole des CVB au plus près des « masses » et assurer la protection active des manifestations, quitte à affronter physiquement les adversaires politiques. En ce début 1968, ces adversaires sont clairement identifiés : les militants d’Occident, organisation d’extrême droite particulièrement implantée dans certaines facultés parisiennes et déjà impliquée dans de nombreux incidents violents.
La journée du 7 février cristallise cette logique de confrontation. Un document interne des CVB, conservé dans les archives militantes, dresse un « bilan » de la manifestation et souligne le rôle des Groupes de propagande et d’autodéfense, chargés d’empêcher Occident de contrôler la rue. Si les sources divergent sur le détail des heurts, elles s’accordent sur le climat de tension extrême : invectives, jets de projectiles, charges de petits groupes, interventions policières. Pour une fraction de la jeunesse militante, la lutte contre la guerre du Vietnam se confond désormais avec la bataille, très concrète, pour le contrôle des accès aux facultés, aux amphithéâtres, aux places publiques.
Cet épisode de février est souvent éclipsé par l’explosion de Mai‑Juin 68, mais il en dit beaucoup sur la pré‑histoire des événements. Bien avant les barricades, les CVB expérimentent des formes d’organisation en comités de base, de service d’ordre et de confrontation avec l’extrême droite qui seront reprises, amplifiées et transformées pendant le printemps insurrectionnel. La manifestation du 7 février 1968 apparaît ainsi comme l’un de ces moments charnières, où la solidarité avec le Vietnam et la guerre des rues parisiennes ne font plus qu’un.