🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos

Au 24 de la rue Saint-Victor, dans le 5e arrondissement, le Palais de la Mutualité s'impose dès son inauguration en 1931 comme la grande arène politique de la rive gauche. L'édifice Art déco, massif et fonctionnel, offre une salle capable d'absorber des milliers de militants, d'écrivains, de syndicalistes — tous ceux qui ont quelque chose d'urgent à dire au monde.

Les années trente en font immédiatement un haut lieu de l'antifascisme militant. En 1933, Henri Barbusse et Romain Rolland y convoquent un Congrès international de la Jeunesse contre la guerre et le fascisme — une délégation clandestine de jeunes socialistes et communistes allemands de Mayence fait le voyage au péril de leur vie. La même année, Gaston Bergery, Paul Langevin, Bernard Lecache et Jean-Richard Bloch y jettent les bases d'un Front commun contre le fascisme. En 1935, le Congrès international des écrivains pour la défense de la culture rassemble 230 participants venus de 38 pays : Henri Barbusse, Bertolt Brecht, Max Ernst, André Breton, Ilya Ehrenbourg se retrouvent sous le même toit, dans une tension créatrice et politique explosive.

La « Mutu » traverse les décennies sans jamais perdre sa vocation protestataire. En 1941, elle accueille le congrès fondateur du Rassemblement national populaire de Marcel Déat — épisode sombre dans sa biographie. Puis viennent les combats pour l'Algérie, le Viêt-Nam, la Palestine. En 1968, les Comités Viêt Nam de Base y affrontent physiquement un meeting du mouvement d'extrême droite Occident. En 1973, des milliers d'antifascistes attaquent au cocktail Molotov un rassemblement d'Ordre Nouveau que la police prétend protéger — la salle flamme à nouveau, au sens littéral.

Noms successifs du lieu

  • 1931 Construction et ouverture du Palais de la Mutualité, style Art déco
  • 1933 — 1939 Haut lieu de l'antifascisme et des fronts populaires : congrès, meetings, spectacles militants
  • 1941 Premier congrès du Rassemblement national populaire de Marcel Déat
  • 1951 — 1973 Scène majeure des luttes anticoloniales, étudiantes et gauchistes (Algérie, Viêt-Nam, GP, immigrés)
  • Aujourd'hui Palais de la Mutualité, salle de spectacles et de congrès

Toponymie — rue Saint-Victor

rue Saint-Victor
Voisinage de l'ancienne abbaye Saint-Victor.
Voir la fiche complète de la voie

Événements à cette adresse

17 événements · 1930 — 1973
Palais de la Mutualité
Un meeting autorisé de l'organisation fasciste Ordre Nouveau contre l'immigration, protégé par la police, est attaqué au cocktail Molotov par des milliers de militants antifascistes
Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Rassemblement national des Comités de soutien aux travailleurs grévistes de la faim ; 2 500 participants immigrés
Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Meeting des Comités de Soutien à la Révolution Palestinienne, autour du mot d'ordre "Français immigrés tous unis : guerre au racisme"
Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Premier grand meeting de la GP, organisé par les "Amis de la Cause du Peuple" sur le thème "Pour une nouvelle justice"
Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Création d'un nouveau Secours Rouge destiné à protéger les militants menacés par la loi anticasseurs ; Charles Tillon sera exclu du PCF un mois plus tard
Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité (construite en 1931, style Art déco)
Manifestation des Comités Viêt Nam de Base (CVB) dont les Groupes de Propagande et d'Autodéfense attaquent un meeting d'Occident. Le 7 février 1968, les Comités Viêt Nam de Base (CVB) appellent à une manifestation à…

Manifestation des Comités Viêt Nam de Base (CVB) dont les Groupes de Propagande et d'Autodéfense attaquent un meeting d'Occident.

Le 7 février 1968, les Comités Viêt Nam de Base (CVB) appellent à une manifestation à Paris, dans la continuité d’une série d’actions anti‑impérialistes qui, depuis 1967, prennent pour cible l’engagement militaire américain au Vietnam. Nés dans le sillage de l’UJC(ml) et des mobilisations étudiantes contre la guerre, les CVB entendent rompre avec les formes plus feutrées de solidarité pour imposer un « style de masse » : tracts à la sortie des usines, meetings, cortèges au Quartier latin, occupation de l’espace public.

Pour encadrer ces actions, le mouvement s’est doté de Groupes de propagande et d’autodéfense. Leur mission est double : diffuser la parole des CVB au plus près des « masses » et assurer la protection active des manifestations, quitte à affronter physiquement les adversaires politiques. En ce début 1968, ces adversaires sont clairement identifiés : les militants d’Occident, organisation d’extrême droite particulièrement implantée dans certaines facultés parisiennes et déjà impliquée dans de nombreux incidents violents.

La journée du 7 février cristallise cette logique de confrontation. Un document interne des CVB, conservé dans les archives militantes, dresse un « bilan » de la manifestation et souligne le rôle des Groupes de propagande et d’autodéfense, chargés d’empêcher Occident de contrôler la rue. Si les sources divergent sur le détail des heurts, elles s’accordent sur le climat de tension extrême : invectives, jets de projectiles, charges de petits groupes, interventions policières. Pour une fraction de la jeunesse militante, la lutte contre la guerre du Vietnam se confond désormais avec la bataille, très concrète, pour le contrôle des accès aux facultés, aux amphithéâtres, aux places publiques.

Cet épisode de février est souvent éclipsé par l’explosion de Mai‑Juin 68, mais il en dit beaucoup sur la pré‑histoire des événements. Bien avant les barricades, les CVB expérimentent des formes d’organisation en comités de base, de service d’ordre et de confrontation avec l’extrême droite qui seront reprises, amplifiées et transformées pendant le printemps insurrectionnel. La manifestation du 7 février 1968 apparaît ainsi comme l’un de ces moments charnières, où la solidarité avec le Vietnam et la guerre des rues parisiennes ne font plus qu’un.

Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Le 1er avril 1951, environ 1 500 militants algériens sont arrêtés dans les rues du 5e arrondissement alors qu'ils se rendent au Palais de la Mutualité pour un meeting du Mouvement pour le triomphe des libertés…

Le 1er avril 1951, environ 1 500 militants algériens sont arrêtés dans les rues du 5e arrondissement alors qu'ils se rendent au Palais de la Mutualité pour un meeting du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques — le MTLD, principal parti nationaliste algérien dirigé par Messali Hadj. Les autorités françaises ont interdit le rassemblement. La police encercle le quartier avant l'heure prévue et interpelle les militants à l'approche.

L'événement est peu connu — il ne fait pas partie des épisodes retenus par la mémoire collective de la guerre d'Algérie, qui n'a pas encore officiellement commencé. Mais 1951 est une année charnière : le MTLD vient de réaliser une percée électorale aux législatives algériennes en 1951, et le gouvernement français durcit sa réponse. Ces arrestations massives à Paris, en plein cœur du quartier latin, illustrent que la répression du mouvement indépendantiste algérien ne se limite pas aux seules colonies — elle s'exerce aussi sur les immigrés algériens en métropole, plusieurs centaines de milliers à cette époque.

La Mutualité, rue Saint-Victor, est à cette époque le lieu privilégié des grandes réunions militantes parisiennes — syndicales, communistes, anticolonialistes. L'interdire et en arrêter les participants revient à nier que des Algériens puissent légitimement se réunir dans la capitale française pour défendre leur droit à l'autodétermination.

La guerre d'Algérie commencera officiellement le 1er novembre 1954. Mais elle se préparait depuis longtemps, dans les deux sens.

Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Premier congrès du Rassemblement national populaire (entre 10 et 30 000 adhérents)
Voir la fiche
Personnage(s) : Marcel Déat
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Le Front Populaire avait gagné les élections depuis deux mois. Les usines étaient en grève depuis deux semaines. Ce soir, le Groupe Octobre jouait pour ceux qui n'avaient pas de travail à cesser. Le 1er juillet 1936, la…

Le Front Populaire avait gagné les élections depuis deux mois. Les usines étaient en grève depuis deux semaines. Ce soir, le Groupe Octobre jouait pour ceux qui n'avaient pas de travail à cesser.

Le 1er juillet 1936, la grande vague de grèves de juin s'achève à peine. Les accords Matignon ont été signés le 7 juin : hausses de salaires de sept à quinze pour cent, délégués syndicaux dans les entreprises, conventions collectives. Les 20 et 21 juin, les Chambres ont voté séparément les congés payés et la semaine de quarante heures. Mais il y a à Paris des centaines de milliers de chômeurs — des hommes qui ont regardé la grève se faire sans pouvoir y participer, faute d'emploi. Ce sont eux que le Groupe Octobre invite ce soir au Palais de la Mutualité, rue Saint-Victor, dans le 5e arrondissement.

Le Groupe Octobre existe depuis 1932. C'est une troupe de théâtre communiste, fondée autour de Jacques Prévert et du metteur en scène Lou Tchimoukow, qui joue devant les travailleurs — aux portes des usines, dans les réunions syndicales, sur des scènes improvisées dans des cours d'immeuble. Ses membres : André Leduc, Maurice Baquet, Gilles Margaritis, Agnès Capri. Pas de décors, peu de costumes, beaucoup de texte.

La pièce de ce soir est Le Tableau des Merveilles, adapté de Cervantes par Prévert. Dans l'original de Cervantes — un entremés écrit vers 1615 —, un charlatan fait croire aux villageois qu'ils voient des merveilles sur un écran invisible, et chacun prétend les voir pour ne pas paraître illégitime ou de mauvaise extraction. Prévert transforme la farce en satire politique : le tableau qui montre ce qu'on ne voit pas, c'est l'idéologie. La mystification au service du pouvoir.

Pour les chômeurs du 1er juillet 1936, la leçon n'a pas besoin d'être expliquée. Le Front Populaire a gagné, la loi est passée, les grévistes ont obtenu leurs congés payés — mais eux sont toujours sans travail, toujours invisibles dans le grand récit de la victoire ouvrière.

C'est la dernière représentation du Groupe Octobre. La troupe se dissout ce soir-là, après quatre ans d'existence. Prévert continua d'écrire — des poèmes, des scénarios (Quai des Brumes, 1938 ; Les Enfants du Paradis, 1945). Maurice Baquet poursuivit une carrière d'acteur et de fantaisiste, son violoncelle à la main — on le retrouve la même année au générique des Bas-fonds de Jean Renoir. La salle de la Mutualité est toujours debout.

Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, organisé par l'AÉAR ; 230 participants, 38 pays représentés
Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Ils reviennent d'un congrès où l'on a décrété comment il fallait écrire ; devant la salle de la Mutualité, ils célèbrent l'URSS en taisant ce qui les inquiète. Le premier congrès des écrivains soviétiques s'est tenu à…

Ils reviennent d'un congrès où l'on a décrété comment il fallait écrire ; devant la salle de la Mutualité, ils célèbrent l'URSS en taisant ce qui les inquiète.

Le premier congrès des écrivains soviétiques s'est tenu à Moscou en août 1934. Il a créé l'Union des écrivains d'URSS, organisation unique à laquelle tout écrivain doit désormais appartenir pour être publié. Il a surtout consacré une doctrine officielle : le réalisme socialiste. Andreï Jdanov, envoyé de Staline, y a défini les écrivains comme les "ingénieurs des âmes." La littérature doit représenter la réalité "dans son développement révolutionnaire," c'est-à-dire telle que le Parti la souhaite.

Des écrivains français y ont assisté. André Malraux, auteur de "La Condition humaine," prix Goncourt l'année précédente, y a prononcé un discours intitulé "L'art est une conquête." Il y salue l'émancipation du prolétariat soviétique tout en formulant une réserve nette : les principes du réalisme socialiste risquent d'étouffer la création. Louis Aragon, lui, rentre convaincu et travaillera à importer la doctrine en France.

Le 23 octobre 1934, un meeting de compte rendu se tient au Palais de la Mutualité, 24 rue Saint-Victor dans le 5e arrondissement, salle emblématique de la gauche parisienne. Sont annoncés André Gide, André Malraux, Jean Cassou, Fernand Léger, Jean Guéhenno.

Le contexte impose le silence sur les objections. Nous sommes huit mois après le 6 février 1934, la menace fasciste est la préoccupation dominante, le rapprochement communiste-socialiste vient de s'engager. Critiquer l'URSS publiquement, c'est faire le jeu de l'adversaire. Gide, le plus prestigieux des compagnons de route, incarne cette position : il a proclamé son adhésion au communisme en 1932 sans adhérer au Parti.

Deux ans plus tard, tout bascule. Gide se rend en URSS à l'été 1936, invité officiel, et publie en novembre "Retour de l'URSS," livre bref et dévastateur qui décrit la misère, le conformisme, le culte de Staline, la peur. La presse communiste le traite de traître et de fasciste. Il ne se rétractera jamais.

Malraux, lui, partira commander l'escadrille España en Espagne, et gardera longtemps le silence sur les procès de Moscou.

Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Palais de la Mutualité
Congrès international de la Jeunesse contre la guerre et le Fascisme, appelé par Henri Barbusse et Romain Rolland ; délégation allemande clandestine de cinq jeunes socialistes et communistes de Mayence
Voir la fiche
24 rue Saint Victor — 5e arr.
24 rue Saint Victor — 5e arr.
Bâtiment remarquable (Maison de la Mutualité)
Sur le terrain de l'ancien séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet, fermé en 1906 et rasé en 1911, les architectes Victor Lesage et Charles Miltgen construisent en 1930 la Maison de la Mutualité, derrière une façade Art déco. Le président Paul Doumer l'inaugure en 1931 : la grande salle compte alors 1 789 places, chiffre choisi en souvenir de la Révolution, et l'escalier de marbre blanc reçoit des ferronneries semblables à celles du paquebot Normandie. En juin 1935, elle accueille le congrès international des écrivains pour la défense de la culture, avec 230 participants venus de 38 pays.
Voir la fiche
Personnage(s) : Paul Doumer
24 rue Saint Victor — 5e arr.

Aujourd'hui

Rénové en profondeur au début des années 2000, le Palais de la Mutualité fonctionne aujourd'hui comme salle de spectacles, de conférences et de congrès. La grande salle et ses espaces modulables accueillent concerts, colloques et soirées privées. La façade Art déco demeure visible depuis la rue Saint-Victor, témoignage discret d'un siècle de tribunes enflammées.

←
N° précédent · rue Saint Victor 16 rue Saint Victor
N° suivant · rue Saint Victor 35 rue Saint Victor
→