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3 octobre 1968
Événement

Paris manifeste contre le massacre des étudiants mexicains de Tlatelolco et la police procède à deux mille arrestations

Paris manifeste contre le massacre des étudiants mexicains de Tlatelolco et la police procède à deux mille arrestations
Des soldats mexicains dans les rues le 30 juillet 1968. Photo de Marcel·li Perelló.

La nouvelle du massacre arrive de Mexico le lendemain ; à Paris, ceux qui ont fait Mai descendent dans la rue, et la police en ramasse deux mille.

Le 2 octobre 1968, sur la place des Trois-Cultures, dans le quartier de Tlatelolco à Mexico, l'armée et la police mexicaines ouvrent le feu sur un rassemblement d'étudiants et de travailleurs. Le mouvement étudiant mexicain dure depuis l'été. Il réclame la libération des prisonniers politiques, l'abrogation des articles du code pénal sur la "dissolution sociale," la dissolution du corps des grenadiers. Le gouvernement de Gustavo Díaz Ordaz veut le liquider avant l'ouverture des Jeux olympiques, prévue dix jours plus tard, le 12 octobre.

Le bilan est disputé et le restera. Le gouvernement annonce quatre morts et vingt blessés. Les organisations étudiantes en comptent entre deux et trois cents. Des milliers d'arrestations suivent. La presse mexicaine reçoit consigne de ne pas "saboter les Jeux olympiques" en parlant du massacre. Les Jeux s'ouvriront sous protection militaire.

À Paris, la nouvelle tombe le 3 octobre. Elle atteint un milieu militant encore à vif : quatre mois plus tôt, les barricades du Quartier latin, la grève générale de dix millions de travailleurs, l'occupation des facultés. Depuis, Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur nommé fin mai, a fait dissoudre en juin l'essentiel des organisations d'extrême gauche : la Jeunesse communiste révolutionnaire, l'UJCML, le Mouvement du 22-Mars, la Fédération des étudiants révolutionnaires. Les militants sont fichés, les groupes clandestins, les manifestations systématiquement interdites.

L'appel à manifester en solidarité avec les étudiants mexicains est donc doublement illégal : la manifestation est interdite, et les organisations qui appellent sont dissoutes. Elle a lieu quand même. La répression policière est massive : environ deux mille arrestations à Paris.

Ce chiffre dit l'état du pays à l'automne 1968. Le pouvoir gaulliste a gagné les élections de juin par un raz-de-marée. Il tient la rue. Mais il tient la rue en arrêtant deux mille personnes venues protester contre un massacre commis à dix mille kilomètres. L'internationalisme des générations post-68 se forge dans ces soirées-là, dans les cars de police et les commissariats parisiens.

Au Mexique, il faudra attendre 2002 pour qu'un ancien président soit entendu par un juge sur ces faits, et 2009 pour qu'il soit acquitté.