Une lampe à arc voltaïque installée sur les genoux d'une allégorie de pierre : c'est ainsi que l'électricité entre dans les rues de Paris.
En 1843, Paris est éclairée au gaz depuis une vingtaine d'années. Les réverbères à huile ont été progressivement remplacés à partir des années 1820, et l'éclairage au gaz de houille a transformé la vie nocturne : les théâtres, les passages couverts, les grands boulevards s'illuminent, la ville prolonge son activité dans la nuit. Ce gaz produit une lumière jaune et vacillante, dégage une odeur, exige un allumeur qui passe chaque soir.
L'arc électrique est connu depuis les expériences de Humphry Davy au début du siècle. Deux baguettes de charbon reliées à une pile, légèrement écartées, produisent entre elles un arc lumineux d'une intensité éblouissante. Le problème est double : les piles voltaïques disponibles sont coûteuses et s'épuisent vite, et les charbons se consument, ce qui exige de les rapprocher continuellement à la main.
Le 20 octobre 1843, un essai d'éclairage public par arc voltaïque est conduit place de la Concorde. L'appareil est installé sur les genoux de la statue représentant la ville de Lille, l'une des huit allégories des grandes villes de France disposées aux angles de la place par Hittorff quelques années plus tôt.
L'essai est spectaculaire et sans lendemain immédiat. Il faudra attendre l'invention de la dynamo par Gramme en 1871, puis la bougie électrique de Paul Jablochkoff en 1876, pour que l'éclairage public électrique devienne praticable. Les "bougies Jablochkoff" illumineront l'avenue de l'Opéra et la place de l'Étoile à partir de 1878, et l'Exposition universelle de 1881 consacrera l'électricité.
La place de la Concorde a alors une charge historique lourde. C'est là qu'ont été guillotinés Louis XVI, Marie-Antoinette, Danton et Robespierre, quand elle s'appelait place de la Révolution. L'obélisque de Louxor y a été érigé en 1836 précisément pour occuper ce sol d'un monument sans signification politique française.