Quelques centaines d’étudiants dans une cour, un recteur qui appelle la police : le 3 mai 1968, la Sorbonne met le feu au Quartier latin.
Tout commence à Nanterre. Depuis le 22 mars, un petit groupe, le « Mouvement du 22 Mars », dont Daniel Cohn-Bendit est l’une des figures, agite la faculté. Le 2 mai, après une journée « anti-impérialiste » qui a interrompu le cours de l’historien René Rémond, le doyen Pierre Grappin ferme l’établissement. Plusieurs étudiants, dont Cohn-Bendit, sont convoqués devant une commission de discipline pour le lundi suivant.
Le vendredi 3 mai, la contestation passe au Quartier latin. Dans la cour de la Sorbonne, entre cent cinquante et quatre cents manifestants, dont une partie venue de Nanterre, tiennent un meeting de protestation contre la répression. Au mégaphone, les orateurs se succèdent ; Cohn-Bendit est filmé par l’ORTF, mais ces images ne seront diffusées que le 14 mai, et amputées au montage. Une rumeur annonce que le mouvement d’extrême droite Occident va venir faire évacuer les lieux par la force ; des étudiants s’arment de bâtons et de pierres.
Le recteur de l’académie de Paris, Jean Roche, requiert alors la police pour « rétablir l’ordre en expulsant les perturbateurs ». La Sorbonne est évacuée de force, sans préavis ni négociation, et les étudiants embarqués dans les cars. Pour eux, qui se croyaient protégés par les franchises universitaires, c’est une violation du sanctuaire ; des doyens eux-mêmes la critiqueront dès le lendemain. Dans la soirée, des centaines d’étudiants et de passants affrontent les forces de l’ordre autour du Luxembourg, et les premières ébauches de barricades apparaissent. On compte 574 interpellations, parmi lesquelles le dirigeant de l’UNEF, Jacques Sauvageot, Cohn-Bendit, Alain Krivine, Henri Weber, Brice Lalonde ou Bernard Guetta, et 481 blessés, dont 202 policiers.
L’engrenage est lancé. Le 6 mai, jour où les étudiants de Nanterre comparaissent devant la commission de discipline, accompagnés de leurs professeurs Henri Lefebvre, Alain Touraine et Paul Ricœur, les pavés volent à nouveau. Le 10 mai, après un rassemblement de vingt mille lycéens et étudiants place Denfert-Rochereau, le Quartier latin se couvre de plusieurs dizaines de barricades ; à partir de deux heures du matin, plus de six mille policiers les prennent d’assaut, et la dernière, rue Thouin, tombe à cinq heures et demie. RTL et Europe 1 ont raconté la nuit en direct : au matin, l’opinion penche du côté des étudiants.

Le 11 mai, rentré d’Afghanistan, le Premier ministre, Georges Pompidou, cède : les universités rouvriront et la police quittera la Sorbonne. Le 13, une immense manifestation d’étudiants et de salariés traverse Paris aux cris de « Dix ans, ça suffit ! » — cinq cent mille personnes selon les estimations les plus sérieuses — et la grève gagne bientôt tout le pays. La Sorbonne rouverte est aussitôt occupée par les étudiants ; elle devient l’un des grands foyers de la contestation, jusqu’à son évacuation par la police en juin.
La cour d’honneur, que domine la chapelle de la Sorbonne où repose Richelieu, a retrouvé depuis son calme universitaire.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.