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Couverture — Promenades sur les lieux de l'Histoire
Bibliographie

Promenades sur les lieux de l'Histoire

THORAVAL Anne
Parigramme, 2004.
Livre
107 Fiches citant cet ouvrage
2004 Édition

Fiches citant cet ouvrage

107 fiches
Événement
Événement
1630
10 novembre 1630 — Hôtel de Tournon/Hôtel du maréchal d'Ancre/Hôtel des Grands Ambassadeurs
p 25-26
Refuge et cachette de Louis XIII pendant la Journée des Dupes
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Événement
1630
10 novembre 1630 — Petit Luxembourg/Demeure du cardinal de Richelieu
p 26-27
« Si je n’avais pas négligé de fermer un verrou, le cardinal était perdu. » Marie de Médicis a oublié une porte : par elle, Richelieu revient au pouvoir, et c’est elle qui part en exil. En 1630, la France n’est pas encor …

« Si je n’avais pas négligé de fermer un verrou, le cardinal était perdu. » Marie de Médicis a oublié une porte : par elle, Richelieu revient au pouvoir, et c’est elle qui part en exil.

En 1630, la France n’est pas encore entrée dans la guerre de Trente Ans, mais le cardinal de Richelieu, principal ministre de Louis XIII, conseille de s’allier aux princes protestants d’Allemagne contre les Habsbourg catholiques, qui règnent sur l’Empire et sur l’Espagne. Cette politique révolte le parti des dévots, qui fait passer la foi avant la raison d’État. À sa tête : la reine mère, Marie de Médicis, et le garde des sceaux, Michel de Marillac. Marie avait fait entrer Richelieu au Conseil en 1624 ; elle ne lui pardonne pas ce qu’elle tient pour une trahison, et réclame son renvoi.

Le roi a failli mourir. À Lyon, en septembre, une dysenterie l’a mis si bas qu’on lui a donné l’extrême-onction le 27, jour de son anniversaire ; il en réchappe, et la cour rentre à Paris pour l’hiver. Marie de Médicis y habite le palais qu’elle s’est fait construire, le Luxembourg. Juste à côté, rue de Vaugirard, se trouve l’ancien hôtel des ducs de Piney, le Petit Luxembourg : elle l’a donné en 1627 au cardinal, alors son protégé.

Le samedi 9 novembre, au Luxembourg, Louis XIII annonce à sa mère qu’il garde son ministre. Elle entre dans une colère noire, accable d’injures la nièce du cardinal, Mme de Combalet, qui sort en larmes, et retire à Richelieu ses charges dans sa maison. Le roi quitte le palais sans un mot ni un regard pour le cardinal, qui se croit perdu et songe à se retirer à Brouage.

Le dimanche 10, Marie reprend l’offensive et exige que Marillac remplace Richelieu. Elle a fait fermer les portes pour empêcher le cardinal d’entrer. Mais un passage relie le Petit Luxembourg au palais : Richelieu surgit dans la salle, à la stupeur du roi et de sa mère. « Je gagerai que Leurs Majestés parlent de moi ? » La reine lui reproche son ingratitude et lui ordonne de ne plus jamais paraître devant elle. Le cardinal s’agenouille en larmes et baise le bas de sa robe. « Préférez-vous un laquais à votre propre mère ? », lance-t-elle à son fils. Louis XIII part pour son relais de chasse de Versailles sans un regard pour Richelieu, qui regagne le Petit Luxembourg et se prépare à sa disgrâce. Chez la reine mère, on se félicite déjà.

Le soir même, pourtant, le roi fait venir le cardinal à Versailles. Au cours d’un long entretien, il lui déclare : « Je suis plus attaché à mon État qu’à ma mère. » Il refuse sa démission et l’embrasse en le quittant. Le lundi 11, la foudre tombe sur les dévots : Michel de Marillac est arrêté et mourra en prison en 1632 ; son frère, le maréchal Louis de Marillac, sera exécuté la même année ; le maréchal de Bassompierre est enfermé à la Bastille jusqu’à la mort de Richelieu. Marie de Médicis, reléguée à Compiègne en février 1631, s’en échappe en juillet pour les Pays-Bas espagnols — son fils a fait retirer les gardes — et mourra en exil en 1642. Devant un tel retournement, le poète Guillaume Bautru s’écrie : « C’est la journée des Dupes ! »

Photographie : la cour d’un hôtel classique, avec un portail sculpté et deux ailes à hautes fenêtres

Richelieu léguera le Petit Luxembourg à sa nièce, Mme de Combalet, devenue duchesse d’Aiguillon. L’hôtel est depuis 1825 la résidence du président du Sénat.

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Événement
1648
26 août 1648 — Carrefour de la Croix du Trahoir
p 30-31
Point de départ de la Fronde, suite à l'arrestation de Pierre Broussel et de René Potier de Blancmesnil. 600 barricades vont être dressées dans Paris
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Événement
Événement
1650
18 janvier 1650 — Palais Royal
p 33-34
Il a gagné Rocroi à vingt et un ans et assiégé Paris pour la régente. Le 18 janvier 1650, Mazarin fait arrêter le Grand Condé au Palais-Royal, avec son frère et leur beau-frère : la Fronde change de camp. Louis XIV a onz …

Il a gagné Rocroi à vingt et un ans et assiégé Paris pour la régente. Le 18 janvier 1650, Mazarin fait arrêter le Grand Condé au Palais-Royal, avec son frère et leur beau-frère : la Fronde change de camp.

Louis XIV a onze ans. Depuis la mort de Louis XIII, en 1643, sa mère, Anne d’Autriche, gouverne en régente, secondée par le cardinal Mazarin, son principal ministre. Elle a quitté les appartements incommodes du Louvre pour le Palais-Cardinal, que Richelieu avait donné au roi en 1636 : c’est désormais le Palais-Royal. Depuis 1648, le royaume est en révolte. La guerre a fait flamber les impôts, le Parlement de Paris s’est dressé contre le ministre, la ville s’est couverte de barricades : c’est la Fronde. Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, la cour a quitté Paris pour Saint-Germain, et l’armée royale a mis le siège devant la capitale.

Portrait peint : un homme aux longs cheveux bruns, en armure, une écharpe bleue sur l’épaule

À la tête de cette armée, Louis de Bourbon, prince de Condé. En 1643, à vingt et un ans, il a écrasé les Espagnols à Rocroi ; il a remporté depuis toutes ses batailles. En face, le Parlement a nommé généralissime de la Fronde son propre frère cadet, le prince de Conti, tandis que leur beau-frère, le duc de Longueville, tentait de soulever la Normandie. L’appui de Condé à la régente permet la paix de Rueil, en mars 1649. Il entend en être payé : il réclame l’amirauté pour lui, les commandements de l’armée pour ses amis, une place au gouvernement. Mazarin, qu’il tient pour un usurpateur étranger et surnomme le « faquin écarlate », lui devient insupportable. À la fin de 1649, poussé par sa sœur, la duchesse de Longueville, il rallie à son tour la Fronde, qu’il dirige désormais avec Conti et Longueville. Le 11 décembre, des coups de feu sont tirés sur son carrosse ; une procédure est engagée contre le duc de Beaufort et le coadjuteur de Paris, Paul de Gondi, sans résultat.

Mazarin retourne alors les anciens ennemis contre le nouveau. En janvier 1650, par l’entremise de la duchesse de Chevreuse, des chefs de la vieille Fronde se rallient secrètement à la cour ; à Gondi, Mazarin a promis le chapeau de cardinal.

Vue en couleurs : le palais et son grand jardin, bordé d’allées d’arbres, avec les toits de Paris à l’arrière-plan

Le 18 janvier 1650, au Palais-Royal, Condé, Conti et Longueville sont arrêtés sur ordre de la régente et de son ministre, puis enfermés au château de Vincennes. La famille connaît cette prison : le père des deux princes, Henri II de Bourbon, prince de Condé, y avait été détenu pour s’être opposé au favori de Marie de Médicis — Longueville avait trempé dans ce complot —, et leur sœur y était née, en 1619.

C’est un coup de théâtre. La clientèle des princes se soulève, et leurs provinces avec elle : c’est le début de la Fronde des princes. La duchesse de Longueville échoue à soulever la Normandie, puis rejoint Turenne à Stenay, d’où elle négocie avec les Espagnols. Turenne songeant à marcher sur Vincennes, les prisonniers sont transférés le 29 août au château de Marcoussis, puis, en novembre, dans la citadelle du Havre. Au début de sa détention, Conti s’est volontairement blessé à la tête : on ne peut plus refuser aux princes des médecins et des chirurgiens, dont certains leur servent d’intermédiaires avec l’extérieur.

Mais Paris se retourne contre le cardinal. Le 30 janvier 1651, Gaston d’Orléans, l’oncle du roi, les anciens frondeurs et les partisans des princes signent un traité secret pour obtenir leur libération et le départ de Mazarin. Les deux Frondes s’unissent ; le 6 février, Mazarin s’enfuit de Paris. Au Palais-Royal, pour faire taire la rumeur d’une nouvelle fuite de la famille royale, on montre à la foule, dans la nuit du 9 au 10, le petit roi endormi : les émeutiers défilent des heures devant son lit. La Fronde marquera Louis XIV. Mazarin court au Havre libérer lui-même les princes, geste dont il espère tirer profit, puis se réfugie à Brühl, chez l’archevêque-électeur de Cologne. Le 16 février 1651, après treize mois de captivité, Condé, Conti et Longueville font à Paris un retour triomphal.

Le vainqueur de Rocroi prend alors la tête de la révolte, s’allie à l’Espagne, lève des troupes et marche sur Paris. Battu par Turenne, il quitte la capitale le 13 octobre 1652 pour se mettre au service du roi d’Espagne ; il ne rentrera en France que gracié par Louis XIV. Quant à Gondi, devenu cardinal de Retz, il est enfermé à son tour à Vincennes en décembre 1652.

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Événement
1652
2 juillet 1652 — Porte St Antoine/Prison de la Bastille
p 35-36
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Événement
1652
4 juillet 1652 — Hôtel de Ville/Journée des Pailles
p 37
Le 4 juillet 1652, deux jours après que la Grande Mademoiselle a sauvé Condé en faisant tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales, les princes doivent consolider leur emprise sur Paris. L'armée de Condé est d …

Le 4 juillet 1652, deux jours après que la Grande Mademoiselle a sauvé Condé en faisant tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales, les princes doivent consolider leur emprise sur Paris. L'armée de Condé est dans la ville. Mais l'Hôtel de Ville résiste : les notables et officiers municipaux y tiennent séance et penchent de plus en plus vers une réconciliation avec le roi et Mazarin. Ils constituent un obstacle.

La solution est simple et brutale. On recrute des hommes — soldats déguisés en ouvriers, émeutiers à gage — et on les envoie assaillir l'Hôtel de Ville pendant que les notables y sont réunis. Pour éviter les méprises, chaque conjuré porte un signe de reconnaissance : une paille, glissée dans le chapeau ou les vêtements. D'où le nom que l'histoire retiendra.

L'assaut a lieu en début d'après-midi. La foule enfonce les portes. Les notables favorables à Mazarin sont massacrés dans les salles et les couloirs — une trentaine de morts. D'autres sont jetés par les fenêtres ou fuient sur les toits. Le bâtiment est partiellement incendié. Les archives brûlent.

Derrière l'opération : Condé, le duc de Beaufort — François de Vendôme, dit « le roi des Halles » pour sa popularité dans les quartiers populaires — et Gaston d'Orléans, frère du feu Louis XIII, qui approuve sans se compromettre. Le 6 juillet, Beaufort est nommé gouverneur de Paris. Condé impose une quasi-dictature.

Mais le massacre s'avère une faute politique. Paris, qui avait toléré la Fronde comme une aventure, ne tolère pas le carnage d'hommes de robe dans leur propre hôtel de ville. L'opinion se retourne. Les mois suivants, la lassitude et l'indignation rongent le soutien populaire aux princes.

En octobre 1652, Condé quitte Paris. La Fronde est finie. La monarchie absolue peut reprendre son cours — débarrassée, au passage, des derniers obstacles institutionnels que les notables massacrés incarnaient.

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Événement
1652
21 octobre 1652 — Porte St Honoré/Enceinte de Louis XIII
p 38-39
Retour à Paris de Louis XIV qui soumet les princes et le parlement
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Événement
1789
14 juillet 1789 — Prison de la Bastille
p 47-50
On imagine une foule courant délivrer des captifs ; elle courait surtout après de la poudre. Le 14 juillet 1789, Paris est déjà en armes. Depuis le renvoi de Necker, la ville s'est soulevée ; au matin, la foule a forcé l …

On imagine une foule courant délivrer des captifs ; elle courait surtout après de la poudre.

Le 14 juillet 1789, Paris est déjà en armes. Depuis le renvoi de Necker, la ville s'est soulevée ; au matin, la foule a forcé l'hôtel des Invalides et raflé près de trente mille fusils. Mais un fusil sans poudre ne vaut guère mieux qu'un gourdin — et de poudre, justement, il n'y en a presque plus. Or tout le monde sait où trouver le reste : à la Bastille.

Car la vieille forteresse ne renferme pas que sept prisonniers. Quelques jours plus tôt, on avait vidé les réserves de l'Arsenal, tout proche, pour les mettre à l'abri derrière ses murs : environ deux cent cinquante barils de poudre, transférés sur ordre du lieutenant du roi. Voilà le vrai butin. Ce 14 juillet, la foule ne marche pas sur la Bastille pour délivrer des captifs — ils ne sont que sept, quatre faussaires, deux déments et un noble débauché — mais pour mettre la main sur sa poudrière.

Au bout de la rue Saint-Antoine, la forteresse dresse ses huit tours. Le gouverneur, Bernard-René de Launay, ne dispose que d'une garnison maigre : quelques dizaines d'invalides et une poignée de Suisses du régiment de Salis-Samade, sous les ordres du lieutenant Louis de Flue. On parlemente : l'électeur Thuriot est reçu dans la cour, en ressort bredouille. Vers midi, des assaillants tranchent les chaînes du pont-levis et se ruent dans la première cour ; la fusillade éclate. Le siège s'enlise, jusqu'à ce que des Gardes françaises passés à l'insurrection arrivent en renfort avec cinq canons braqués sur la porte. Devant l'artillerie, Launay capitule en fin d'après-midi. L'assaut aura coûté environ quatre-vingt-dix-huit morts aux assaillants.

Le reste est connu : Launay traîné jusqu'à l'Hôtel de Ville et massacré, sa tête promenée au bout d'une pique ; les sept prisonniers portés en triomphe, un peu ahuris ; la poudre enfin distribuée. Ceux qui se sont battus sont, pour l'essentiel, des gens du faubourg Saint-Antoine, à deux pas — artisans du bois, ouvriers : sur les 954 « vainqueurs de la Bastille » que l'Assemblée reconnaîtra officiellement l'année suivante, près de sept sur dix sont des travailleurs du quartier.

Ce sont eux qui ont pris la forteresse ; ce ne sont pas tout à fait eux qui en récolteront les fruits. Dès le lendemain, le comité bourgeois installé à l'Hôtel de Ville encadre ce peuple en armes — milice bourgeoise, La Fayette — pour tenir la rue autant que pour faire face au roi. Mais ce 14 juillet, c'est le faubourg qui a parlé.

De la Bastille elle-même, il ne reste presque rien : dès l'été, l'entrepreneur Palloy la démolit pierre à pierre. Aujourd'hui, une ligne de pavés plus clairs dessine son contour sur la place et en travers de la rue Saint-Antoine ; le seul vrai vestige, la base d'une tour dite « de la Liberté », a été exhumé lors du creusement du métro en 1899 et remonté dans le square Henri-Galli, près du boulevard Henri-IV. Quant à la colonne qui domine la place, elle ne célèbre pas 1789 : elle porte les morts d'une autre révolution, celle de 1830.

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Événement
1789
14 juillet 1789
p 50-51
Massacre du gouverneur de Launay et de ses officiers ; lors de son arrivée à l'Hôtel de Ville par l'Arcade St Jean selon Michelet
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Événement
1789
Événement
1789
14 juillet 1789 — Lieu de l'exécution de Jacques de Flesselles
p 51
Jacques de Flesselles est massacré pour connivence, dans l'affaire de la Bastille, avec de Launay à qui il avait écrit "J'amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses ; tenez bon jusqu'au soir et vous aurez du …

Jacques de Flesselles est massacré pour connivence, dans l'affaire de la Bastille, avec de Launay à qui il avait écrit "J'amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses ; tenez bon jusqu'au soir et vous aurez du renfort"

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Événement
1789
5 octobre 1789 — Place de Grève / Maison commune
p 53-54
Il pleut depuis l’aube, le pain manque, et ce sont les femmes des Halles qui sonnent le tocsin. À l’automne 1789, Paris gronde. Depuis septembre, le pain est rare et cher, la farine mauvaise, les boulangeries prises d’as …

Il pleut depuis l’aube, le pain manque, et ce sont les femmes des Halles qui sonnent le tocsin.

À l’automne 1789, Paris gronde. Depuis septembre, le pain est rare et cher, la farine mauvaise, les boulangeries prises d’assaut, alors que la récolte a été bonne : La Fayette parlera d’une « disette moitié réelle, moitié factice ». À Versailles, l’Assemblée piétine et le roi refuse toujours de sanctionner la Déclaration des droits de l’homme. Louis XVI a fait venir le régiment de Flandre, et le 1er octobre, au banquet que lui offrent les gardes du corps dans l’opéra du château, en présence de la famille royale, on a arraché des cocardes tricolores pour les remplacer par la cocarde blanche. À Paris, on crie à la provocation.

Le 5 octobre, dès sept heures du matin, des femmes se rassemblent sur la place de Grève, devant l’Hôtel de Ville. Beaucoup sont des Dames de la Halle — marchandes de poisson, de grain, de fruits ou de fripes, comme Reine Audu —, habituées à s’organiser, et persuadées que l’approvisionnement de la ville est leur affaire. Elles réclament le maire, Bailly, et le commandant de la Garde nationale, La Fayette ; aucun n’est là. Elles forcent alors les portes de la Maison commune, où l’on pille quelque six cents armes, et sonnent le tocsin. Un boulanger, accusé de vendre trop cher, est traîné jusque-là.

Vers dix heures, sous la pluie, un premier cortège de plusieurs milliers de femmes part demander du pain au roi lui-même. Elles tirent à mains nues des canons pris sur la place de Grève, suivent les quais jusqu’à la place Louis-XV, puis prennent la route de Sèvres, où elles trouvent portes closes. Un homme leur sert de porte-parole : Stanislas Maillard, un vainqueur de la Bastille, qui se présentera ensuite comme le chef de toute la marche. Six heures de route dans la boue : elles arrivent épuisées à Versailles vers seize heures.

Certaines envahissent la salle de l’Assemblée et vont jusqu’à s’asseoir dans le fauteuil du président. Une délégation est reçue par le roi ; Louison Chabry, une ouvrière de dix-sept ans chargée de parler pour les autres, ne peut que murmurer « du pain » avant de s’évanouir. Louis XVI promet de faire venir du grain, signe un décret sur les subsistances et, tard dans la soirée, accepte enfin la Déclaration des droits.

À Paris, La Fayette n’arrive à l’Hôtel de Ville qu’à quatorze heures et refuse de faire marcher la Garde nationale sans ordre de la Commune ; ses hommes ne partent qu’à dix-sept heures et atteignent Versailles vers minuit. Le général, épuisé, va se coucher sans vérifier les postes. À l’aube du 6 octobre, des émeutiers envahissent le château ; deux gardes du corps sont tués, et leurs têtes promenées au bout de piques. La reine s’enfuit chez le roi. La Fayette, enfin réveillé, calme les esprits ; la foule exige de voir le roi, et Louis XVI paraît au balcon avec la reine, qui porte le dauphin dans ses bras. Dans la cour, on crie : « À Paris ! »

À treize heures, le roi quitte Versailles. Un immense cortège de plus de trente mille hommes l’escorte ; les gardes nationaux portent chacun un pain piqué au bout de la baïonnette, et l’on crie qu’on ramène « le boulanger, la boulangère et le petit mitron ». À vingt heures, Bailly remet au roi les clés de Paris à l’Hôtel de Ville ; à vingt-deux heures, la famille royale arrive aux Tuileries, où rien n’est prêt pour la recevoir. L’Assemblée la suit quelques jours plus tard.

C’est le retour définitif, et contraint, de la monarchie dans sa capitale. Quand Louis XVI en sortira, en juin 1791, ce sera pour fuir.

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Événement
1789
5 octobre 1789
p 55
Rassemblement du cortège des femmes se rendant à Versailles pour réclamer du pain ; Théroigne de Méricourt est accusée à tort de vouloir tuer la reine
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Événement
Événement
1789
6 octobre 1789 — Palais des Tuileries (de 1564)
p 57-59
Elles étaient parties chercher du pain ; elles reviennent avec le roi. Le cortège est parti la veille de la place de Grève. Six à sept mille femmes, des poissardes des Halles, des ouvrières, des marchandes, remontant les …

Elles étaient parties chercher du pain ; elles reviennent avec le roi.

Le cortège est parti la veille de la place de Grève. Six à sept mille femmes, des poissardes des Halles, des ouvrières, des marchandes, remontant les Champs-Élysées sous la pluie, armées de piques, de couteaux de cuisine et de quelques canons traînés à bras. Reine Audu marche en tête, Stanislas Maillard négocie, Théroigne de Méricourt est de la partie. La Garde nationale de La Fayette a suivi, contrainte par ses propres soldats.

Dans la nuit du 5 au 6 octobre, la foule force les grilles du château de Versailles. Des gardes du corps sont tués. Marie-Antoinette fuit ses appartements par un passage dérobé. Au matin, la foule réclame le roi au balcon. Louis XVI paraît. Puis la reine, seule, sous les huées, qui s'incline longuement. La Fayette lui baise la main : le geste calme la place.

Puis vient la demande de fond : que le roi vienne à Paris. Louis XVI accepte. Le 6 octobre 1789, dans l'après-midi, le cortège reprend la route en sens inverse. Devant, les femmes portent des pains au bout de leurs piques et chantent qu'elles ramènent "le boulanger, la boulangère et le petit mitron." Derrière suivent les carrosses royaux, la Garde nationale, cent chariots de blé pris aux réserves de Versailles.

À l'Hôtel de Ville, Bailly, maire de Paris, accueille la famille royale. La réception est enthousiaste. On croit encore possible une monarchie constitutionnelle réconciliée avec son peuple. Le roi prononce quelques mots aimables.

Puis la famille royale gagne le palais des Tuileries, inhabité depuis Louis XIV, poussiéreux, mal chauffé. Elle y sera de fait assignée à résidence. Le roi ne quittera plus Paris que pour la fuite manquée de Varennes en juin 1791, qui achèvera de ruiner sa crédibilité.

Le pouvoir a changé de lieu. Versailles était le château où le roi convoquait la France ; les Tuileries sont le palais où Paris surveille le roi. En un jour et une nuit, des femmes qui réclamaient du pain ont déplacé le centre politique du royaume. L'Assemblée constituante suivra le mouvement et s'installera à Paris quelques jours plus tard.

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Événement
1791
17 juillet 1791
p 61
Un dimanche de juillet 1791, des milliers de Parisiens signent sur l’autel de la patrie une pétition contre le roi fugitif. La garde nationale entre au Champ-de-Mars, drapeau rouge en tête, et ouvre le feu : la Révolutio …

Un dimanche de juillet 1791, des milliers de Parisiens signent sur l’autel de la patrie une pétition contre le roi fugitif. La garde nationale entre au Champ-de-Mars, drapeau rouge en tête, et ouvre le feu : la Révolution se déchire.

Le 21 juin 1791, Louis XVI, qui fuyait Paris avec sa famille, est arrêté à Varennes. Pour une partie de l’opinion, c’est un traître, un parjure : sur l’autel de la patrie du Champ-de-Mars, où l’on a célébré en 1790 la fête de la Fédération, on efface le mot « roi ». L’Assemblée constituante, qui veut sauver la monarchie constitutionnelle, préfère parler d’un « enlèvement », et le mot même de « république » est banni de ses débats. Elle suspend le roi, puis, le 16 juillet au soir, le met hors de cause : l’affaire de Varennes est close.

Dans les clubs, on réclame la déchéance. Le 15 juillet, le club des Cordeliers, radical et populaire, réunit trois à quatre mille personnes au Champ-de-Mars pour rédiger une pétition sur l’autel de la patrie ; le cortège qui la porte à l’Assemblée est dispersé par la cavalerie. Les Jacobins en préparent une autre, confiée entre autres à Danton et à Brissot ; Robespierre, qui craint qu’elle ne serve de prétexte à la répression, s’y oppose. Rendez-vous est pris pour le dimanche 17, en cortège pacifique : les appels demandent de ne prendre ni bâton ni couteau.

Le 17 au matin, la Commune de Paris interdit tout rassemblement et ordonne à La Fayette de proclamer la loi martiale. Les Jacobins retirent leur pétition, trop tard. Trouvant fermée la place de la Bastille, point de ralliement, les manifestants gagnent le Champ-de-Mars. Dans la matinée, la foule y découvre deux hommes cachés sous l’autel ; conduits au comité du Gros-Caillou, ils sont lynchés. Les pétitionnaires affluent pourtant : quelques centaines vers onze heures, plusieurs milliers l’après-midi, peut-être vingt mille. Des Cordeliers rédigent un nouveau texte, qui réclame un nouveau pouvoir constituant sans prononcer le mot de république ; six mille personnes le signent aussitôt. On danse autour de l’autel. Les envoyés de la municipalité constatent le calme de la foule.

Gravure : dans la fumée des coups de feu, la garde nationale tire sur la foule massée autour de l’autel de la patrie, au milieu du Champ-de-Mars

Mais l’Assemblée a invité la municipalité à rétablir l’ordre par tous les moyens. Vers quinze heures, des pierres sont lancées sur deux cavaliers de la garde nationale. À l’Hôtel de ville, le conseil municipal proclame la loi martiale. Le maire, l’astronome Jean-Sylvain Bailly, part à dix-huit heures trente avec un fort détachement, précédé du drapeau rouge, qui est alors celui de la loi martiale. Entouré de talus depuis la Fédération, le Champ-de-Mars forme une arène fermée. La garde y entre au pas de charge, tambours battants, sans faire les sommations légales. Un coup de feu part, on ne sait d’où ; la garde ouvre un feu nourri. La foule fuit vers la Seine, où l’attend la cavalerie, et vers l’École militaire, par où entre un second détachement. Il n’y aura pas de bilan officiel : dix morts selon la presse favorable à La Fayette, douze selon Bailly, quatre cents selon Marat ; la plupart des estimations parlent d’une cinquantaine.

Le soir même, le club des Cordeliers est fermé, des canons postés devant son entrée. On arrête des manifestants, des journalistes. Les Jacobins se déchirent : la plupart des députés les quittent pour le club des Feuillants. Pour les sans-culottes, le 17 juillet restera la « Saint-Barthélemy des patriotes ». En septembre, une même loi amnistie le roi, les pétitionnaires et les auteurs de la répression.

La Fayette quitte son commandement en octobre. Bailly, lui, n’est pas pardonné. Condamné par le Tribunal révolutionnaire, il est guillotiné en novembre 1793, au Champ-de-Mars, mais pas sur l’esplanade : on ne veut pas que son sang se mêle à celui des victimes de 1791, et l’échafaud est dressé dans le fossé qui entoure l’enceinte. Sous la pluie glacée, il tremble. « Tu trembles, Bailly ? », lui lance un spectateur. « Oui, mais c’est seulement de froid. » Une plaque, au 2 avenue de La Bourdonnais, marque l’emplacement de l’échafaud.

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Événement
1793
21 janvier 1793 — Guillotine place de la Révolution
p 62-67
Pour ce condamné-là, on a dressé l’échafaud à un endroit où il ne reviendra jamais : entre le piédestal vide de Louis XV et les Champs-Élysées. Paris s’est réveillé dans le brouillard, ce lundi 21 janvier 1793. Il fait t …

Pour ce condamné-là, on a dressé l’échafaud à un endroit où il ne reviendra jamais : entre le piédestal vide de Louis XV et les Champs-Élysées.

Paris s’est réveillé dans le brouillard, ce lundi 21 janvier 1793. Il fait trois degrés, et quatre-vingt mille hommes en armes tiennent les carrefours. Au Temple, où il est enfermé avec sa famille depuis la chute de la monarchie, celui que les estampes du jour appellent « Louis Capet » a été réveillé à cinq heures par son valet Cléry. Quatre jours plus tôt, au terme de trente-sept heures de séance, la Convention a voté sa mort. L’abbé Edgeworth de Firmont lui dit une dernière messe ; sur son conseil, Louis renonce à de nouveaux adieux à sa famille, qu’il a embrassée la veille au soir. Vers huit heures, Santerre, qui commande la garde nationale, vient le chercher.

Le maire Chambon a obtenu qu’on épargne au roi déchu la charrette des condamnés : il monte dans la voiture verte du maire, avec son confesseur et deux miliciens assis face à eux. Précédé de deux cents gendarmes à cheval, le cortège descend la rue du Temple et gagne les Grands Boulevards. Près de la rue de Cléry, le baron de Batz a convoqué trois cents royalistes pour enlever le roi ; une poignée seulement est au rendez-vous, trois sont tués, Batz s’échappe. On poursuit par les boulevards et la rue de la Révolution, notre rue Royale.

Vers 10 h 15, la voiture débouche sur la place de la Révolution, l’ancienne place Louis XV. L’échafaud, peint en rouge, se dresse au milieu d’un vide gardé par des canons et vingt mille hommes ; la foule est tenue au loin. Et il n’est pas là où on l’attendrait. Pour ce seul condamné, on l’a planté à l’ouest de la place, entre le piédestal de la statue de Louis XV, renversée en août, et l’entrée des Champs-Élysées. Quand la guillotine reviendra ici, au printemps, ce sera de l’autre côté, vers les Tuileries : c’est là que tomberont Marie-Antoinette, Danton et plus d’un millier d’autres.

Au pied de l’estrade, le bourreau Charles-Henri Sanson l’attend. Louis ôte sa redingote brune, ouvre son col ; il refuse d’abord qu’on lui lie les mains, puis cède sur un mot de l’abbé : on les attache avec son propre mouchoir. Il monte, s’avance, fait taire les tambours. « Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. » Il veut poursuivre ; un roulement couvre sa voix. La légende en attribue l’ordre à Santerre, qui n’aurait fait que relayer le général Berruyer. À 10 h 22, le couperet tombe. Un aide du bourreau, Gros, montre la tête à la foule. Quelques cris, « Vive la Nation ! Vive la République ! », des salves d’artillerie, une farandole.

La charrette de Sanson emporte aussitôt le corps au cimetière de la Madeleine, où on le jette dans une fosse, sur un lit de chaux vive. Ses restes ne rejoindront Saint-Denis que le 21 janvier 1815 ; sous la Restauration, une chapelle expiatoire s’élèvera sur l’ancien cimetière. Place de la Concorde, l’obélisque de Louxor, dressé en 1836, occupe aujourd’hui le centre de la place, là où se trouvait le piédestal : l’échafaud du 21 janvier se tenait entre lui et l’entrée des Champs-Élysées.

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Événement
1792
13 août 1792 — Tour de la prison du Temple/Donjon du Temple
p 63-64
Trois jours après la prise des Tuileries, le roi de France entra dans une prison dont il ne sortirait que pour monter à l'échafaud. Le 13 août 1792, Louis XVI, Marie-Antoinette, leur fille Marie-Thérèse, leur fils le dau …

Trois jours après la prise des Tuileries, le roi de France entra dans une prison dont il ne sortirait que pour monter à l'échafaud.

Le 13 août 1792, Louis XVI, Marie-Antoinette, leur fille Marie-Thérèse, leur fils le dauphin Louis-Charles, et Madame Élisabeth, sœur du roi, furent conduits au Temple, dans le 3e arrondissement. L'enclos du Temple était un vaste domaine qui avait appartenu à l'ordre des chevaliers du Temple puis aux chevaliers de Malte. Il comprenait un palais et une tour médiévale massive.

La famille fut d'abord logée dans le palais du prieur, jugé trop confortable. Quelques semaines plus tard, elle fut transférée dans la tour du Temple elle-même, dite le donjon : un édifice austère, aux fenêtres barricadées, entouré d'un mur supplémentaire que Pierre-François Palloy, l'homme qui avait démoli la Bastille, fut chargé de construire. Santerre commandait la garde.

Louis XVI fut exécuté place de la Révolution le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette fut transférée à la Conciergerie en août 1793, jugée par le Tribunal révolutionnaire, et guillotinée le 16 octobre 1793. Madame Élisabeth fut guillotinée le 10 mai 1794. Le dauphin Louis-Charles, emprisonné seul dans sa cellule à partir de juillet 1793, mourut de maladie à la tour du Temple le 8 juin 1795, à dix ans. Sa sœur Marie-Thérèse fut la seule à survivre.

La tour du Temple fut démolie en 1811 sur ordre de Napoléon, qui craignait qu'elle ne devienne un lieu de pèlerinage royaliste.

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Événement
1792
1792 – 1794 — Cimetière de la Madeleine
p 68-69
De janvier 1793 à mars 1794, le cimetière de la Madeleine reçoit les guillotinés de la place de la Révolution, jetés dans des fosses communes : Louis XVI, Marie-Antoinette, Charlotte Corday, les Girondins, Mme Roland, Ol …

De janvier 1793 à mars 1794, le cimetière de la Madeleine reçoit les guillotinés de la place de la Révolution, jetés dans des fosses communes : Louis XVI, Marie-Antoinette, Charlotte Corday, les Girondins, Mme Roland, Olympe de Gouges et, pour finir, Hébert et les hébertistes, exécutés le 24 mars 1794, la veille de sa fermeture. Revenu sur le trône, Louis XVIII fait exhumer le couple royal pour Saint-Denis et pose, le 21 janvier 1815, la première pierre d’une chapelle de Pierre Fontaine, achevée en 1826 ; dans la crypte, un autel marque la place du corps du roi. Le 6 mai 1871, la Commune exige sa démolition, jamais exécutée. Les ossements des autres suppliciés, eux, dormiraient encore derrière ses murs souterrains.

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Événement
1794
27 juillet 1794 — Palais des Tuileries (aile Nord, côté pavillon de Marsan)/Siège de la Convention
p 72-73
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Événement
1794
27 juillet 1794 — Ancienne préfecture de police (locaux administratifs)
p 74
Vers 21 heures le 9 thermidor, Coffinhal libère Robespierre, arrêté sur décret de la Convention, pour l'emmener à l'Hôtel de Ville, à la Commune, semble-t-il contre son gré ; et c'est effectivement ce qui va permettre de …

Vers 21 heures le 9 thermidor, Coffinhal libère Robespierre, arrêté sur décret de la Convention, pour l'emmener à l'Hôtel de Ville, à la Commune, semble-t-il contre son gré ; et c'est effectivement ce qui va permettre de l'accuser de rébellion

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Événement
1794
28 juillet 1794 — Conciergerie
p 75-76
Robespierre et ses partisans sont incarcérés à la Conciergerie et immédiatement jugés par Fouquier-Tinville ; qui sera lui-même arrêté 3 jours plus tard
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Événement
1794
28 juillet 1794 — Palais des Tuileries/Pavillon de Flore/Salle d'audiences du Comité de Salut public
p 75
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Événement
1794
28 juillet 1794
p 76-77
Robespierre avait la mâchoire fracassée par une balle. Au Pavillon de Flore, des chirurgiens le pansèrent sommairement. Il fallait qu'il pût monter à la charrette. À l'aube du 10 thermidor, les forces de Barras avaient i …

Robespierre avait la mâchoire fracassée par une balle. Au Pavillon de Flore, des chirurgiens le pansèrent sommairement. Il fallait qu'il pût monter à la charrette.

À l'aube du 10 thermidor, les forces de Barras avaient investi l'Hôtel de Ville. Augustin Robespierre avait sauté d'une corniche pour fuir et s'était fracturé les jambes. Couthon avait été retrouvé blessé dans un escalier. Saint-Just s'était rendu sans résister. Le Bas, lui, s'était tiré une balle dans la tête plutôt que d'être pris.

Les survivants furent conduits au Pavillon de Flore, siège du Comité de Salut public. Les thermidoriens répandirent le bruit que Robespierre avait tenté de se suicider ; le pistolet retrouvé sur lui n'était pas déchargé. Peu importait la vérité : il s'agissait de l'avilir avant de le tuer.

Mis hors la loi la veille par la Convention, les condamnés n'avaient pas droit à un procès. La simple identification de leur personne suffisait. Dans la matinée, ils furent transférés à la Conciergerie, quai de l'Horloge. Dans l'après-midi, la charrette traversa Paris.

Vingt-deux personnes furent guillotinées ce jour-là, place de la Révolution : Robespierre, Saint-Just, Couthon, Augustin Robespierre, le général Hanriot, le maire de Paris Fleuriot-Lescot, le président du Tribunal révolutionnaire Dumas, et quinze autres membres de la Commune ou des sections. On dit que la foule les hua. Les témoignages furent aussitôt réécrits par les vainqueurs.

Robespierre fut le dernier de la charrette à passer sous la lame. Son bandage à la mâchoire fut arraché avant l'exécution.

La place de la Révolution porte aujourd'hui le nom de place de la Concorde. La guillotine y avait fait, entre 1792 et 1794, un millier cent dix-neuf victimes.

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Événement
1796
1796 – 1799 — Hôtel Chantereine/Hôtel Bonaparte/Demeure de Joséphine de Beauharnais
p 80-81
Bonaparte a épousé Joséphine de Beauharnais le 9 mars 1796 ; il prépare le coup d'État du 18 Brumaire ; la rue a été rebaptisée en l'honneur de ses razzias en Italie
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Événement
1799
9 novembre 1799 — Palais Bourbon/Conseil des Cinq-Cents
p 81
Le 18 brumaire an VIII, à midi, le conseil des Cinq-Cents, qui siège au Palais-Bourbon depuis janvier 1798, reçoit communication du décret par lequel les Anciens, réunis le matin aux Tuileries, transfèrent le Corps légis …

Le 18 brumaire an VIII, à midi, le conseil des Cinq-Cents, qui siège au Palais-Bourbon depuis janvier 1798, reçoit communication du décret par lequel les Anciens, réunis le matin aux Tuileries, transfèrent le Corps législatif à Saint-Cloud et confient à Bonaparte le commandement des troupes de Paris. Son président, Lucien Bonaparte, frère du général, coupe court aux demandes d’explication et lève la séance. Les deux Conseils se retrouveront le lendemain à Saint-Cloud.

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Événement
1799
9 novembre 1799 — Palais National (palais des Tuileries rebaptisé, salle des Machines)/Conseil des Anciens
p 82-83
Le 18 brumaire an VIII, au petit matin, les députés jugés sûrs reçoivent une convocation urgente aux Tuileries : un complot jacobin menacerait la République. Il n’y a pas de complot, et Paris est calme. Bonaparte est ren …

Le 18 brumaire an VIII, au petit matin, les députés jugés sûrs reçoivent une convocation urgente aux Tuileries : un complot jacobin menacerait la République. Il n’y a pas de complot, et Paris est calme.

Bonaparte est rentré d’Égypte depuis trois semaines. Sieyès, l’un des cinq directeurs, guettait depuis longtemps l’occasion d’imposer une constitution de sa façon et cherchait un général ; Talleyrand et Fouché, le ministre de la Police, ont noué l’alliance. Le plan : faire transférer les deux Conseils hors de Paris, à Saint-Cloud, sous prétexte de les protéger, et s’y faire remettre le pouvoir. L’argent ne manque pas. Bonaparte est allé dîner un soir, discrètement, chez le banquier Nodler, à Sèvres ; Collot, un fournisseur aux armées, a avancé cinq cent mille francs en or. Le président du Directoire, Gohier, ne se doute de rien : le général doit dîner chez lui, en famille, le 18 brumaire. Il a plutôt convoqué chez lui, rue de la Victoire, pour sept heures du matin, les généraux et les officiers de la garnison ; la cavalerie de Murat et de Sébastiani doit occuper les Champs-Élysées et le jardin des Tuileries.

Plan : la salle de la Convention et ses annexes dans le château des Tuileries, entre la cour et le jardin

Au palais, où siège le conseil des Anciens, cent cinquante membres seulement ont été convoqués, une heure avant la séance ; on n’y voit aucun néo-jacobin. Le président, Lemercier, est acquis au coup. Le député Cornet dénonce des conjurés prêts à « lever leurs poignards sur des représentants de la nation », sans dire qui ni où ; Régnier enchaîne : les Conseils doivent quitter Paris. Les Anciens votent le transfert du Corps législatif à Saint-Cloud, ce que la Constitution leur permet, et confient à Bonaparte le commandement des troupes de Paris, ce qu’elle réservait au Directoire. Bonaparte entre en uniforme et jure, devant des bancs clairsemés, de sauver la République.

Gravure en couleurs : quatre personnages en costumes officiels, manteaux rouges ou bleus et toques à plumes, de part et d’autre d’une table

Vers onze heures, il passe les troupes en revue dans le jardin. L’ordre du jour, aussitôt imprimé, répartit les commandements : Lefebvre devient son premier lieutenant, Murat prend toute la cavalerie, Lannes garde le palais des Anciens, Marmont l’artillerie, Morand conserve la place de Paris. À Moreau, il confie la garde du Luxembourg, où siège le Directoire, faisant de lui, dira le poète Arnault, un geôlier. Avisant Bottot, le secrétaire de Barras, il le prend à partie devant les soldats sur l’état où il a retrouvé la France ; Bottot court porter la menace à son maître. Au même moment, Talleyrand et l’amiral Bruix obtiennent de Barras sa démission, déjà rédigée ; Sieyès et Roger Ducos ont donné la leur. Les deux derniers directeurs, Gohier et Moulin, refusent et se retrouvent prisonniers dans leur palais. Ils tentent de faire sortir un message aux Conseils : « Puissent nos serments n’être pas les derniers cris de la liberté expirante ! » On l’intercepte. À midi, les Cinq-Cents reçoivent le décret ; leur président, Lucien Bonaparte, le frère du général, lève la séance avant tout débat.

Entre onze heures et midi, les Parisiens lisent des affiches de Bonaparte et de Fouché, qui parlent d’un grand danger auquel la République vient d’échapper. Ils n’y comprennent rien, écrit l’historien socialiste Gabriel Deville, et ne se mêlent de rien. Bonaparte installe son état-major aux Tuileries. Le soir, avec Sieyès et Ducos, il convient de se faire nommer consuls provisoires ; il reste à l’obtenir des Conseils, le lendemain, à Saint-Cloud. « En somme, cela n’a pas été mal aujourd’hui », dit-il à son secrétaire, Bourrienne.

Un demi-siècle plus tard, quand le neveu, Louis-Napoléon Bonaparte, rejoue le coup le 2 décembre 1851, Marx intitule son analyse Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte. Les grands événements, écrit-il, se répètent deux fois, « la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ». Il dit aussi ce qu’a fait l’oncle : créer en France les conditions de la libre concurrence, de la petite propriété paysanne et de l’essor industriel, c’est-à-dire accomplir la tâche de la société bourgeoise moderne.

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Événement
1804
28 novembre 1804 — Palais des Tuileries/Pavillon de Flore/Appartements de Pie VII (pape)
p 85
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Événement
1804
2 décembre 1804 — Cathédrale Notre-Dame de Paris
p 87-89
Le pape est venu de Rome pour le sacrer. Au moment décisif, Napoléon prend la couronne sur l’autel et la pose lui-même sur sa tête. Le dimanche 2 décembre 1804, Paris sacre un empereur. Proclamé le 18 mai, approuvé par p …

Le pape est venu de Rome pour le sacrer. Au moment décisif, Napoléon prend la couronne sur l’autel et la pose lui-même sur sa tête.

Le dimanche 2 décembre 1804, Paris sacre un empereur. Proclamé le 18 mai, approuvé par plébiscite à plus de 99,9 %, Napoléon Bonaparte veut une cérémonie qui hisse son clan au rang des grandes dynasties d’Europe. « Si notre père nous voyait ! », aurait-il glissé à son frère Joseph pendant les préparatifs. Il se veut l’héritier de Charlemagne plutôt que des Capétiens, trop liés aux Bourbons détrônés, et a pris pour emblème l’abeille, en souvenir des abeilles d’or trouvées dans le tombeau de Childéric, le père de Clovis. Les regalia des rois de France ayant été fondus sous la Révolution, on récupère l’un des rares rescapés, le sceptre de Charles V, et l’on commande à l’orfèvre Biennais couronnes et main de justice.

Il a fait venir le pape Pie VII, mais sans lui accorder d’entrée solennelle dans Paris : on a arrangé une rencontre « fortuite » en forêt de Fontainebleau. Le pape, de son côté, a posé ses conditions : pas de sacre sans mariage religieux. Dans la nuit du 1er décembre, le cardinal Fesch marie Napoléon et Joséphine aux Tuileries.

Notre-Dame, abîmée par la Révolution, a été réparée et transformée en décor : tribunes dans les bas-côtés, tentures aux armes impériales, un trône sous un dais pour le pape près du chœur, un autre pour l’empereur sur une estrade dressée au milieu de la nef, à la place de l’ancien jubé. Le matin, le cortège pontifical quitte les Tuileries à neuf heures ; Pie VII entre dans la cathédrale vers 10 h 30. Suit le cortège impérial, vingt-cinq voitures escortées de cavalerie sous les ordres de Murat. Dans l’immense nef, le froid est terrible : l’ambassadeur de la République batave plaint les dames, à qui le cérémonial interdit de se couvrir d’un châle.

La cérémonie dure près de cinq heures. Sous son énorme manteau d’hermine, une couronne de laurier sur la tête, l’empereur ressemble, écrit Mme de Rémusat, à « une médaille antique » ; « il était d’une pâleur extrême, véritablement ému ». Le pape bénit l’anneau, l’épée, le manteau, la main de justice, le sceptre ; mais quand vient la couronne, posée sur l’autel, Napoléon la prend lui-même et la pose sur sa tête, avant de couronner Joséphine, agenouillée devant lui. Pie VII, qui a eu toute la journée, selon la même mémorialiste, « l’air d’une victime résignée », donne l’accolade à l’empereur : « Vivat Imperator in aeternum ! » Napoléon jure, la main sur les Évangiles, de maintenir l’intégrité du territoire, l’égalité des droits et l’irrévocabilité des ventes de biens nationaux, puis le héraut d’armes le proclame « sacré et intronisé ». À la sortie, cent un coups de canon saluent le nouvel empereur, et décembre se passe en fêtes.

Jacques-Louis David a tiré de la journée deux toiles immenses, « Le Sacre de Napoléon » et « La Distribution des aigles ». Du décor, presque rien ne subsiste : le chœur baroque de Robert de Cotte, dont on voit les parements de marbre sur la toile de David, a été démonté lors de la restauration de Viollet-le-Duc. La couronne de laurier d’or, dont Napoléon avait fait ôter six feuilles parce qu’il la jugeait trop lourde, a été détruite sous la Restauration ; il n’en reste que deux feuilles connues, dont l’une au château de Fontainebleau. Des voitures du cortège, cinq sont conservées dans la galerie des Carrosses du château de Versailles.

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Événement
1830
27 juillet 1830 — Imprimerie du premier journal "Le Temps"
p 98-99
Le 27 juillet 1830, à l'aube, des gendarmes se présentèrent au 101 de la rue de Richelieu pour saisir les presses du journal Le Temps. La révolution commença là. Les ordonnances de Charles X, publiées la veille, suspenda …

Le 27 juillet 1830, à l'aube, des gendarmes se présentèrent au 101 de la rue de Richelieu pour saisir les presses du journal Le Temps. La révolution commença là.

Les ordonnances de Charles X, publiées la veille, suspendaient la liberté de la presse. Le Temps avait continué de paraître en défi. Jean-Jacques Baude, présent dans l'imprimerie, résista verbalement. Les ouvriers typographes et les passants virent les presses emportées. La nouvelle se propagea dans les quartiers.

Les insurgés coururent à l'armurerie Lepage, au 6 de la rue de Richelieu, pour s'armer. D'autres pillèrent le musée de l'Artillerie, place Saint-Thomas-d'Aquin. Cour du Dragon, rue du Dragon, des ferronniers distribuèrent des barres de fer et des piques. La première barricade fut érigée aux 157-159 de la rue Saint-Honoré. Les premiers morts tombèrent place de la Bourse.

Le maréchal Marmont, commandant les troupes royales, établit son quartier général à l'Hôtel Royal, rue des Pyramides. Un coup de feu parti de là déclencha la répression — qui tourna rapidement à la déroute : nombre de soldats refusaient de tirer sur les Parisiens.

Au 9 de la rue Coq-Héron, les députés libéraux de l'opposition se réunissaient chez Casimir Perier. Des jeunes gens venus les acclamer furent sabrés devant la porte sans que Perier ne bougât. La bourgeoisie libérale hésitait ; le peuple se battait. Au 71 de la rue du Temple, les frères Garnier-Pagès installèrent le quartier général d'une commune centrale républicaine.

Les combats de la rue Saint-Honoré restèrent dans les mémoires. Eugène Delacroix, qui observa sans se battre, y puisa l'image de La Liberté guidant le peuple, peint l'automne suivant et exposé au Salon de 1831.

Le 27 juillet fut le premier des Trois Glorieuses. Les deux suivants chassèrent Charles X.

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Événement
1830
27 juillet 1830 — Corps de garde de la rue de la Victoire
p 100
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Événement
1830
29 juillet 1830 — Demeure de Jacques Laffitte/Quartier général des Libéraux
p 102-103
Laffitte reçoit les députés de l'opposition ; élaboration du "manifeste de Thiers" proposant la couronne au duc d'Orléans, futur Louis-Philippe 1er ; La Fayette est nommé commandant de la Garde nationale
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Événement
1830
31 juillet 1830 — Hôtel de Ville
p 104-105
Manœuvre de Thiers, déjà ; trahison de La Fayette, une de plus... la Monarchie de Juillet était instaurée
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Événement
1848
23 février 1848 — Ministère des Affaires étrangères
p 107-109
Répression par le 14ème de ligne d'une manifestation boulevard des Capucines vers 22 heures ; ce sera le déclencheur de la Révolution de 1848, on relèvera 52 morts et quantité de blessés Le 23 février 1848, vers 22 heure …

Répression par le 14ème de ligne d'une manifestation boulevard des Capucines vers 22 heures ; ce sera le déclencheur de la Révolution de 1848, on relèvera 52 morts et quantité de blessés

Le 23 février 1848, vers 22 heures, le boulevard des Capucines devient l’épicentre d’un basculement politique que personne ne maîtrise plus. Toute la journée, les manifestations se sont multipliées après l’interdiction du banquet réformiste : on chante, on fraternise parfois avec la Garde nationale, on démonte quelques pavés, mais beaucoup croient encore la situation rattrapable.

Devant le ministère des Affaires étrangères, la foule se masse pour acclamer la chute annoncée du ministère Guizot. Des torches, des drapeaux, des cris de « Vive la réforme ! ». Des compagnies du 14ᵉ de ligne sont déployées en travers du boulevard, théoriquement pour contenir la manifestation. Un mouvement de foule, un attelage qui s’engage, des manifestants qui veulent forcer le passage : la confusion s’installe au pied des baïonnettes.

Un coup de feu part – tir isolé ou geste d’un sous‑officier paniqué –, immédiatement suivi d’une décharge en règle contre la foule tassée le long des trottoirs. Quand le silence retombe, on relève 52 morts, des dizaines de blessés. Des corps sont chargés sur des tombereaux et promenés à la lueur des torches vers le centre de Paris : les cadavres deviennent argument politique.

Ce massacre de nuit brise net la stratégie de « réforme encadrée » de Louis‑Philippe et de Guizot. Aux yeux des Parisiens, le régime a tiré sur le peuple désarmé. Dès lors, l’abdication du roi, le 24, n’apparaîtra plus comme une simple crise ministérielle, mais comme la réponse tardive à une révolution déjà déclenchée sur le pavé des Capucines.

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Événement
1848
24 février 1848 — Souterrain des Tuileries/Terrasse du Bord de l'Eau
p 109-110
Au matin du 24 février 1848, la monarchie de Juillet a encore l’air en place, mais tout est déjà en train de se défaire. Les barricades se multiplient, la Garde nationale ne sait plus de quel côté se mettre, et une parti …

Au matin du 24 février 1848, la monarchie de Juillet a encore l’air en place, mais tout est déjà en train de se défaire. Les barricades se multiplient, la Garde nationale ne sait plus de quel côté se mettre, et une partie de la bourgeoisie préfère désormais la République à un roi devenu encombrant. Louis‑Philippe tente un dernier numéro d’équilibriste : il abdique en faveur de son petit‑fils, avec la duchesse d’Orléans comme régente. Mais ni la rue ni les députés ne se contentent de ce bricolage dynastique. La Chambre est envahie, les insurgés marchent vers les Tuileries : le pouvoir lui échappe.

C’est là qu’intervient le fameux souterrain de la terrasse du Bord de l’Eau. Plutôt que de sortir par les grandes portes du palais, Louis‑Philippe s’éclipse par un passage discret sous la terrasse qui longe la Seine, pour déboucher du côté de l’actuelle place de la Concorde. Habillé comme un bourgeois ordinaire, il grimpe dans une voiture louée et prend la route de Saint‑Cloud, puis de l’exil anglais. Pendant qu’il disparaît par en dessous, les insurgés montent par les escaliers officiels, envahissent les salons, renversent le trône, s’approprient les symboles de la monarchie. Au‑dessus, le peuple occupe le décor du pouvoir ; en dessous, le roi sort par la trappe.

Vu avec les lunettes de Marx, cette scène n’est pas qu’une bonne histoire. Elle résume le rôle et la fin de la monarchie de Juillet. En 1830, Louis‑Philippe avait été installé par la bourgeoisie comme un roi « raisonnable », chargé de protéger les intérêts des possédants dans un cadre plus libéral. En 1848, la même bourgeoisie accepte de se débarrasser du roi pour sauver l’essentiel : ses positions économiques et son influence politique, qu’elle espère prolonger sous forme républicaine. Le souterrain incarne ce mouvement : on laisse filer la couronne, à condition que l’ordre social tienne. En surface, les ouvriers et les petits gens, eux, commencent à imaginer une République qui toucherait aussi à la propriété et au travail. Entre la fuite discrète de Louis‑Philippe et la prise bruyante des Tuileries, on voit se dessiner le conflit à venir entre République bourgeoise et aspirations populaires.

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Événement
1848
25 février 1848 — Hôtel de Ville
p 113
Proclamation de la République à 2 heures du matin et désignation du Gouvernement provisoire ; Lamartine défend le drapeau tricolore contre le drapeau rouge. Dans la nuit du 24 au 25 février 1848, l’Hôtel de Ville ne dése …

Proclamation de la République à 2 heures du matin et désignation du Gouvernement provisoire ; Lamartine défend le drapeau tricolore contre le drapeau rouge.

Dans la nuit du 24 au 25 février 1848, l’Hôtel de Ville ne désemplit pas. La monarchie de Juillet vient de s’effondrer, les Tuileries ont été envahies, mais rien n’est encore réellement stabilisé : quelle forme de gouvernement ? Avec qui ? Au milieu du tumulte, entre délégations de quartiers, journalistes, ouvriers, étudiants et notables républicains, se fabrique, presque à voix haute, la future République.

Vers deux heures du matin, la décision tombe : la République est proclamée, et un Gouvernement provisoire est désigné. On y retrouve les grandes figures du moment – Dupont de l’Eure, Lamartine, Ledru‑Rollin, Arago, Garnier‑Pagès, Marie, Crémieux, Louis Blanc, Flocon, Albert… – mélange de républicains « respectables », de tribuns plus radicaux et de représentants symboliques des classes populaires. L’Hôtel de Ville devient officiellement le centre du nouveau pouvoir, au nom du « peuple de Paris ».

C’est aussi à l’Hôtel de Ville, le 25 février, qu’a lieu l’un des épisodes les plus commentés de ces journées : la confrontation autour du drapeau. Une partie des insurgés, emmenés par des militants comme Raspail, réclame l’adoption du drapeau rouge, couleur des luttes ouvrières et de la révolution sociale. Lamartine, lui, se dresse pour défendre le tricolore, qu’il présente comme le drapeau de 1789, de 1830, de la nation tout entière, là où le rouge ne serait, selon lui, « que le drapeau d’une seule classe ». Sa longue harangue, très théâtrale, l’emporte : le drapeau tricolore est maintenu, avec l’ajout de quelques symboles (comme la cocarde rouge) pour tenter de calmer les ardeurs populaires.

Cet épisode condense toute l’ambiguïté de la révolution de Février. D’un côté, la République est arrachée par une insurrection où les ouvriers et les quartiers populaires ont joué un rôle décisif ; de l’autre, sa forme et ses symboles sont aussitôt encadrés par des républicains « modérés » qui veulent une République politique, mais surtout pas une République sociale. Entre la proclamation nocturne, les cris venus de la place et la voix de Lamartine au balcon, on sent déjà la tension qui conduira, quelques mois plus tard, aux affrontements de Juin 1848.

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Événement
Événement
1851
1er décembre 1851 — Palais de l'Élysée/Présidence de la République (à partir de 1848)
p 117-118
Préparation du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte ; digne neveu du tonton dictateur, précurseur du fascisme
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Événement
Événement
1851
2 décembre 1851 — Hôtel de Sophie Dosne/Demeure d'Adolphe Thiers (à partir de 1833)
p 120
Arrestation d'Adolphe Thiers par le commissaire Hubault lors du coup d'État de Badinguet
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Événement
1851
3 décembre 1851 — Barricade en 1851
p 122
Alphonse Baudin, député de l'Ain, se fait tuer sur une barricade. Il aurait dit aux ouvriers qui lui reprochaient son salaire de député : "Vous allez voir comment on meurt pour 25 Francs par jour !"
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Événement
1851
4 décembre 1851 — Barricade en 1851
p 122
Denis Dussoubs est abattu par la troupe, alors qu'il remplaçait son frère malade, le député Gaston Dussoubs, sur une barricade dressée contre le coup d'État de Badinguet
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Événement
1851
4 décembre 1851
p 123
Deux jours après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, des soldats à bout de nerfs tirent sur la foule des grands boulevards, au fusil et au canon. Le 4 décembre 1851 au soir, la résistance parisienne est brisée. D …

Deux jours après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, des soldats à bout de nerfs tirent sur la foule des grands boulevards, au fusil et au canon. Le 4 décembre 1851 au soir, la résistance parisienne est brisée.

Depuis l’été 1851, le président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte, prépare son coup avec une poignée de fidèles réunis autour de son demi-frère, Morny. Il a placé le général de Saint-Arnaud au ministère de la Guerre. Le 12 novembre, l’Assemblée a refusé, à sept voix près, de rétablir le suffrage universel qu’elle avait restreint en 1850. Dans la nuit du 1er au 2 décembre, anniversaire du sacre de Napoléon Ier et d’Austerlitz, soixante mille soldats et plus de cent canons occupent Paris. Au matin, six décrets dissolvent l’Assemblée et rétablissent le suffrage universel masculin ; les chefs de l’opposition, républicains ou monarchistes, sont arrêtés.

Le 3, une soixantaine de députés républicains, dont Victor Hugo et Victor Schœlcher, appellent le peuple aux armes contre le président qui « a violé la Constitution ». Quelque soixante-dix barricades se dressent ; le député Alphonse Baudin est tué sur celle du faubourg Saint-Antoine. Le soir, Saint-Arnaud fait savoir que tout homme pris à construire ou à défendre une barricade, ou les armes à la main, sera fusillé. Dans la nuit, trente mille soldats se déploient entre les grands boulevards et la Seine.

Le 4, la division du général Carrelet reçoit l’ordre de remonter les boulevards et de balayer les obstacles. Sa tête de colonne se heurte à une barricade à la hauteur de la rue Saint-Denis ; derrière elle, sa première brigade, celle du général Canrobert, s’arrête en rangs serrés sur le boulevard Montmartre. Une foule se presse sur les boulevards Montmartre et Poissonnière, curieux et manifestants mêlés ; aux terrasses des cafés, de jeunes bourgeois crient « Vive la Constitution ! Vive l’Assemblée nationale ! ». Les soldats, énervés par cette foule hostile ou goguenarde, s’affolent. Des coups de feu partent de quelques fenêtres ; sans en avoir reçu l’ordre, les premiers rangs ripostent, puis la fusillade gagne. Un jeune officier d’artillerie fait tirer le canon sur une maison d’où l’on tirait. On fouille ensuite les immeubles à la baïonnette.

Canrobert racontera plus tard qu’il accourut pour faire cesser le feu et que son clairon tomba mort à ses pieds, frappé d’une balle au front ; il eut, dit-il, « beaucoup de peine » à arrêter ses hommes. Le carnage fait entre cent et trois cents morts, dont des femmes et des enfants, et des centaines de blessés. Le soir même, la résistance parisienne est écrasée ; les dernières barricades tombent le lendemain.

Le bilan de ces journées reste disputé. Le Moniteur annoncera 380 victimes à Paris ; les historiens retiennent trois à quatre cents tués, sans compter les soldats, qui perdent vingt-six morts et cent quatre-vingt-quatre blessés selon la Fondation Napoléon. Victor Hugo, qui avancera le chiffre de mille deux cents morts sur les seuls boulevards, s’enfuit à Bruxelles ; il écrira Napoléon le Petit, puis Histoire d’un crime, que l’historien Pierre Milza tient pour « le récit le plus circonstancié » du coup d’État, à défaut d’être le plus exact.

La répression gagne la province : près de vingt-sept mille arrestations, vingt et un mille condamnations par des commissions mixtes, plus de neuf mille cinq cents transportés en Algérie, deux cent trente-neuf envoyés au bagne de Cayenne. Les 20 et 21 décembre, un plébiscite approuve le coup d’État. Un an plus tard, le 2 décembre 1852, Louis-Napoléon devient Napoléon III. Il portait, selon le mot de l’impératrice Eugénie, « le 2 décembre comme une tunique de Nessus ».

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Événement
Événement
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1870
7 octobre 1870
p 128
Il monte dans une nacelle place Saint-Pierre, il passe au-dessus des lignes prussiennes sous le feu, et il va lever des armées dans une France qui n'en a plus. Paris est encerclée depuis le 19 septembre. Le Gouvernement …

Il monte dans une nacelle place Saint-Pierre, il passe au-dessus des lignes prussiennes sous le feu, et il va lever des armées dans une France qui n'en a plus.

Paris est encerclée depuis le 19 septembre. Le Gouvernement de la Défense nationale, formé le 4 septembre après la chute de l'Empire à Sedan, est enfermé dans la capitale avec deux millions d'habitants. Une délégation gouvernementale a été envoyée à Tours pour administrer le reste du pays, mais elle est présidée par Crémieux, âgé et peu porté à la guerre à outrance. Il faut y envoyer quelqu'un qui organise la résistance.

Léon Gambetta a trente-deux ans. Avocat républicain, député de Belleville et de Marseille, ministre de l'Intérieur du gouvernement provisoire, il incarne la ligne de la guerre poursuivie jusqu'au bout contre les partisans d'un armistice rapide. Il décide de partir. Le seul chemin est le ciel.

Le 7 octobre 1870, en fin de matinée, il monte place Saint-Pierre à Montmartre dans la nacelle de l'Armand-Barbès, ballon baptisé du nom du révolutionnaire républicain mort l'année précédente en exil. Le pilote est Alexandre Trichet. Eugène Spuller, son secrétaire, l'accompagne. Un second ballon, le George-Sand, part en même temps, emportant deux Américains dont l'objet du voyage n'a jamais été établi. La foule assemblée sur la butte acclame le départ.

Le ballon passe au-dessus des lignes prussiennes. Les fantassins allemands tirent. Gambetta est légèrement blessé à la main. L'appareil poursuit sa route et atterrit vers quinze heures dans le bois de Favières, sur la commune d'Épineuse, dans l'Oise. Par Montdidier et Rouen, Gambetta rejoint Tours le 9 octobre.

Ce qu'il y accomplit tient de l'improvisation forcenée. En quatre mois, il lève, arme et met en ligne plusieurs armées nouvelles, dont l'armée de la Loire, avec des conscrits sans instruction et des officiers sans expérience. Ces armées seront battues, mais elles prolongeront la guerre jusqu'en janvier 1871 et donneront à la République naissante une légitimité militaire. La délégation quittera Tours pour Bordeaux le 9 décembre, devant l'avance prussienne.

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Événement
1870
5 septembre 1870 — Siège de l'Association Internationale des Travailleurs/Comité central des Vingt arrondissements
p 129
Création du Comité central provisoire, qui devint le Comité central républicain des Vingt arrondissements, représentant les Comités de vigilance ; émanations de l'A.I.T.
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Événement
1871
15 mars 1871 — Bal du Tivoli Waux-Hall (ou Tivoli-Wauxhall)
p 129-130
Élection du Comité central de la Garde nationale par 1 325 délégués de 215 bataillons ; fusion du Comité fédéral et du Comité central ; Giuseppe Garibaldi est acclamé général en chef mais refuse le poste. Depuis la capit …

Élection du Comité central de la Garde nationale par 1 325 délégués de 215 bataillons ; fusion du Comité fédéral et du Comité central ; Giuseppe Garibaldi est acclamé général en chef mais refuse le poste.

Depuis la capitulation de janvier, la Garde nationale parisienne se fédère. Hostile à l'armistice et à la majorité monarchiste de l'Assemblée élue le 8 février, siégeant à Bordeaux, elle s'est organisée dès février autour de la grande salle de bal du Tivoli Wauxhall, rue de la Douane. C'est là qu'une commission provisoire, emmenée par l'architecte Georges Arnold, a élaboré les statuts d'une fédération permanente — publiés dans le Cri du Peuple du 9 mars.

Le 15 mars, l'assemblée constitutive se réunit pour la quatrième fois dans cette salle. 1 325 délégués représentant 215 bataillons élisent le Comité central, composé de deux délégués par arrondissement élus par le conseil de légion, et d'un chef de bataillon par légion. Les deux structures préexistantes — le Comité fédéral républicain, réunissant les officiers, et le Comité central issu des compagnies — fusionnent en une instance unique. Sur les 38 membres élus, une quinzaine sont membres de l'Internationale ou des chambres syndicales. Les hommes en vedette n'avaient pas brigué les suffrages — des inconnus de toutes les couches du peuple, connus seulement de leurs bataillons.

Arnold proclame les noms des élus, puis l'assemblée acclame Garibaldi comme général en chef. Le choix est politique autant que militaire : vainqueur à Dijon avec ses volontaires italiens, héros de l'unité italienne, ennemi des rois et des prêtres, Garibaldi incarne la République en armes — tout le contraire d'Aurelle de Paladines, le général monarchiste imposé par Thiers. L'Assemblée vient en outre de lui refuser son siège de député de Nice au motif qu'il est étranger : l'acclamer chef, c'est aussi un pied-de-nez à Versailles. Garibaldi refuse cependant le poste, estimant qu'un général français doit commander.

Ce comité dirige de fait la ville de Paris du 15 mars au 28 mars 1871. Trois jours après cette séance du Tivoli Wauxhall, après l'insurrection du 18 mars et la fuite de Thiers à Versailles, ce sont ces mêmes inconnus qui s'installeront à l'Hôtel de Ville et convoqueront les élections de la Commune. Nés dans une salle de bal, ils feront l'histoire.

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Événement
1871
6 janvier 1871 — Comité central révolutionnaire de la Corderie
p 129
Publication de la "seconde affiche rouge", portée par 140 signataires, réclamant la Commune et la poursuite de la guerre
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Événement
1871
18 mars 1871 — Parc à canons du Champ des Polonais
p 130
Tentative de prise des 171 pièces d'artillerie de Montmartre avec 250 soldats du 88ème bataillon de ligne commandés par le général Lecomte. Mais faute d'attelages l'opération est retardée de plusieurs heures. On parlera …

Tentative de prise des 171 pièces d'artillerie de Montmartre avec 250 soldats du 88ème bataillon de ligne commandés par le général Lecomte. Mais faute d'attelages l'opération est retardée de plusieurs heures. On parlera de provocation.

À 3 heures du matin, sous une pluie glaciale, la brigade Lecomte monte en silence vers le sommet de la butte Montmartre. Le plan est simple : 250 soldats du 88e régiment de ligne s'emparent des 171 pièces d'artillerie parquées au Champ des Polonais, en haut de la rue Saint-Éleuthère. Les attelages arrivent dans la foulée, les canons descendent vers les Invalides, et Paris se réveille désarmé.

La première partie se déroule comme prévu. Les gardes de faction sont surpris — certains s'enfuient, d'autres sont capturés. À 5 heures, les canons sont sous contrôle versaillais. Louise Michel, de garde au comité de vigilance de Montmartre, a donné l'alerte. Le tocsin sonne. Mais Lecomte n'en est pas encore inquiet.

C'est là que les attelages font défaut. Nul n'a prévu suffisamment de chevaux pour déplacer 171 pièces. Les soldats attendent, immobiles au sommet de la butte, autour de canons qu'ils ne peuvent pas bouger. Une heure passe, puis deux. Montmartre s'éveille.

Clemenceau, maire du 18e, accoure au Château-Rouge où Lecomte a établi son PC. Il tente de négocier, propose un compromis. Lecomte balaie la démarche. Ce que Vinoy et Aurelle de Paladines avaient prédit la veille — l'opération est trop précipitée, les moyens insuffisants — est en train de se réaliser heure par heure. Ce qui devait être un coup de main silencieux se transforme en attente interminable, sous les yeux d'une population qui se rassemble et d'une Garde nationale qui prend les armes. Plus tard, on parlera de provocation délibérée.

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Événement
1871
18 mars 1871 — Le Château Rouge (corps de garde Fédéré)
p 131-132
Le général Lecomte, ainsi que d'autres officiers, sont détenus au Château Rouge, dont le commandant Lartet qui parvient à s'enfuir. Lecomte est pris dans un premier temps pour le général Vinoy Le Château Rouge — une anci …

Le général Lecomte, ainsi que d'autres officiers, sont détenus au Château Rouge, dont le commandant Lartet qui parvient à s'enfuir. Lecomte est pris dans un premier temps pour le général Vinoy

Le Château Rouge — une ancienne demeure bourgeoise reconvertie en bal populaire, l'un des plus fréquentés de Montmartre — devient ce matin-là le quartier général des bataillons fédérés. C'est là qu'on conduit Lecomte après son arrestation, entouré d'autres officiers capturés dans la débâcle de l'opération.

L'arrivée du général est marquée par une confusion révélatrice : la foule le prend d'abord pour Vinoy, le gouverneur militaire de Paris. Vinoy — dont le nom symbolise à lui seul la répression — aurait été lynché sur place. Le capitaine Simon Charles Mayer, responsable du poste, doit intervenir pour faire comprendre à la foule qu'il s'agit de Lecomte, un officier d'un rang inférieur. Ce malentendu sauve momentanément la vie du général.

À l'intérieur, Lecomte est traité avec une relative correction par les officiers fédérés qui comprennent que le tuer serait une faute politique. Il signe l'ordre d'évacuation de la butte — un ultime acte d'autorité que personne n'exécutera. Le commandant Lartet, lui, profite de la confusion pour s'enfuir.

Mais dehors, la situation se détériore. Les soldats du 88e qu'il avait fait enfermer quelques heures plus tôt arrivent au Château Rouge. La rancœur est vive. Dans l'après-midi, Lecomte sera transféré rue des Rosiers — et l'arrivée simultanée du général Clément-Thomas, reconnu en civil dans le quartier, fera basculer la foule vers l'irréparable.

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Événement
1871
18 mars 1871
p 131
Le général Susbielle fait charger la foule par les gendarmes à cheval ; la troupe fraternise, le capitaine Saint-James est abattu
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Événement
1871
18 mars 1871 — Lieu de l'arrestation du général Clément-Thomas
p 132
Arrestation du général Clément-Thomas, massacreur de Juin 1848, reconnu alors qu'il observait les évènements, en civil, dans la foule
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Événement
1871
18 mars 1871
p 133-135
Prise de l'Hôtel de Ville par des bataillons bellevillois de la Garde nationale, commandés par Émile Eudes. Le Comité central de la Garde nationale s'y installe dans la soirée. Jules ferry s'enfuit au dernier moment
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Événement
1871
19 mars 1871 — Mairie du 2ème arrondissement
p 135
Négociations entre la Commune et les élus parisiens après l'échec de l'Hôtel de Ville
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Événement
1871
26 mai 1871 — Chapelle des otages/Lieu de l'exécution des otages de la Commune
p 136
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Événement
1871
24 mai 1871 — Ministère des Finances (incendié par les obus versaillais)
p 137
Le ministère des Finances est incendié à deux reprises par les obus versaillais tirés depuis le Trocadéro ; mais le Grand livre de la dette est sauvé ; ouf !...
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Événement
1871
12 avril 1871 — Barricade sous la Commune
p 137
Le 12 avril 1871, la Commune ordonne l'édification de dix-huit barricades fortifiées et armées de canons aux points stratégiques de Paris — Bastille, Hôtel de Ville, place de l'Opéra, avenue Foch, place Charles-de-Gaulle …

Le 12 avril 1871, la Commune ordonne l'édification de dix-huit barricades fortifiées et armées de canons aux points stratégiques de Paris — Bastille, Hôtel de Ville, place de l'Opéra, avenue Foch, place Charles-de-Gaulle, boulevard Beaumarchais, place Vendôme, rue de Rivoli, et une dizaine d'autres. La ville se prépare à l'assaut versaillais qu'elle sait inévitable depuis que Thiers a refusé toute négociation.

Ce même jour, Napoléon Gaillard est nommé colonel et reçoit les pleins pouvoirs pour organiser les barricades des 1er et 20e arrondissements. L'homme est cordonnier de métier — compagnon du Devoir sous le nom de "Nîmois le Loyal", inventeur breveté d'une forme anatomique de chaussure, militant de Belleville depuis les années 1848. Rien ne le prédestinait à devenir ingénieur militaire. Mais il conçoit les barricades autrement que ses prédécesseurs : non plus un simple amas de pavés perpendiculaire à la rue, facilement contournable, mais un système défensif en profondeur — fossé large, chemin couvert, double masse de terre compactée dans des sacs et des tonneaux, embrasures pour les canons, fortifications secondaires en retrait. Une barricade comme un fort en miniature.

Sa plus grande réalisation s'élève à l'angle de la rue de Rivoli et de la rue Saint-Florentin, sur près de deux étages, avec bastion, redan et courtine. On l'appelle aussitôt, avec une ironie qui dit l'admiration mêlée de moquerie, le "Château-Gaillard". C'est la seule des dix-huit barricades fortifiées que les troupes versaillaises ne parviendront pas à contourner lors de la Semaine sanglante. Toutes les autres seront débordées.

Les critiques ne manquent pas. Le directeur du Génie, Roselli-Mollet, lui reproche d'avoir fortifié des arrondissements peu menacés au détriment des points stratégiques réels — Trocadéro, Arc de Triomphe, butte Montmartre. Rossel, qui l'a nommé, balaie ces objections. Gaillard démissionne le 15 mai, contesté et épuisé, huit jours après Rossel lui-même.

Il fuira en Suisse lors de la Semaine sanglante, sera condamné par contumace à la déportation, finira concierge à Paris après l'amnistie de 1880. Une loge de concierge — voilà tout ce que la Commune avait rapporté au constructeur en chef des barricades.

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Événement
1871
27 mai 1871 — Cimetière du Père Lachaise/Lieu de la gravure "Les derniers combats"
p 138-139
On se bat à la baïonnette entre les tombeaux. Sur celui de Charles Nodier, les balles ont laissé leur trace. Le samedi 27 mai 1871, il ne reste à la Commune que Belleville et ses abords. Depuis les hauteurs des Buttes-Ch …

On se bat à la baïonnette entre les tombeaux. Sur celui de Charles Nodier, les balles ont laissé leur trace.

Le samedi 27 mai 1871, il ne reste à la Commune que Belleville et ses abords. Depuis les hauteurs des Buttes-Chaumont et du cimetière du Père-Lachaise, ses canons tirent leurs dernières munitions. En début d’après-midi, les Versaillais donnent l’assaut aux Buttes-Chaumont ; au même moment, leur corps de réserve s’empare des portes de Montreuil et de Bagnolet et avance dans Charonne. Des dizaines d’insurgés refluent vers le cimetière, dont la grande porte, boulevard de Ménilmontant, a été barricadée ; deux batteries d’artillerie y sont en position.

Vers quatre heures, deux brigades versaillaises franchissent le mur d’enceinte, qu’on n’a pas fortifié. Commence alors un combat étrange, pied à pied, entre les chapelles et les monuments funéraires ; les derniers affrontements se livrent à la baïonnette, à la tombée de la nuit. Le secteur de ce qu’on appellera « l’ultime combat » se trouve dans la 48e division, autour des tombes de Balzac et de Charles Nodier : sur le monument de Nodier, on voit encore des impacts de balles. Le dessinateur Albert Robida a fixé la scène dans une gravure, « Les derniers combats ».

Maîtres du cimetière, les Versaillais alignent les survivants contre le mur d’enceinte, à l’angle sud-est : cent quarante-sept fédérés sont fusillés, le soir même ou au matin du 28 selon les sources, et jetés dans une fosse ouverte à leurs pieds. Dans les heures et les jours qui suivent, des centaines d’autres corps, amenés à pleines charretées, y sont entassés sur trois rangs. Dans les rues voisines, le dernier coup de feu de la Commune est tiré le dimanche 28 mai, vers deux heures de l’après-midi.

Ce pan de mur est devenu le mur des Fédérés. Le 23 mai 1880, deux mois avant l’amnistie, vingt-cinq mille personnes y défilent à l’appel de Jules Guesde, une rose rouge à la boutonnière ; depuis, la « montée au mur » a lieu chaque année à la fin de mai. Le 24 mai 1936, en plein Front populaire, six cent mille manifestants s’y pressent derrière Léon Blum et Maurice Thorez. Paul Lafargue, le gendre de Karl Marx, repose en face depuis 1911.

Le bilan de la Semaine sanglante reste discuté : environ dix mille victimes selon Jacques Rougerie, un chiffre qui « reste énorme pour l’époque » ; au moins quinze mille selon les recherches plus récentes de Michèle Audin.

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Événement
1871
28 mai 1871 — Barricade pendant la Semaine sanglante
p 139
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Événement
1871
24 mai 1871 — Hôtel de Ville
p 139
Incendie de l'Hôtel de Ville à l'initiative de Jean-Louis Pindy (Pendy). Il y aura 238 bâtiments incendiés en tout à Paris pendant la Semaine sanglante
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Événement
1885
22 mai 1885 — Demeure de Victor Hugo (à partir de 1881, au n° 50 de l'avenue selon son acte de décès. Visage d'Hugo sculpté au fronton du porche)
p 141-142
Mort de Victor Hugo ; l'avenue portait déjà son nom depuis 1881. On décide à cette occasion de rendre le Panthéon aux grands hommes ; mais pas encore des grandes femmes... Mort également de Juliette Drouet le 11 mai 1883
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Événement
1885
31 mai 1885 — Arc de triomphe de l'Étoile
p 142-143
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1885
1er juin 1885 — Église Ste Geneviève/Le Panthéon
p 143-145
Il avait demandé le corbillard des pauvres. Le 1er juin 1885, de l’Arc de triomphe au Panthéon, une foule immense accompagne Victor Hugo : c’est l’un des plus grands rassemblements de l’histoire de France. En 1885, Victo …

Il avait demandé le corbillard des pauvres. Le 1er juin 1885, de l’Arc de triomphe au Panthéon, une foule immense accompagne Victor Hugo : c’est l’un des plus grands rassemblements de l’histoire de France.

En 1885, Victor Hugo est bien plus qu’un écrivain. L’exilé de Guernesey, l’adversaire obstiné du Second Empire, est devenu sous la Troisième République une figure de la nation, la « figure absolue du grand-père » que consacrent les manuels scolaires ; sénateur depuis 1876, il a milité pour l’amnistie des communards. Le 15 mai, il est frappé d’une congestion pulmonaire. Il meurt le 22 mai, à quatre-vingt-trois ans, dans son hôtel particulier de l’actuelle avenue Victor-Hugo. Ses derniers mots, dit la légende : « C’est ici le combat du jour et de la nuit… Je vois de la lumière noire. » Son testament est bref : « Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l’oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu. »

Paris prend le deuil. Des drapeaux tricolores cravatés de crêpe paraissent aux fenêtres ; le lendemain, dix-sept journaux parisiens sortent encadrés de noir. Le 24 mai, les députés votent des funérailles nationales par 415 voix sur 418 présents. La famille avait prévu le caveau du Père-Lachaise. Mais Anatole de La Forge propose le Panthéon, que le Second Empire avait rendu au culte, et la polémique est vive. Le gouvernement s’y rallie. L’église Sainte-Geneviève redevient, et pour de bon, le temple républicain des grands hommes : on retire le mobilier religieux, on remet au fronton l’inscription « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante ». La croix du dôme, elle, reste en place.

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, le cercueil est exposé sous l’Arc de triomphe, voilé en biais d’un crêpe noir, sur un catafalque marqué des initiales V. H., dans un décor réglé par Charles Garnier. Des cuirassiers à cheval le veillent jusqu’au matin.

Le 1er juin, à dix heures et demie, vingt et un coups de canon tonnent aux Invalides. Les représentants de l’État parlent à l’Étoile ; ceux des sociétés artistiques et des pays étrangers parleront au Panthéon : dix-neuf discours en tout. À midi quarante, le corbillard des pauvres s’ébranle. Devant lui marchent douze jeunes poètes choisis par la famille, une délégation de Besançon, sa ville natale, une délégation de la presse et quatre sociétés artistiques. Plus d’un millier de délégations se sont inscrites pour défiler. Le cortège descend les Champs-Élysées, traverse la place de la Concorde, suit les boulevards Saint-Germain et Saint-Michel, puis monte la rue Soufflot. Il n’arrive qu’à six heures vingt.

Le jour n’est pas férié, mais les écoles et les théâtres subventionnés ont fermé. La foule est immense : deux à trois millions de personnes, selon les estimations. Dans Les Déracinés, Maurice Barrès décrira ce « fleuve français » qui coula « de midi à six heures » entre les berges d’un peuple entassé « depuis le trottoir » jusqu’aux toits.

Victor Hugo repose depuis dans la crypte du Panthéon, où l’ont rejoint Alexandre Dumas et Émile Zola.

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Événement
1894
15 octobre 1894 — Ministère de la Guerre
p 147-148
On lui demande d'écrire une lettre sous la dictée pour comparer son écriture à celle d'un traître ; sa main tremble un peu, et cela suffit à ouvrir douze années de guerre civile française. En septembre 1894, une femme de …

On lui demande d'écrire une lettre sous la dictée pour comparer son écriture à celle d'un traître ; sa main tremble un peu, et cela suffit à ouvrir douze années de guerre civile française.

En septembre 1894, une femme de ménage de l'ambassade d'Allemagne, agent du contre-espionnage français, rapporte une lettre déchirée trouvée dans une corbeille : le bordereau. Ce document anonyme, adressé à l'attaché militaire allemand Schwartzkoppen, énumère des renseignements militaires français livrés à l'Allemagne. Un traître opère à l'état-major.

L'enquête est menée par la Section de statistique, service de renseignement de l'armée. Elle se fixe très vite sur Alfred Dreyfus, capitaine d'artillerie, polytechnicien, stagiaire à l'état-major. Aucune preuve matérielle ne le désigne. Deux éléments jouent contre lui : son écriture présente une ressemblance jugée suffisante avec celle du bordereau, et il est juif, alsacien, seul officier juif de l'état-major, dans une armée profondément antisémite où la presse de Drumont désigne les Juifs comme ennemis de la nation.

Le 15 octobre 1894, Dreyfus est convoqué au ministère de la Guerre, 14 rue Saint-Dominique dans le 7e arrondissement, en civil, pour une prétendue inspection. Le commandant du Paty de Clam l'accueille en feignant une blessure à la main et lui demande d'écrire une lettre sous sa dictée, destinée au général de Boisdeffre. Le texte dicté reprend les phrases du bordereau. Dreyfus écrit sans se troubler. Du Paty l'interrompt : "Vous tremblez !" Il ne tremblait pas.

L'arrestation est immédiate. Du Paty pose un revolver devant lui en suggérant le suicide. Dreyfus refuse et réclame un examen des faits. Il est conduit à la prison du Cherche-Midi, au secret, sans que sa famille en soit informée.

Le conseil de guerre le condamnera le 22 décembre à la déportation perpétuelle, sur la foi d'un dossier secret que la défense n'aura jamais vu. Il sera dégradé le 5 janvier 1895 dans la cour de l'École militaire et déporté à l'île du Diable.

Il faudra douze ans, un article de Zola, deux procès, une révision et la réhabilitation de 1906 pour défaire ce qui s'est décidé en une heure dans un bureau de la rue Saint-Dominique.

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Événement
Événement
1853
1853 – 1966 — Prison militaire du Cherche-Midi
p 149
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Événement
1895
5 janvier 1895
p 150-151
« Soldats, on dégrade un innocent ! » Le 5 janvier 1895, dans une cour de l’École militaire, on arrache ses galons au capitaine Alfred Dreyfus et l’on brise son sabre. Onze ans plus tard, à l’École militaire, la troupe l …

« Soldats, on dégrade un innocent ! » Le 5 janvier 1895, dans une cour de l’École militaire, on arrache ses galons au capitaine Alfred Dreyfus et l’on brise son sabre. Onze ans plus tard, à l’École militaire, la troupe lui rendra les honneurs.

En septembre 1894, le contre-espionnage français met la main sur une lettre déchirée en six morceaux, non signée, adressée à l’attaché militaire allemand à Paris, Maximilian von Schwartzkoppen : ce « bordereau » annonce la livraison de documents militaires confidentiels. Le ministre de la Guerre, le général Mercier, est prévenu. Les soupçons se portent sur un officier d’artillerie, le capitaine Alfred Dreyfus, polytechnicien, Alsacien et juif. Personne à l’état-major n’est expert en écritures : le commandant du Paty de Clam conclut à la ressemblance, un expert, Gobert, la conteste, et Mercier fait appel à Alphonse Bertillon, l’inventeur de l’anthropométrie judiciaire, qui n’entend rien aux écritures.

Dreyfus clame son innocence. Au procès, à huis clos, devant le conseil de guerre, l’accusation ne repose que sur le bordereau, dont les experts se disputent l’écriture, et sur de vagues témoignages. Au début du délibéré, un dossier secret est remis en toute illégalité au président du conseil de guerre, sur ordre de Mercier. Le 22 décembre 1894, à l’unanimité des sept juges, Dreyfus est condamné pour intelligence avec une puissance étrangère à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée, à la destitution de son grade et à la dégradation militaire. La peine de mort est abolie pour les crimes politiques depuis 1848. L’antisémitisme, dans la presse, atteint des sommets.

Le 5 janvier 1895, la cérémonie a lieu dans la cour Morland de l’École militaire. Quatre mille soldats forment le carré ; alentour, vingt mille personnes se pressent, hostiles. Aux roulements des tambours, quatre artilleurs amènent Dreyfus devant un huissier qui lit le jugement. Un adjudant de la Garde républicaine lui arrache ses insignes, les fines lanières d’or de ses galons, les parements des manches et de la veste ; on les avait décousus la veille, et le sabre scié, pour que tout cède sans peine. Puis l’adjudant brise le sabre sur son genou. Les bras levés, Dreyfus crie : « Soldats, on dégrade un innocent, soldats, on déshonore un innocent. Vive la France ! Vive l’armée ! » Il doit ensuite défiler lentement devant ses anciens compagnons d’armes.

Avant la cérémonie, dans le fourgon qui l’amenait, Dreyfus aurait avoué au capitaine Lebrun-Renault : ainsi naît la « légende des aveux ». En réalité, le capitaine s’était vanté ; il n’y avait eu aucun aveu. Dans l’assistance se tient un journaliste austro-hongrois, Theodor Herzl, correspondant de la Neue Freie Presse de Vienne. La vague d’antisémitisme qui accompagne l’affaire le convainc de la nécessité de résoudre la « question juive » : il en tirera L’État des Juifs et deviendra l’un des pères fondateurs du sionisme.

Dreyfus passe plus de quatre ans à l’île du Diable, en Guyane. Son frère Mathieu, le journaliste Bernard Lazare, puis Émile Zola, avec « J’accuse… ! » en 1898, mènent le combat pour la révision ; le vrai coupable est un autre officier, le commandant Esterhazy. Condamné de nouveau à Rennes en 1899, avec « circonstances atténuantes », puis gracié, Dreyfus est réhabilité par la Cour de cassation le 12 juillet 1906. Nommé chevalier de la Légion d’honneur, il est décoré dans la cour de l’École militaire, où la troupe lui rend les honneurs, là même où il avait été dégradé. Depuis 2026, une journée nationale, le 12 juillet, commémore la reconnaissance de son innocence.

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Événement
1918
11 novembre 1918 — Place de l'Opéra
p 160-161
Le 11 novembre 1918, à onze heures, les clairons sonnent le cessez-le-feu. Paris descend dans la rue. Place de l’Opéra, drapée dans le drapeau tricolore, une soprano chante l’hymne national sous les fenêtres de Clemencea …

Le 11 novembre 1918, à onze heures, les clairons sonnent le cessez-le-feu. Paris descend dans la rue. Place de l’Opéra, drapée dans le drapeau tricolore, une soprano chante l’hymne national sous les fenêtres de Clemenceau.

Le matin même, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne, les représentants de l’Allemagne et des Alliés ont signé l’armistice dans un wagon-restaurant du train d’état-major du maréchal Foch. À onze heures, le cessez-le-feu entre en vigueur. Dans toute la France, les cloches sonnent à la volée, les clairons retentissent. La guerre a fait, chez l’ensemble des belligérants, plus de 18,6 millions de morts, d’invalides et de mutilés, dont 8 millions de civils.

À la Chambre des députés, le président du Conseil, Georges Clemenceau, annonce les termes de la convention. Revenu au pouvoir en novembre 1917 pour conduire la guerre jusqu’à la victoire, le « Tigre » a gagné un nouveau surnom, le « Père la Victoire ». Il a préféré mettre fin au carnage plutôt que d’aller, comme le réclamait une partie de la droite, imposer l’armistice à Berlin.

Photographie : une foule immense, drapeaux tricolores levés, emplit la place de l’Opéra

Paris explose de joie : un million de personnes descendent dans la rue. Place de l’Opéra, les troupes défilent. Clemenceau s’est installé à l’étage du Grand Hôtel, le palace que les frères Pereire ont bâti sous le Second Empire et qui occupe tout l’îlot entre la place, le boulevard des Capucines, la rue Scribe et la rue Auber, avec son célèbre café de la Paix. De ses fenêtres, il regarde passer le défilé.

En haut des marches de l’Opéra paraît alors Marthe Chenal, drapée dans le drapeau tricolore. La soprano chante depuis 1905 au palais Garnier et à l’Opéra-Comique ; la presse internationale l’a surnommée « la plus belle femme de Paris », et elle est connue pour son interprétation de La Marseillaise, qu’elle a gravée sur disque chez Pathé. Devant les soldats et des milliers de Parisiens, elle entonne l’hymne national.

Le soir, Clemenceau confie au général Mordacq : « Nous avons gagné la guerre et non sans peine. Maintenant il va falloir gagner la paix, et ce sera peut-être encore plus difficile. » Dix jours plus tard, l’Académie française l’élit à l’unanimité, en même temps que le maréchal Foch ; il n’y siégera jamais.

Chaque 11 novembre, le président de la République dépose une gerbe tricolore devant la statue de Clemenceau, avant de remonter les Champs-Élysées jusqu’à la tombe du Soldat inconnu, sous l’Arc de triomphe.

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Événement
1934
6 février 1934
p 162-164 & 167-168
De l’autre côté de la Seine, la Chambre investit un gouvernement. Sur la place de la Concorde, des milliers d’hommes veulent l’en empêcher. Depuis un mois, l’affaire Stavisky empoisonne la vie politique. Alexandre Stavis …

De l’autre côté de la Seine, la Chambre investit un gouvernement. Sur la place de la Concorde, des milliers d’hommes veulent l’en empêcher.

Depuis un mois, l’affaire Stavisky empoisonne la vie politique. Alexandre Stavisky, escroc lié à des parlementaires radicaux, a été retrouvé mort le 8 janvier ; on apprend que son procès a été renvoyé dix-neuf fois. Les Camelots du roi manifestent aux cris de « À bas les voleurs ! ». Le 3 février, le nouveau président du Conseil, Édouard Daladier, mute au Maroc le préfet de police Jean Chiappe, que la gauche accuse d’être mêlé à l’affaire ; la droite crie au marchandage avec les socialistes. Les appels à manifester couvrent les murs de Paris pour le 6 février 1934, jour où le gouvernement doit se présenter à la Chambre.

Ils sont trente à cinquante mille à répondre, anciens combattants pour la plupart, avec quelques milliers d’émeutiers. Les ligues d’extrême droite sont au premier rang : l’Action française et les Camelots du roi de Maurice Pujo, qui veulent abattre « la gueuse » et restaurer la monarchie ; les Jeunesses patriotes du député Pierre Taittinger ; la Solidarité française du parfumeur François Coty ; les Croix-de-Feu du colonel de La Rocque. L’Union nationale des combattants, proche de la droite, défile aussi — et même l’Association républicaine des anciens combattants, communiste, qui réclame, elle, l’arrestation de Chiappe. À l’Hôtel de Ville, quelques conseillers municipaux se tiennent prêts à proclamer du balcon, selon la tradition, un gouvernement provisoire ; les Jeunesses patriotes attendent devant, sur l’ancienne place de Grève.

L’objectif, c’est la Chambre. Les Croix-de-Feu, parvenus aux Invalides, tout près du Palais-Bourbon, se dispersent à l’appel de La Rocque, qui refuse le coup de force. Mais le soir, place de la Concorde, la manifestation tourne à l’émeute. Des autobus brûlent. On lance sur la police des boulets de charbon, des débris de fonte, des billes d’acier qui font trébucher les chevaux, dont on taillade les jarrets avec des lames de rasoir fixées au bout de cannes. Devant le pont de la Concorde, dernier passage vers le Palais-Bourbon, les forces de l’ordre, trop peu nombreuses, mal commandées et acculées sans possibilité de recul, essuient des tirs et ouvrent le feu à leur tour, à trois reprises au moins selon la commission d’enquête parlementaire. Les affrontements durent toute la nuit.

Le bilan est lourd : douze morts par balle parmi les manifestants et les passants le soir même, dix-neuf en tout en comptant les blessés qui succombent ensuite, dont un garde républicain, Marcel Flandre ; plus de deux mille blessés, dont plus de seize cents parmi les forces de l’ordre. Aucune manifestation n’avait été aussi sanglante sous la IIIe République depuis la fusillade de Fourmies, en 1891.

Dessin de presse satirique sur l’émeute

Daladier démissionne dès le lendemain : c’est la première fois qu’un gouvernement tombe sous la pression de la rue. L’ancien président de la République Gaston Doumergue forme un gouvernement d’« union nationale », où le maréchal Pétain fait ses débuts de ministre. La gauche, elle, voit dans l’émeute la preuve d’un danger fasciste. Le 12 février, la CGT et la CGTU appellent à la grève générale ; les cortèges socialiste et communiste, partis séparément, finissent par se mêler aux cris de « Unité ! ». Le rapprochement conduira au Front populaire de 1936. Du côté du maintien de l’ordre, la leçon est retenue pour longtemps : ne plus jamais laisser des manifestants approcher du Palais-Bourbon, et chercher à éviter à tout prix les morts.

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Événement
1934
6 février 1934 — Barrage de police protégeant l'Assemblée
p 165-166
Le colonel de La Roque renonce à donner l'assaut à l'Assemblée nationale avec les 2 000 militants Croix de Feu qui le suivent ; il y perdra son crédit à l'extrême droite
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Événement
1944
25 août 1944 — Hôtel Meurice/Résidence du commandant du Gross Paris (Grand Paris)/Siège de la Kommandantur
p 178
Combats pendant la Libération de Paris aboutissant à la capitulation de Dietrich von Choltitz
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Événement
1940
1940 – 1944 — Hôtel Meurice/Résidence du commandant du Gross Paris (Grand Paris)/Siège de la Kommandantur
p 178
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Événement
1944
25 août 1944 — Ministère de la Guerre
p 180
Charles de Gaulle s'installe au ministère sans aller à l'Hôtel de Ville
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Événement
1944
25 août 1944
p 181
Charles de Gaulle prononce son fameux discours à l'Hôtel de Ville, sans un mot pour la Résistance
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Événement
1944
25 août 1944 — Préfecture de police
p 181
Charles de Gaulle va féliciter la police avant de se rendre à l'Hôtel de Ville
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Événement
1968
3 mai 1968 — La Sorbonne/Chapelle de la Sorbonne
p 186-188
Quelques centaines d’étudiants dans une cour, un recteur qui appelle la police : le 3 mai 1968, la Sorbonne met le feu au Quartier latin. Tout commence à Nanterre. Depuis le 22 mars, un petit groupe, le « Mouvement du 22 …

Quelques centaines d’étudiants dans une cour, un recteur qui appelle la police : le 3 mai 1968, la Sorbonne met le feu au Quartier latin.

Tout commence à Nanterre. Depuis le 22 mars, un petit groupe, le « Mouvement du 22 Mars », dont Daniel Cohn-Bendit est l’une des figures, agite la faculté. Le 2 mai, après une journée « anti-impérialiste » qui a interrompu le cours de l’historien René Rémond, le doyen Pierre Grappin ferme l’établissement. Plusieurs étudiants, dont Cohn-Bendit, sont convoqués devant une commission de discipline pour le lundi suivant.

Le vendredi 3 mai, la contestation passe au Quartier latin. Dans la cour de la Sorbonne, entre cent cinquante et quatre cents manifestants, dont une partie venue de Nanterre, tiennent un meeting de protestation contre la répression. Au mégaphone, les orateurs se succèdent ; Cohn-Bendit est filmé par l’ORTF, mais ces images ne seront diffusées que le 14 mai, et amputées au montage. Une rumeur annonce que le mouvement d’extrême droite Occident va venir faire évacuer les lieux par la force ; des étudiants s’arment de bâtons et de pierres.

Le recteur de l’académie de Paris, Jean Roche, requiert alors la police pour « rétablir l’ordre en expulsant les perturbateurs ». La Sorbonne est évacuée de force, sans préavis ni négociation, et les étudiants embarqués dans les cars. Pour eux, qui se croyaient protégés par les franchises universitaires, c’est une violation du sanctuaire ; des doyens eux-mêmes la critiqueront dès le lendemain. Dans la soirée, des centaines d’étudiants et de passants affrontent les forces de l’ordre autour du Luxembourg, et les premières ébauches de barricades apparaissent. On compte 574 interpellations, parmi lesquelles le dirigeant de l’UNEF, Jacques Sauvageot, Cohn-Bendit, Alain Krivine, Henri Weber, Brice Lalonde ou Bernard Guetta, et 481 blessés, dont 202 policiers.

L’engrenage est lancé. Le 6 mai, jour où les étudiants de Nanterre comparaissent devant la commission de discipline, accompagnés de leurs professeurs Henri Lefebvre, Alain Touraine et Paul Ricœur, les pavés volent à nouveau. Le 10 mai, après un rassemblement de vingt mille lycéens et étudiants place Denfert-Rochereau, le Quartier latin se couvre de plusieurs dizaines de barricades ; à partir de deux heures du matin, plus de six mille policiers les prennent d’assaut, et la dernière, rue Thouin, tombe à cinq heures et demie. RTL et Europe 1 ont raconté la nuit en direct : au matin, l’opinion penche du côté des étudiants.

Affiche texte imprimée annonçant un meeting

Le 11 mai, rentré d’Afghanistan, le Premier ministre, Georges Pompidou, cède : les universités rouvriront et la police quittera la Sorbonne. Le 13, une immense manifestation d’étudiants et de salariés traverse Paris aux cris de « Dix ans, ça suffit ! » — cinq cent mille personnes selon les estimations les plus sérieuses — et la grève gagne bientôt tout le pays. La Sorbonne rouverte est aussitôt occupée par les étudiants ; elle devient l’un des grands foyers de la contestation, jusqu’à son évacuation par la police en juin.

La cour d’honneur, que domine la chapelle de la Sorbonne où repose Richelieu, a retrouvé depuis son calme universitaire.

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Événement
1968
du 10 au 11 mai 1968
p 188-190
Dans la nuit du 10 au 11 mai 1968, le Quartier latin se couvre de barricades. L’assaut des CRS, raconté en direct par les radios, retourne l’opinion : trois jours plus tard, la France entre en grève. Le 3 mai, la police …

Dans la nuit du 10 au 11 mai 1968, le Quartier latin se couvre de barricades. L’assaut des CRS, raconté en direct par les radios, retourne l’opinion : trois jours plus tard, la France entre en grève.

Le 3 mai, la police a fait évacuer la cour de la Sorbonne, où s’étaient réunis quelques centaines d’étudiants, dont une partie venue de Nanterre, et arrêté plusieurs dizaines d’entre eux. Des affrontements spontanés ont suivi. Depuis, les manifestations se succèdent pour obtenir la libération des étudiants détenus, la réouverture de la Sorbonne et le départ de la police.

Le vendredi 10 mai, les lycéens, jusque-là absents, rejoignent le mouvement. En fin d’après-midi, place Denfert-Rochereau, 20 000 lycéens et étudiants manifestent, 12 000 selon la police. Le cortège veut marcher sur l’ORTF, pour protester contre la manière dont la télévision rend compte des événements, mais les CRS bloquent la rive droite. Ce soir-là, justement, le gouvernement interdit la diffusion d’un reportage du magazine Panorama qui donnait pour la première fois la parole aux dirigeants étudiants.

Les manifestants remontent le boulevard Saint-Michel, le seul où aucun barrage n’est dressé. Vers 20 h 40, sur les radios, Jacques Sauvageot, de l’UNEF, et Alain Geismar, du SNESup, appellent à occuper le Quartier latin « coûte que coûte ». À 21 h 15, la première barricade s’élève rue Le Goff. D’autres suivent, rue Royer-Collard, rue Saint-Jacques, rue de l’Estrapade, à l’angle des rues Claude-Bernard et Gay-Lussac : plusieurs dizaines en tout, la plupart autour de la rue Gay-Lussac. On dépave, on arrache les grilles des arbres et les panneaux. Aux fenêtres, des habitants passent de l’eau aux manifestants pour laver leurs yeux brûlés par les gaz lacrymogènes.

Toute la soirée, RTL et Europe 1 racontent la nuit en direct, en captant les fréquences de la police, et l’on négocie à l’antenne. Le vice-recteur se dit prêt à recevoir les dirigeants étudiants ; ils exigent d’abord l’amnistie des étudiants arrêtés. Vers minuit, une délégation réunie par le sociologue Alain Touraine, avec Daniel Cohn-Bendit, est reçue par le recteur Roche à la Sorbonne. Rien n’en sort.

À partir de deux heures du matin, 6 255 policiers donnent l’assaut. Grenades lacrymogènes, charges : il leur faut des heures pour réduire les barricades ; la dernière, rue Thouin, tombe à 5 h 30. Rue Gay-Lussac, un commandant de CRS est grièvement blessé au front par un pavé lancé d’un toit. Des centaines de manifestants sont blessés.

Au matin, le Quartier latin est dévasté, jonché de voitures retournées. Les images de la répression passent à la télévision ; la presse, jusque-là sévère pour les étudiants, désapprouve les brutalités policières. « Halte à la répression », titre L’Humanité dans une édition spéciale. De retour d’Afghanistan, le Premier ministre, Georges Pompidou, ordonne la réouverture des universités et le départ de la police de la Sorbonne. Les syndicats appellent à la grève générale pour le lundi 13 mai : ce jour-là, une immense manifestation traverse Paris, et la grève, au lieu de s’arrêter le soir, gagne tout le pays. Le 22 mai, dix millions de salariés ne travaillent plus.

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Événement
1968
13 mai 1968
p 192
Le service d'ordre de la CGT empêche les étudiants de poursuivre la manifestation jusque-là commune vers le Champ de Mars ; l'affrontement est violent
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Événement
1968
13 mai 1968 — La Sorbonne
p 193
Réoccupation de la Sorbonne évacuée par la police le 6 mai
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Événement
1968
24 mai 1968 — Palais Brongniart/Bourse des valeurs
p 194
Assaut et incendie de la Bourse par les militants d'extrême gauche ; l'Hôtel de Ville était visé, mais la police en était informée et fit intervenir un bull de l'armée. Un jeune est tué par une grenade
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Événement
1968
27 mai 1968 — Stade Sébastien Charléty (historien, recteur de l'Académie de Paris)
p 195-197
Meeting de la gauche non communiste au stade Charléty, UNEF, PSU, CFDT
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Événement
1968
30 mai 1968 — Avenue des Champs-Élysées
p 198-199
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Événement
Événement
1808
1808 – 1925 — Hôtel de Rohan/Imprimerie royale/Imprimerie nationale
p 638
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