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Fondé en 1253 par Robert de Sorbon comme collège de théologie, l'établissement qui donne son nom à toute une rive de Paris est bien plus qu'une université : c'est un théâtre où se jouent, depuis sept siècles, les grandes batailles de l'esprit et du pouvoir. En 1470, trois typographes allemands — Ulrich Gering, Martin Crantz et Michel Friburger — y installent la première presse parisienne sous l'impulsion des théologiens Jean Heynlin et Guillaume Fichet : le premier livre imprimé à Paris, les Lettres de Gasparin de Bergame, sort de leurs presses. Soixante-dix ans plus tard, Ignace de Loyola s'y fait décerner son diplôme de maître ès arts (1533–1535), avant que la Faculté ne publie, en 1544, le premier index des livres prohibés — signe que l'institution sait aussi brider les idées qu'elle prétend cultiver.

Le bâtiment actuel doit ses grandes lignes à Jacques Lemercier, qui élève en 1635 le premier dôme entièrement en pierres de Paris — prouesse architecturale qui domine encore la cour d'honneur. Sous la Révolution, le grand amphithéâtre accueille brièvement la toute première École Normale (1794–1795), où enseignent Lagrange, Berthollet et Daubenton. En 1848, la même salle voit fleurir une grappe de clubs révolutionnaires, dont le turbulent Club du 2 Mars. Puis viennent Marie Curie inaugurant sa chaire en 1906, les frères Lumière projetant leurs films en 1895, et le congrès olympique de 1894 réunissant 2 000 délégués de douze nations.

Mais c'est en mai 1968 que la Sorbonne entre dans la légende contemporaine. Le 3 mai, un meeting de protestation contre les sanctions frappant Daniel Cohn-Bendit et ses camarades tourne à l'affrontement : la police évacue les lieux, déclenchant une vague de colère qui embrase Paris. Le 13 mai, étudiants et enseignants réoccupent les bâtiments ; un drapeau du FNL vietnamien flotte sur la coupole. La Commune étudiante durera plusieurs semaines.

Noms successifs du lieu

  • 1253 Collège de Sorbon, collège de théologie fondé par Robert de Sorbon
  • 1470 Première imprimerie parisienne installée dans ses murs
  • 1635 Reconstruction et dôme de pierre par Jacques Lemercier sous le patronage de Richelieu
  • 1794 Siège éphémère de la première École Normale (grand amphithéâtre)
  • 1896 Université de Paris — Sorbonne, après la réorganisation républicaine de l'enseignement supérieur
  • 1970 — aujourd'hui Sorbonne partagée entre plusieurs universités issues de la réforme Faure (Paris I, Paris III, Paris IV…)

Toponymie — rue de la Sorbonne

rue de la Sorbonne
Longe la Sorbonne.
Anciens noms : rue aux Hoirs de Sabonnes · rue des Portes · rue Sorbonne · rue Catinat
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Événements à cette adresse

26 événements · 1470 — 1971
La Sorbonne
Entre 1970 et 1971 plusieurs protestations et grèves de la faim, souvent organisés en collaboration avec le Secours Rouge, ont eu lieu en solidarité avec des détenus politiques. Le 3 février, une plusieurs enseignants de…

Entre 1970 et 1971 plusieurs protestations et grèves de la faim, souvent organisés en collaboration avec le Secours Rouge,  ont eu lieu en solidarité avec des détenus politiques. Le 3 février, une plusieurs enseignants de la Sorbonne entament une grève de la faim de solidarité dans les locaux de l'UER de philosophie de l'université de la Sorbonne. Onze personnes y participaient dont plusieurs enseignants de philosophie M. Teyssèdre, Mmes Clancy et Laudit et un assistant de psychologie de l’Université de Nanterre. Le 4 février dans l'après-midi, trois chercheurs de la faculté des sciences décidèrent d'aller poursuivre leur grève à la Halle-aux-Vins. Pars ailleurs, René Pleven fut interpellé à la Chambre par François Mitterrand. Un concert fut organisé le 6 février à la Halle aux vins, dans la faculté des sciences, par le Secours rouge. Le mouvement de solidarité avec les grévistes de la faim était beaucoup plus ample que lors de la première grève de la faim.

Lors d’une conférence de presse tenue le 8 février 1971 dans la chapelle Saint- Bernard, les avocats Henri Leclerc et Georges Kiejman annoncèrent la suspension de la grève de la faim, car les détenus avaient obtenu une amélioration de leur régime de détention. [Extrait de: Jean-Claude Vimont, Les emprisonnements des maoïstes et la détention politique en France (1970-1971),

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5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
La Sorbonne
Réoccupation de la Sorbonne évacuée par la police le 6 mai
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Personnage(s) : Daniel Cohn-Bendit ·Louis Aragon
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
La Sorbonne — Chapelle de la Sorbonne
Quelques centaines d’étudiants dans une cour, un recteur qui appelle la police : le 3 mai 1968, la Sorbonne met le feu au Quartier latin. Tout commence à Nanterre. Depuis le 22 mars, un petit groupe, le « Mouvement du 22…

Quelques centaines d’étudiants dans une cour, un recteur qui appelle la police : le 3 mai 1968, la Sorbonne met le feu au Quartier latin.

Tout commence à Nanterre. Depuis le 22 mars, un petit groupe, le « Mouvement du 22 Mars », dont Daniel Cohn-Bendit est l’une des figures, agite la faculté. Le 2 mai, après une journée « anti-impérialiste » qui a interrompu le cours de l’historien René Rémond, le doyen Pierre Grappin ferme l’établissement. Plusieurs étudiants, dont Cohn-Bendit, sont convoqués devant une commission de discipline pour le lundi suivant.

Le vendredi 3 mai, la contestation passe au Quartier latin. Dans la cour de la Sorbonne, entre cent cinquante et quatre cents manifestants, dont une partie venue de Nanterre, tiennent un meeting de protestation contre la répression. Au mégaphone, les orateurs se succèdent ; Cohn-Bendit est filmé par l’ORTF, mais ces images ne seront diffusées que le 14 mai, et amputées au montage. Une rumeur annonce que le mouvement d’extrême droite Occident va venir faire évacuer les lieux par la force ; des étudiants s’arment de bâtons et de pierres.

Le recteur de l’académie de Paris, Jean Roche, requiert alors la police pour « rétablir l’ordre en expulsant les perturbateurs ». La Sorbonne est évacuée de force, sans préavis ni négociation, et les étudiants embarqués dans les cars. Pour eux, qui se croyaient protégés par les franchises universitaires, c’est une violation du sanctuaire ; des doyens eux-mêmes la critiqueront dès le lendemain. Dans la soirée, des centaines d’étudiants et de passants affrontent les forces de l’ordre autour du Luxembourg, et les premières ébauches de barricades apparaissent. On compte 574 interpellations, parmi lesquelles le dirigeant de l’UNEF, Jacques Sauvageot, Cohn-Bendit, Alain Krivine, Henri Weber, Brice Lalonde ou Bernard Guetta, et 481 blessés, dont 202 policiers.

L’engrenage est lancé. Le 6 mai, jour où les étudiants de Nanterre comparaissent devant la commission de discipline, accompagnés de leurs professeurs Henri Lefebvre, Alain Touraine et Paul Ricœur, les pavés volent à nouveau. Le 10 mai, après un rassemblement de vingt mille lycéens et étudiants place Denfert-Rochereau, le Quartier latin se couvre de plusieurs dizaines de barricades ; à partir de deux heures du matin, plus de six mille policiers les prennent d’assaut, et la dernière, rue Thouin, tombe à cinq heures et demie. RTL et Europe 1 ont raconté la nuit en direct : au matin, l’opinion penche du côté des étudiants.

Affiche texte imprimée annonçant un meeting
« 2 juin à 20 h 30, meeting à la Sorbonne » : affiche du Comité d’occupation des pays colonisés, imprimée à l’École des beaux-arts pendant l’occupation de la Sorbonne (Bibliothèque nationale de France) — Anonyme — Bibliothèque nationale de France (CC0, Wikimedia Commons)

Le 11 mai, rentré d’Afghanistan, le Premier ministre, Georges Pompidou, cède : les universités rouvriront et la police quittera la Sorbonne. Le 13, une immense manifestation d’étudiants et de salariés traverse Paris aux cris de « Dix ans, ça suffit ! » — cinq cent mille personnes selon les estimations les plus sérieuses — et la grève gagne bientôt tout le pays. La Sorbonne rouverte est aussitôt occupée par les étudiants ; elle devient l’un des grands foyers de la contestation, jusqu’à son évacuation par la police en juin.

La cour d’honneur, que domine la chapelle de la Sorbonne où repose Richelieu, a retrouvé depuis son calme universitaire.

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5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
La Sorbonne (amphithéâtre Descartes) — Congrès des écrivains et artistes noirs
Dans l'amphithéâtre Descartes, une centaine d'intellectuels noirs se retrouvent pour la première fois à débattre de ce que la colonisation a fait à leurs cultures, et de ce qu'il faudra faire pour les libérer. C'est…

Dans l'amphithéâtre Descartes, une centaine d'intellectuels noirs se retrouvent pour la première fois à débattre de ce que la colonisation a fait à leurs cultures, et de ce qu'il faudra faire pour les libérer.

C'est Alioune Diop, Sénégalais établi à Paris, qui en est l'organisateur. Fondateur en 1947 de la revue Présence africaine, il a réuni autour de lui depuis presque dix ans les intellectuels noirs d'Afrique, des Antilles et des États-Unis que Paris accueille ou attire. L'idée du congrès est simple dans sa formulation, immense dans ses implications : réunir pour la première fois, en un même lieu, les représentants de la pensée noire mondiale, pour débattre de "la crise de la culture négro-africaine." L'affiche est signée Picasso. L'amphithéâtre Descartes de la Sorbonne est le lieu retenu.

Du 19 au 22 septembre 1956, une centaine de participants s'y retrouvent. Aimé Césaire vient de la Martinique, fort de son Discours sur le colonialisme publié cinq ans plus tôt. Richard Wright représente la diaspora afro-américaine. Léopold Sédar Senghor expose la négritude comme affirmation culturelle et esthétique. Édouard Glissant est là, jeune Martiniquais dont la pensée de la relation est encore en formation. Sont présents également René Depestre, Frantz Fanon, Abdoulaye Wade, Mario de Andrade, Marcelino Dos Santos.

La confrontation la plus significative oppose Fanon à Senghor. Fanon, qui soigne les soldats algériens à l'hôpital de Blida depuis deux ans, présente une intervention sur "Racisme et culture." Sa thèse est tranchante : il n'existe pas de culture nationale noire susceptible de se reconstruire en dehors de la lutte de libération nationale. La culture ne se régénère pas dans les salons littéraires, dans les revues parisiennes, dans les colloques académiques. Elle renaît dans la résistance armée, dans la rupture avec l'ordre colonial. Cette position diverge nettement de la négritude de Senghor, qui cherche à valoriser les cultures africaines dans leur spécificité propre, sans la médiation d'une rupture révolutionnaire.

Ce débat est l'un des moments fondateurs de la pensée décoloniale du XXe siècle. Il anticipe les fractures qui diviseront les mouvements d'indépendance africains dans les années 1960 : entre ceux qui négocient l'indépendance formelle en préservant les liens économiques avec les anciennes métropoles, et ceux qui posent la rupture radicale comme seule condition de la liberté réelle.

Nous sommes en septembre 1956. La guerre d'Algérie dure depuis deux ans. Budapest est à six semaines de la répression soviétique. Le monde se divise et se cherche. Dans l'amphithéâtre Descartes, une centaine d'hommes et de femmes débattent, pour la première fois ensemble, de ce que signifie être libre.

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5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
Laboratoire de la Sorbonne
Christina Boïco, qui travaille à la Sorbonne, profite de ses relations dans les milieux intellectuels pour recueillir des renseignements et repérer des objectifs d'attentats et fournir des planques
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Personnage(s) : Cristina Boïco
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
La Sorbonne (grand amphithéâtre)
Congrès international sur l’athlétisme qui prépare la résurgence des Jeux olympiques ; participation de 2 000 personnes, dont 79 représentants de 12 pays
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5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
La Sorbonne
Première femme à prendre la parole à la Sorbonne lors d'un discours visant à promouvoir les écoles maternelles et les salles d'asile
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Personnage(s) : Marie Pape-Carpantier
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
La Sorbonne — Section de la Sorbonne de l'Association Philotechnique
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Personnage(s) : Albert Theisz ·Eugène Varlin
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
La Sorbonne (grand amphithéâtre) — Club du 2 Mars
Le Club du 2 Mars naît dans l’effervescence qui suit la révolution de février 1848, quand les clubs politiques se multiplient à une vitesse folle à Paris. Il s’installe dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, ce qui…

Le Club du 2 Mars naît dans l’effervescence qui suit la révolution de février 1848, quand les clubs politiques se multiplient à une vitesse folle à Paris. Il s’installe dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, ce qui lui donne d’emblée une visibilité et une capacité d’accueil importantes : on y tient de vastes assemblées où se mêlent étudiants, ouvriers, petits bourgeois et militants républicains.

Autour d’Eugène Dauzon et de ses proches (Prévost, Lallier, Christian Pitois, etc.), le club se veut à la fois tribune d’agitation démocratique et lieu de politisation accélérée, dans la lignée des clubs de 1793. On y discute suffrage universel, organisation du travail, droit au secours, responsabilité des nouveaux gouvernants, et très tôt s’y exprime une sensibilité nettement sociale, voire socialiste, qui le placera du côté des clubs les plus radicaux.

Cette radicalité explique qu’on retrouve le Club du 2 Mars très actif au moment des journées de Juin 1848. Ses orateurs ont contribué, en amont, à entretenir la défiance à l’égard de la fermeture des Ateliers nationaux et à appeler à une pression populaire sur l’Assemblée. Lorsque l’insurrection éclate, une partie de ses membres bascule vers le camp des insurgés ou, à tout le moins, sert de relais entre les faubourgs et les milieux étudiants, ce qui vaudra au club d’être dans le collimateur des autorités lors de la répression et du tournant répressif de l’été 1848.

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5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
La Sorbonne — Club de l'Université républicaine
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Personnage(s) : S. Guénaud
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
La Sorbonne (grand amphithéâtre) — Club de la Jeune Montagne
Club révolutionnaire créé pendant la Révolution de 1848 ; il publie le journal "La Souveraineté du Peuple"
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Personnage(s) : Jean Augustin Juin
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
Collège de Sorbon (collège de théologie fondé en 1253) — La Sorbonne
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Personnage(s) : François 1er
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.
5–7 rue de la Sorbonne — 5e arr.

Aujourd'hui

Le bâtiment historique, entre la rue des Écoles et la rue Saint-Jacques, abrite aujourd'hui plusieurs universités héritières de la réforme de 1968 — principalement Paris-Sorbonne (Paris IV) et Sorbonne Nouvelle (Paris III). La cour d'honneur et la chapelle Sainte-Ursule, surmontée du dôme de Lemercier, sont accessibles au public lors des Journées du patrimoine.

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