Le Bal Bullier était situé 31, avenue de l'Observatoire à l'intersection avec le boulevard Saint Michel. Il a été créé par François Bullier au milieu du XIXe siècle, et a fermé ses portes définitivement en 1940.
Cinq mois après le 6 février, socialistes et communistes se retrouvent dans la même salle pour la première fois.
Le 2 juillet 1934, la Salle Bullier, avenue de l'Observatoire, affiche complet bien avant vingt heures trente. Ce grand bal montparnassien converti en salle de meetings accueille un rassemblement inédit : la région parisienne du Parti communiste et la Fédération de la Seine de la SFIO ont appelé leurs militants ensemble, le même soir, au même endroit. La salle Huyghens, toute proche, ouvre en parallèle pour le débordement.
Le contexte explique l'urgence. En février, les ligues d'extrême droite ont failli renverser le gouvernement place de la Concorde. Depuis, le cabinet Doumergue gouverne par décrets-lois, contournant le Parlement. En Allemagne, Hitler a liquidé les partis ouvriers ; en Autriche, Dollfuss a écrasé les socialistes de Vienne dans le sang. La question n'est plus théorique.
À Bullier ce soir, le service d'ordre est assuré conjointement par des jeunes communistes et des jeunes socialistes — mêmes chemises, même cravate rouge. Les banderoles sur les murs réclament « l'unité d'action ». Les orateurs dénoncent les décrets-lois, le fascisme, la guerre. Ils exigent la libération d'Ernst Thälmann, chef du KPD arrêté par les nazis depuis mars 1933, et de Paula Wallisch, veuve d'un dirigeant socialiste autrichien exécuté en février.
À la tribune, deux figures de la SFIO incarnent ce moment. Jean Zyromski, chef de la tendance Bataille socialiste, milite depuis des mois pour le rapprochement avec le PCF — c'est en grande partie grâce à lui que la SFIO accepte ce meeting commun. Marceau Pivert, de la Gauche révolutionnaire, est plus méfiant envers Moscou, mais partage l'urgence : il monte à la tribune et appelle cette soirée « le premier tressaillement de la révolution prolétarienne ». En face, pour le PCF, Marcel Cachin et Jacques Duclos. Quatre hommes, deux partis, une salle qui déborde.
Vingt-cinq jours plus tard, le 27 juillet, la PCF et la SFIO signent leur pacte d'unité d'action. Le Front populaire n'a pas encore de nom — il en aura un en 1935 — mais la soirée de Bullier en est le premier acte visible.
Thälmann, lui, ne sera jamais libéré. Le 18 août 1944, au moment même où Paris s'insurge, il est fusillé à Buchenwald sur ordre personnel de Hitler. Les travailleurs de Bullier avaient réclamé sa liberté dix ans plus tôt, dans la même semaine.