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Au bout du boulevard Saint-Michel, là où le 5e arrondissement frôle le 14e, le Bal Bullier fut pendant près d'un siècle la salle de danse la plus populaire de la rive gauche — et bien davantage encore. Tout commence en 1838 quand un certain Carnaud dresse une tente de style mauresque sur l'emplacement d'une ancienne chartreuse : le Bal de la Chartreuse est né. François Bullier et son associé Pierrouette reprennent l'affaire dès 1847, l'agrandissent, la rebaptisent Closerie des Lilas et en font un rendez-vous couru des étudiants et des grisettes du Quartier latin. L'écrivain bohème Alexandre Privat d'Anglemont en est l'un des habitués ; plus tard, Baudelaire, Verlaine et les poètes zutistes s'y croisent dans une première vie littéraire.

La grande salle accueille ensuite les débuts fougueux de Jane Avril en 1886 — à dix-huit ans, la future muse de Toulouse-Lautrec y danse avec les fantasques Brididi et Chinchinette — puis, en 1907, l'irruption du tango à Paris, au grand scandale des bien-pensants. Sonia Delaunay, qui fréquente alors le Bullier, y puise une part de son inspiration colorée. Pendant la Grande Guerre, la fête s'arrête net : la salle est reconvertie en atelier de confection d'uniformes militaires.

Dans les années 1930, le Bullier mue en arène politique. Le PCF y organise meetings antifascistes et rassemblements unitaires : Ernst Thälmann, Maurice Thorez, André Gide, Léon Blum et Marcel Cachin s'y succèdent à la tribune. C'est là aussi que Jacques Prévert et son Groupe Octobre créent L'Avènement de Hitler en 1933, Prévert jouant lui-même le rôle du dictateur. En 1935, la grande salle accueille la première réunion commune des organisations de gauche qui préfigure le Front populaire. Un lieu de danse devenu, presque sans transition, une forge de l'histoire politique française.

Noms successifs du lieu

  • Époque gallo-romaine Hôtellerie gallo-romaine sur la route d'Orléans
  • 1838 Bal de la Chartreuse (tente mauresque de Carnaud sur l'emplacement de l'ancienne chartreuse)
  • 1847 Bal de la Closerie des Lilas (repris par François Bullier et Pierrouette)
  • XIXe siècle — fin XIXe siècle Bal Bullier, haut lieu de danse et de vie bohème du Quartier latin
  • 1914 — 1918 Atelier de confection d'uniformes militaires
  • 1920 — 1935 Bal Bullier converti en grande salle de meetings politiques

Toponymie — avenue Georges Bernanos

avenue Georges Bernanos
Georges Bernanos (1888-1948), écrivain.
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Événements à cette adresse

19 événements · 1838 — 1935
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal Bullier — Meeting du PCF
Dans une salle de bal du Quartier latin, le secrétaire général du Parti communiste prononce deux mots qui vont donner son nom à la période. Le 6 février 1934, les ligues d'extrême droite ont manifesté devant la Chambre…

Dans une salle de bal du Quartier latin, le secrétaire général du Parti communiste prononce deux mots qui vont donner son nom à la période.

Le 6 février 1934, les ligues d'extrême droite ont manifesté devant la Chambre des députés et tenté de forcer le pont de la Concorde. Quinze morts. Le gouvernement Daladier a démissionné sous la pression de la rue. Pour la gauche française, la menace est claire : ce qui s'est produit en Italie en 1922 et en Allemagne en janvier 1933 peut se produire ici.

La réponse ouvrière est immédiate et vient de la base. Le 12 février 1934, communistes et socialistes défilent séparément puis, à la stupeur de leurs directions, se rejoignent place de la Nation aux cris d'"unité !" Les militants imposent aux appareils ce que ceux-ci refusaient depuis dix ans.

Car le PCF, jusqu'en 1934, appliquait la ligne "classe contre classe" dictée par le Komintern : les socialistes y étaient qualifiés de "social-fascistes," alliance impossible. Cette ligne a contribué en Allemagne à empêcher toute résistance commune à Hitler. Staline, comprenant enfin le danger que le Reich fait courir à l'URSS, ordonne le virage. Le pacte d'unité d'action PCF-SFIO est signé en juillet 1934.

Le 9 octobre 1934, Maurice Thorez prend la parole au Bal Bullier, grande salle de bal du 37 avenue Georges-Bernanos dans le 5e arrondissement, près de l'Observatoire. Il va plus loin que l'accord signé : il propose un "large front populaire du travail, de la liberté et de la paix." Le mot est lancé. Il propose d'élargir l'alliance au-delà de la classe ouvrière, vers les classes moyennes, ce qu'il précisera à Nantes le 24 octobre : c'est un appel au Parti radical.

Le Rassemblement populaire remportera les élections de mai 1936. Léon Blum formera le gouvernement, les grèves avec occupation d'usines arracheront les accords Matignon, les congés payés, la semaine de quarante heures.

Le virage a un prix, que la gauche antistalinienne relèvera dès l'époque : l'alliance avec le Parti radical, parti bourgeois et colonial, impose de renoncer à toute perspective de transformation sociale profonde. Marceau Pivert écrira en juin 1936 "Tout est possible" ; Thorez répondra "Il faut savoir terminer une grève."

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Personnage(s) : Maurice Thorez
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal Bullier
Cinq mois après le 6 février, socialistes et communistes se retrouvent dans la même salle pour la première fois. Le 2 juillet 1934, la Salle Bullier, avenue de l'Observatoire, affiche complet bien avant vingt heures…

Cinq mois après le 6 février, socialistes et communistes se retrouvent dans la même salle pour la première fois.

Le 2 juillet 1934, la Salle Bullier, avenue de l'Observatoire, affiche complet bien avant vingt heures trente. Ce grand bal montparnassien converti en salle de meetings accueille un rassemblement inédit : la région parisienne du Parti communiste et la Fédération de la Seine de la SFIO ont appelé leurs militants ensemble, le même soir, au même endroit. La salle Huyghens, toute proche, ouvre en parallèle pour le débordement.

Le contexte explique l'urgence. En février, les ligues d'extrême droite ont failli renverser le gouvernement place de la Concorde. Depuis, le cabinet Doumergue gouverne par décrets-lois, contournant le Parlement. En Allemagne, Hitler a liquidé les partis ouvriers ; en Autriche, Dollfuss a écrasé les socialistes de Vienne dans le sang. La question n'est plus théorique.

À Bullier ce soir, le service d'ordre est assuré conjointement par des jeunes communistes et des jeunes socialistes — mêmes chemises, même cravate rouge. Les banderoles sur les murs réclament « l'unité d'action ». Les orateurs dénoncent les décrets-lois, le fascisme, la guerre. Ils exigent la libération d'Ernst Thälmann, chef du KPD arrêté par les nazis depuis mars 1933, et de Paula Wallisch, veuve d'un dirigeant socialiste autrichien exécuté en février.

À la tribune, deux figures de la SFIO incarnent ce moment. Jean Zyromski, chef de la tendance Bataille socialiste, milite depuis des mois pour le rapprochement avec le PCF — c'est en grande partie grâce à lui que la SFIO accepte ce meeting commun. Marceau Pivert, de la Gauche révolutionnaire, est plus méfiant envers Moscou, mais partage l'urgence : il monte à la tribune et appelle cette soirée « le premier tressaillement de la révolution prolétarienne ». En face, pour le PCF, Marcel Cachin et Jacques Duclos. Quatre hommes, deux partis, une salle qui déborde.

Vingt-cinq jours plus tard, le 27 juillet, la PCF et la SFIO signent leur pacte d'unité d'action. Le Front populaire n'a pas encore de nom — il en aura un en 1935 — mais la soirée de Bullier en est le premier acte visible.

Thälmann, lui, ne sera jamais libéré. Le 18 août 1944, au moment même où Paris s'insurge, il est fusillé à Buchenwald sur ordre personnel de Hitler. Les travailleurs de Bullier avaient réclamé sa liberté dix ans plus tôt, dans la même semaine.

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37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal Bullier
Représentation par le Groupe Octobre de "Citroën", lors d'une réunion politique au bal Bullier
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Personnage(s) : Marcel Jean
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal Bullier
Représentation par le Groupe Octobre d'un spectacle sur la grève des usines Citröen
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37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal Bullier
Première représentation, au cours d'une réunion politique, par le Groupe Octobre, de "L'avènement de Hitler" de Jacques Prévert, qui joue le rôle d'Hitler
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Personnage(s) : Jacques Prévert
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal Bullier — Meeting du PCF
Meeting antifasciste organisé par le PCF en soutien au parti allemand
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Personnage(s) : Ernst Thälmann ·Maurice Thorez
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal Bullier — Meeting du PCF
Le 27 juillet 1932, au Bal Bullier, avenue Georges Bernanos, une réunion du PCF tourna à la bagarre. Les trotskistes qui critiquaient la politique du Komintern sur l'Allemagne furent mis dehors par le service d'ordre…

Le 27 juillet 1932, au Bal Bullier, avenue Georges Bernanos, une réunion du PCF tourna à la bagarre. Les trotskistes qui critiquaient la politique du Komintern sur l'Allemagne furent mis dehors par le service d'ordre. Hitler n'était pas encore chancelier. Il le deviendrait six mois plus tard.

En 1932, le Parti communiste français appliquait la ligne dite du « troisième période » imposée par l'Internationale communiste de Staline : les sociaux-démocrates étaient des « social-fascistes », ennemis au même titre que les vrais fascistes. Toute idée de front uni contre Hitler était rejetée. Qui critiquait cette ligne était un ennemi.

Trotsky, exilé depuis 1929, écrivait depuis Constantinople des textes d'une lucidité implacable sur le danger nazi et l'aveuglement du Komintern. Ses partisans français — la Ligue communiste — tentaient de porter ces analyses dans les milieux du PCF. Ce soir-là, au Bal Bullier, ils essayèrent de prendre la parole sur la politique allemande de l'Internationale. Le service d'ordre les expulsa par la force.

L'événement était banal dans le contexte des années 1930 : la violence entre factions de gauche faisait partie du paysage politique. Il n'en constitue pas moins un symptôme. En Allemagne, le KPD — frère du PCF — continua d'appliquer la ligne « social-fasciste » jusqu'au bout, refusant tout front commun avec la social-démocratie contre les nazis. Hitler devint chancelier le 30 janvier 1933. Le KPD fut interdit le 6 mars suivant.

Au Bal Bullier, ce soir de juillet 1932, des communistes avaient mis dehors d'autres communistes parce qu'ils avertissaient que Hitler était un danger. L'histoire leur donna raison six mois plus tard.

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37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Batterie de canons versaillaise
Les versaillais installent une batterie de canons qui va couvrir les quartiers de la Sorbonne et St Michel et provoquer leur chute
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37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal de La Closerie des Lilas (futur bal Bullier)
Emplacement : emplacement de l'ancienne Grande Chartreuse
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37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal de la Chartreuse (sous une tente de style mauresque, deviendra le bal Bullier)
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Personnage(s) : Mr Carnaud
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
Bal de La Closerie des Lilas (futur bal Bullier) — Cercle des Zutistes
Première période littéraire de la Closerie des Lilas ; rencontres du cercle des "poètes zutistes"
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37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.
37 avenue Georges Bernanos — 5e arr.

Aujourd'hui

Le bâtiment du Bal Bullier a disparu. L'avenue Georges Bernanos — ainsi rebaptisée en hommage à l'écrivain catholique — traverse aujourd'hui un secteur dominé par les facultés de Paris et la Cité universitaire. Il ne subsiste aucun vestige visible du bal ; la Closerie des Lilas, devenue célèbre brasserie-restaurant, s'est en revanche perpétuée à l'angle du boulevard du Montparnasse, à quelques centaines de mètres de là.

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