Miguel Almereyda est arrêté au siège du "Bonnet rouge" en lien avec l'affaire Caillaux

Siège du journal "Le Bonnet rouge"

Le Bonnet Rouge.

Le Bonnet rouge était suspendu depuis trois semaines quand la police se présenta au 21 rue de la Grange Batelière. Almereyda savait depuis des semaines que le filet se resserrait. Il n'avait nulle part où aller.

L'affaire avait commencé loin de Paris. Au printemps 1917, un homme du nom d'Émile-Joseph Duval avait été arrêté à la frontière suisse en possession d'une lettre de change de plus de 150 000 francs, tirée sur une banque de Mannheim. L'argent avait transité par des intermédiaires, dont un certain Maurice Fournié, pour alimenter en France des journaux favorables à la paix séparée avec l'Allemagne. Le Bonnet rouge était dans le circuit.

Fondé par Miguel Almereyda après sa rupture avec Gustave Hervé, le journal était installé rue Drouot et rue de la Grange Batelière, dans le 9e arrondissement. Il avait maintenu pendant les premières années de la guerre une ligne antimilitariste de plus en plus inconfortable à mesure que l'Union sacrée étouffait la presse d'opposition. Almereyda, proche du radical Joseph Caillaux, ancien président du Conseil qui passait lui-même pour suspect de connivence avec l'ennemi, avait progressivement perdu le soutien de ses anciens camarades anarchistes et socialistes.

Le 13 juillet 1917, le Bonnet rouge fut suspendu par le gouvernement. Le 7 août, Almereyda fut arrêté rue de la Grange Batelière. Dans la même affaire étaient concernés Duval et Fournié, ainsi que, en arrière-plan, les réseaux qui entouraient Caillaux. L'accusation : détention de documents confidentiels touchant à la défense nationale, et complicité avec l'ennemi.

En temps de guerre, un tel chef d'accusation ne laissait guère d'issue.

Almereyda fut transféré à la prison de la Santé, puis à l'infirmerie de Fresnes. Il mourut dans la nuit du 13 au 14 août 1917, dans la cellule 14. Il avait trente-quatre ans. Les circonstances de sa mort ne furent jamais élucidées.