Plaque commémorative au carrefour des Quatre-Bornes à Versailles, sur laquelle Fournier l'Américain est nommément accusé.
Le 27 juillet 1825, Claude Fournier dit « l'Américain » mourut dans son lit, rue Fabert, à soixante-dix-neuf ans. Il avait pris la Bastille, marché sur Versailles, comploté contre les Tuileries. La Restauration l'avait laissé vieillir en paix.
Claude Fournier était né à Aurillac en 1745. Il avait fait fortune à Saint-Domingue avant de tout perdre lors des troubles des années 1780, ce qui lui valut son surnom d'« Américain ». Rentré en France ruiné et amer, il fut l'un des acteurs de presque toutes les grandes journées révolutionnaires : le 14 juillet 1789 à la Bastille, les 5 et 6 octobre 1789 à Versailles aux côtés des femmes du peuple, le 17 juillet 1791 au Champ de Mars, le 20 juin 1792 aux Tuileries.
Le 26 juillet 1792 — un jour avant l'anniversaire de sa mort —, il avait pris part à la réunion du Cabaret au Soleil d'Or, rue Saint-Antoine, où fut constitué un directoire d'insurrection pour prendre les Tuileries. Le coup avait échoué. Le 10 août 1792, il réussit.
Fournier fut ensuite soupçonné d'avoir participé à l'organisation des massacres de Septembre 1792. Il survécut à Thermidor, au Directoire, à l'Empire, à la Restauration. Personnage incontrôlable, aimé des faubourgs et redouté de tous les gouvernements, il traversa trente-six ans de régimes successifs sans jamais être ni condamné ni totalement blanchi.
Le 27 juillet 1825, il mourut au 46 de la rue Fabert, dans le 7e arrondissement, à l'ombre des Invalides où étaient enterrés les généraux de la République. La révolution avait guillotiné des hommes beaucoup moins compromis.