André Masséna meurt le 4 avril 1817 au 284 boulevard Saint-Germain, à cinquante-huit ans. Il est l'un des maréchaux d'Empire les plus brillants — et le seul à avoir subi ce que Philippe appelait la première grande déroute napoléonienne.
Né à Nice en 1758, fils d'un modeste négociant, Masséna s'était engagé à dix-sept ans et avait gravi tous les échelons par la seule valeur militaire. Ses victoires étaient légendaires : Rivoli en 1797, Zurich en 1799, Gênes tenue affamée en 1800 jusqu'à l'extrême limite. Napoléon l'appelait l'enfant chéri de la victoire.
Mais en 1810, Napoléon l'envoie au Portugal chasser Wellington. Masséna se heurte aux lignes de Torres Vedras — un système de fortifications gigantesque que Wellington avait fait construire en secret sur cinquante kilomètres au nord de Lisbonne : cinq cents redoutes, vingt mille canons, des vallées inondées, des collines rasées. Masséna ne peut pas percer, ne peut pas contourner. Il attend six mois devant ces lignes, ses troupes affamées, la terre brûlée par les Anglais et les Portugais eux-mêmes. Il doit finalement se replier en mars 1811. C'est la première fois qu'une armée napoléonienne est ainsi tenue en échec et contrainte à retraiter sans avoir été battue en rase campagne.
Napoléon ne lui pardonne pas. Masséna est relevé de son commandement. Il ne servira plus jamais activement. Il rentre à Paris, s'y éteint sous la Restauration, usé et mis à l'écart.
Wellington, interrogé plus tard sur les meilleurs généraux qu'il eût affrontés, cita Masséna en premier.