Décès du chirurgien et anatomiste Paul Broca

Hôtel de Falcony/Demeure de Paul Broca

Portrait de Paul Broca par Pierre Petit.

C'est ici, au 1, rue des Saints-Pères, que Paul Broca a vécu ses dernières années. Son appartement n'était pas seulement un domicile, c'était un cabinet d'anatomiste, avec sa collection de crânes rangés. Il meurt le 9 juillet 1880, à cinquante-six ans, foudroyé par la rupture d'un anévrisme — chez lui, selon toute vraisemblance, au milieu de ses crânes.

Une mort brutale, ironique presque, pour l'homme qui avait passé sa vie à chercher dans la matière du cerveau l'endroit exact où logent nos facultés. Son nom désigne aujourd'hui un territoire : l'aire de Broca, cette zone du lobe frontal gauche où se fabrique la parole articulée.

L'histoire commence en 1861, à l'hospice de Bicêtre. Un pensionnaire, Louis Victor Leborgne, ne prononce plus qu'une syllabe — « Tan » — répétée à l'infini. Il comprend tout, répond par gestes, mais les mots ne sortent plus. Il meurt le 17 avril. Broca ouvre le crâne, découvre une lésion nette dans la troisième circonvolution frontale gauche, et ose la conclusion : la parole a une adresse dans la chair. La parole, que l'on croyait être l'une des choses les plus immatérielles en nous, devient une topographie, avec ses circonvolutions et ses ruines.

En 1859, Broca fonde la Société d'anthropologie de Paris. L'anthropologie physique qu'il y déploie devient une obsession de la mesure : peser les cerveaux, calculer les indices crâniens, classer les peuples. Une part de ces travaux nourrit les théories racialistes de l'époque. Les crânes du 1 rue des Saints-Pères servaient à cela aussi.

Le quartier lui offrait un décor à sa mesure : académies, bibliothèques, ateliers. Il meurt au moment où la Troisième République installe ses savants dans son panthéon civil — sénateur inamovible depuis peu, membre de l'Académie de médecine, bientôt inscrit parmi les soixante-douze noms de la tour Eiffel.

Ce qui résiste au temps n'est ni le titre ni le fauteuil. C'est cette syllabe misérable, « Tan », devenue l'une des plus célèbres de l'histoire de la médecine. Broca collectionnait les crânes des autres ; c'est le sien, foudroyé rue des Saints-Pères, qui a fini par se taire le premier.

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