La maison de Hégésippe Moreau / 9 rue St Placide / Paris 14 mars 1889, par Maurice Emmanuel Lansyer, Carnavalet
Naissance puis demeure de l'écrivain et poète Hégésippe Moreau, archétype du romantisme maudit
Hégésippe Moreau naît le 8 avril 1810 au 9 rue Saint-Placide et y vivra aussi dans ses dernières années, avant de mourir à vingt-huit ans à l'hôpital de la Charité. Il est l'archétype du poète romantique maudit — pauvre, doué, consumé.
Fils illégitime abandonné très jeune, il grandit à Provins, apprenti typographe, puis remonte à Paris tenter sa chance avec des poèmes dans ses poches. Le Paris de la monarchie de Juillet n'est pas tendre avec les jeunes gens sans argent et sans relations. Moreau enchaîne les petits emplois, les périodes de faim, les logements de fortune. Il écrit néanmoins — des vers légers et mélancoliques, des fables, des contes en prose. Son style a une grâce délicate que ses contemporains admiraient.
Il publie en 1838 un recueil, Le Myosotis, du nom de cette petite fleur bleue qui signifie "ne m'oubliez pas". Il meurt quelques mois plus tard, le 20 décembre 1838, épuisé, tuberculeux, soigné à la Charité comme tant d'autres indigents de son époque. Il avait vingt-huit ans.
Le Myosotis connut un succès posthume considérable — plusieurs dizaines d'éditions tout au long du XIXe siècle. Les lecteurs y trouvaient le charme mélancolique d'une vie brève et pure, consumée par l'art et la misère. Verlaine, Rimbaud, Baudelaire lui devront quelque chose sans l'avouer.
Aujourd'hui son nom ne dit plus rien à presque personne. La rue Saint-Placide non plus.