Le 11 mai 1944, Pierre Dac avait répondu sur Radio-Londres que la tombe de Henriot porterait un jour la mention "Mort pour Hitler, fusillé par les Français." Quarante-huit jours plus tard, c'était fait.
Le 28 juin 1944, à cinq heures trente du matin, un commando de résistants déguisés en miliciens s'introduit au ministère de l'Information, 10 rue de Solférino. Ils abattent Philippe Henriot dans son appartement de fonction. La mission a été ordonnée par le COMAC — le comité militaire de la Résistance intérieure — qui jugeait ses éditoriaux radiophoniques trop efficaces pour les laisser continuer.
Depuis janvier 1944, Henriot est la voix de Vichy. Deux fois par jour sur Radio-Paris et Radio-Vichy, il diffuse une propagande anticommuniste, antisémite, antibritannique, avec un talent d'orateur que Goebbels lui-même admirait. C'est lui qui a présenté les résistants comme des terroristes à la solde de Moscou, les Alliés comme des barbares venus détruire la France. Pierre Dac, depuis Londres, l'avait pris à son propre jeu — parodiant son style, retournant ses arguments, jusqu'à cette attaque du 10 mai où Henriot avait évoqué les origines juives de Dac. La réponse avait fusé le lendemain : « Bagatelle sur un tombeau. »
Le 2 juillet, Vichy organise des funérailles nationales. Le cercueil est exposé à Notre-Dame. Laval est présent, les représentants de l'occupant allemand, les chefs de la Milice en uniforme. Le cardinal Suhard, archevêque de Paris, officie. C'est la deuxième fois en trois mois qu'il se compromet publiquement avec le régime : en avril, il avait accueilli Pétain en visite officielle à Paris avec les honneurs du clergé.
La Milice n'a pas attendu les funérailles pour se venger. Le 29 juin — au lendemain de l'assassinat — elle a fusillé sept Juifs au cimetière de Rillieux-la-Pape. Le 7 juillet, elle assassine Georges Mandel, ancien ministre, dans la forêt de Fontainebleau.
Cinquante-cinq jours après avoir officié aux obsèques de Henriot, le cardinal Suhard est prié de ne pas paraître au Te Deum de la Libération, dans la même cathédrale Notre-Dame. De Gaulle l'a exigé. Le 26 août 1944, Suhard reste dans son palais archiépiscopal pendant que Paris chante le Magnificat sans lui.