Parution du premier numéro du quotidien des Socialistes minoritaires

Siège du journal "Le Populaire de Paris"

Le Populaire, 11 avril 1916, BnF

Le 11 avril 1918, au 9 rue Victor Massé dans le 9e arrondissement, paraît le premier numéro du Populaire de Paris. Le journal est l'organe des socialistes minoritaires — ceux qui, au sein de la SFIO, refusent l'Union sacrée et s'opposent à la poursuite de la guerre. Parmi ses fondateurs : Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx, et Paul Faure. Léon Blum, qui n'en est pas encore le directeur, gravitera bientôt autour du journal.

La fracture est profonde. Depuis août 1914, la SFIO a rallié l'Union sacrée — participation au gouvernement, vote des crédits de guerre, suspension de la lutte des classes. C'était la position de la majorité, conduite par Albert Thomas. La minorité, elle, s'inspirait des résolutions de Zimmerwald et Kienthal — ces conférences de socialistes européens qui, en 1915 et 1916, avaient tenté de maintenir l'internationalisme contre les nationalismes en guerre. Jean Longuet en était l'une des figures centrales en France.

Le Populaire leur donnait une tribune. Il restera un journal confidentiel jusqu'en 1921, quand le congrès de Tours scinde la SFIO entre communistes et socialistes. La minorité zimmerwald-iste rejoint alors... la majorité du nouveau Parti socialiste, tandis que Blum s'impose comme son chef. En 1936, Le Populaire devient le quotidien du Front populaire au pouvoir — tirant à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires, publié jusqu'en 1970.

Jean Longuet, lui, est aussi le père de Jean-Charles Longuet — futur défenseur de la Commune et grand-père de Robert-Jean Longuet. Une famille qui traverse toute l'histoire du mouvement ouvrier français.