Pauline Léon présente à la Législative une pétition de 320 citoyennes proposant la formation d'une Garde nationale féminine.
Ce matin-là, à la salle du Manège où siège l'Assemblée législative, une jeune chocolatière du faubourg Saint-Antoine s'avance à la tribune avec un document peu ordinaire : une pétition signée de 320 citoyennes demandant le droit de former une Garde nationale féminine.
Pauline Léon a vingt-six ans. Elle n'est pas venue seule — ces trois cent vingt signatures représentent un réseau réel de Parisiennes politisées, réunies autour d'une conviction simple et alors révolutionnaire : si la patrie est en danger, les femmes aussi doivent pouvoir la défendre. La pétition réclame l'autorisation de s'armer, de s'exercer au maniement des piques et des fusils, et de s'organiser en compagnies sous commandement féminin.
L'argument est habile : Léon ne parle pas de droits civiques abstraits, mais d'utilité concrète. La France est en guerre depuis moins d'un an ; les frontières sont menacées ; les volontaires manquent. Pourquoi refuser des bras supplémentaires ? La pétition insiste sur le patriotisme des signataires, non sur leur émancipation — stratégie rhétorique qui ne trompa sans doute personne, mais qui rendit le refus plus difficile à formuler.
L'Assemblée applaudit poliment et passa à autre chose. La Garde nationale féminine ne vit jamais le jour sous cette forme. Mais l'acte de Léon reste fondateur : c'est l'une des premières démarches collectives et organisées de femmes revendiquant un rôle militaire et civique dans l'histoire française.
Pauline Léon poursuivra son engagement jusqu'à la Terreur, aux côtés de la Société des républicaines révolutionnaires qu'elle cofonde en 1793.