Jean Cavaillès
Né en 1903, normalien, agrégé de philosophie, Jean Cavaillès, chaire de méthodologie et logique des sciences à la Sorbonne, co-fonde le mouvement Libération en zone sud dès 1940. Il crée ensuite le réseau Cohors, issu de Libération-Nord, spécialisé dans le renseignement militaire et le sabotage. Revenu de Londres, il coordonne depuis Paris des opérations contre la Kriegsmarine en Bretagne, structure des groupes d'« action immédiate » avec son adjoint Jean Gosset, crypte et transmet des messages à destination de Londres. Il vit sous fausse identité, change régulièrement d'adresse : rue Jean-Dolent d'abord, puis avenue de l'Observatoire.
Le 28 juin 1943, le réseau Cohors fonctionne depuis la planque du 36 bis avenue de l'Observatoire. Cavaillès vient d'échapper à une arrestation. Le quartier est bien choisi : la proximité de la Santé et de plusieurs établissements universitaires rend le va-et-vient ordinaire, le voisinage discret. L'appartement sert à la fois de base logistique, de point de passage pour les agents de liaison et de centre de cryptage. Dehors, rien ne distingue cet immeuble des autres.
Mais l'été 1943 est fatal. Les services de contre-espionnage allemands infiltrent Cohors par un « Funkspiel » — technique de retournement d'agents radio utilisée sur tout le front Ouest. Le 28 août 1943, Cavaillès est arrêté en pleine rue, entre Port-Royal et le Luxembourg, sous sa véritable identité, au terme d'une filature. Emprisonné, interrogé, torturé, il ne parle pas. Jugé par un tribunal militaire allemand, il est fusillé dans les fossés de la citadelle d'Arras le 5 avril 1944, avec onze autres résistants. Son corps est jeté dans une fosse commune sous le numéro « Inconnu n°5 ». Son identité sera établie après la guerre.
Dans ses derniers mois de captivité, il a rédigé un manuscrit de philosophie. Il s'intitule Sur la logique et la théorie de la science. Il sera publié à titre posthume.