Une manufacture de faïence à Paris. De François Genest à Louis François Ollivier (1734 - 1808)
Avant Ollivier, les rues de Paris n'avaient pas de numéros — ou plutôt, elles en avaient trop, dans le désordre, peints à la chaux et effacés par la pluie.
Comment trouver une adresse dans le Paris de 1800 ? Avec difficulté. La Révolution avait bien tenté une numérotation par sections, mais le résultat était un chaos remarquable : le même numéro pouvait apparaître plusieurs fois dans une même rue, les changements de section créaient des ruptures dans les séries, et les chiffres peints à la hâte sur les murs s'effaçaient en quelques mois.
C'est un faïencier qui apporte la solution. Louis-François Ollivier, installé rue de la Roquette dans le faubourg Saint-Antoine, est un artisan inventif. Il a repris à vingt-cinq ans la manufacture de faïence familiale, où l'on fabrique des vases de pharmacie et de la vaisselle ornée. Mais Ollivier voit plus loin que les assiettes. Le 27 juillet 1791, il dépose le brevet n° 1 de la République — littéralement le premier brevet délivré sous le nouveau régime — pour un procédé de fabrication de matériaux imitant le bronze, le marbre ou la porcelaine. En 1800, il complète ce brevet par un procédé spécifiquement destiné aux plaques de rues : des lettres et des chiffres en faïence émaillée ou en terre vernissée, résistants aux intempéries, lisibles de loin, et quasi indestructibles.
Le 23 avril 1802, Ollivier présente son système de plaques en faïence et terre vernissée pour l'inscription des noms de rues et le numérotage des maisons. Le principe est simple : au lieu de peindre un numéro sur un mur — où la pluie, le gel et la fumée l'effacent en une saison —, on fixe une plaque cuite au four, émaillée, que rien n'altère.
Le décret de 1805
Trois ans plus tard, le décret du 4 février 1805 rend obligatoire la numérotation de toutes les maisons de Paris. Le système est celui que nous connaissons encore : pairs à droite, impairs à gauche ; numérotation commençant par l'extrémité la plus proche de la Seine pour les rues perpendiculaires au fleuve. Les numéros sont d'abord peints — noir sur fond ocre pour les rues perpendiculaires, rouge sur ocre pour les parallèles. Mais l'article 11 du décret autorise les propriétaires à utiliser des matériaux plus durables. C'est là qu'Ollivier entre en jeu : ses plaques de faïence deviennent l'alternative de choix pour les propriétaires soucieux de ne pas repeindre chaque année.
Ollivier meurt en 1808, sans avoir vu son invention se généraliser. Il faudra attendre l'arrêté préfectoral de 1847 pour que Paris adopte définitivement les plaques de porcelaine émaillée — chiffres blancs sur fond bleu — qui sont devenues l'un des signes les plus reconnaissables de la ville.
Aux numéros 5 et 7 de la rue de l'École-de-Médecine, deux petits carreaux de faïence encastrés dans la pierre portent encore leurs chiffres — brun sur fond crème, sans émail bleu, sans cadre. Personne ne les remarque. Ce sont peut-être les dernières plaques d'Ollivier.

École de Médecine 5 rue de l', détail de la plaque de Louis-François Ollivier, Wikimedia