Portrait de Julie-Victoire Daubié.
Bibliothèque Marguerite Durand, Paris
Le jury masculin a rendu son verdict. Une femme est reçue. Le ministre estime que cela ridiculise son ministère.
Le 17 août 1861, le jury du baccalauréat ès lettres de Lyon déclare Julie-Victoire Daubié reçue. Elle est la première femme à obtenir ce diplôme en France. Elle a trente-sept ans. Il lui aura fallu dix ans de demandes, de refus et de patience pour que l'administration consentît à lui permettre de se présenter aux épreuves.
Julie-Victoire Daubié est née le 26 juillet 1824 à Bains-les-Bains, dans les Vosges. Elle n'a pas suivi le cursus normal : les lycées sont réservés aux garçons. Elle s'est instruite seule, avec l'aide de son frère abbé, lisant, apprenant les langues, la philosophie, l'histoire. Pendant dix ans, elle a posé et reposé sa candidature au baccalauréat, obtenant chaque fois un refus de l'académie ou du ministère, qui n'envisageait pas qu'une femme pût prétendre à ce titre.
En 1861, le recteur de l'académie de Lyon accepte enfin sa candidature. Elle passe les épreuves et les réussit, mention « passable ». Le jury, entièrement composé d'hommes, doit le reconnaître.
Il reste une dernière humiliation : le ministre de l'Instruction publique, Gustave Rouland, refuse de signer son diplôme. Il estime que cela « ridiculiserait son ministère ». Il faut l'intervention du couple impérial, Napoléon III et l'impératrice Eugénie, pour que le ministre s'exécute. Le diplôme est signé en décembre 1861. Daubié ne le retirera à Lyon qu'en mars 1862.
Elle publie en 1866 un essai social intitulé La Femme pauvre au XIXe siècle, qui décrit avec précision les conditions économiques des femmes des classes populaires : salaires inférieurs, impossibilité d'accéder aux professions réglementées, exclusion de l'instruction publique. C'est un document de premier ordre sur la condition féminine sous le Second Empire.
En 1871, elle obtient la licence ès lettres : là encore une première pour une femme en France. Elle meurt le 26 juin 1874 à Paris, à cinquante ans, avant d'avoir vu la moindre de ses revendications institutionnellement reconnues.