La Barrière du Roule par le dessinateur Auguste-Sébastien Bénard, 1831.
Musée Carnavalet.
Le 24 juillet 1840, les ouvriers cordonniers et bottiers de Paris se rassemblèrent à la barrière du Roule, place des Ternes. Deux jours plus tôt, les tailleurs avaient fait de même au même endroit.
La barrière du Roule, à la limite de la ville, était le lieu de réunion habituel des ouvriers qui voulaient s'organiser hors d'atteinte de la police parisienne. En cet été 1840, plusieurs corps de métiers y convergèrent successivement pour protester contre deux pratiques que les travailleurs regardaient comme leurs ennemis principaux : le marchandage et la durée excessive du travail.
Le marchandage consistait à sous-traiter le travail par l'intermédiaire d'un entrepreneur qui prenait sa part avant de payer l'ouvrier — un système qui permettait de réduire les salaires réels sans en avoir l'air. Les cordonniers et bottiers — qui travaillaient souvent à domicile ou dans de petits ateliers de quartier — y étaient particulièrement exposés.
Cette grande agitation de l'été 1840 fut l'une des premières actions ouvrières coordonnées de l'histoire sociale française : plusieurs métiers, plusieurs jours de rassemblement, un mot d'ordre commun contre le marchandage. Elle annonçait les journées de juin 1848 et, plus loin, les grandes grèves de la IIIe République.
Le gouvernement Thiers finit par disperser les rassemblements et arrêter plusieurs meneurs. La barrière du Roule retrouva son calme. La question du marchandage resta entière encore des décennies.