Le 14 rue des Rosiers, carrefour clandestin de l'Internationale

Demeure d'Hippolyte Giot

Rue des Rosiers depuis la rue des Ecouffes, 4ème arrondissement, Paris.

Photographe Jean Eugène Auguste Atget.

Musée Carnavalet 

En 1870, rue des Rosiers dans le 4e, ce n'est pas encore la rue commerçante et touristique qu'elle deviendra. C'est le vieux Marais ouvrier : des ateliers, des cours encombrées, des corps de métier qui vivent là où ils travaillent. Hippolyte Giot y habite. Ouvrier peintre, représentant de la chambre syndicale des peintres de Paris, membre du Cercle des études sociales — une de ces associations ouvrières où l'on discute, le soir, d'émancipation et d'organisation autant que de conditions de travail. Et chez lui, depuis quelques mois, l'Association internationale des travailleurs tient ses réunions clandestines.

Depuis 1868, l'Empire poursuit l'Internationale devant les tribunaux. Deux procès en deux ans n'ont pas dissous l'organisation — ils l'ont simplement poussée sous la surface. Des adresses circulent entre militants. Le 18 mars 1870, Giot est à la réunion qui fixe les statuts de la Fédération parisienne de l'AIT. Il représente son syndicat aux côtés de Chouteau et Delvincourt. Les ouvriers peintres du Marais sont dans l'Internationale.

Le 8 juillet 1870, la 6e chambre du tribunal correctionnel rend son verdict. Sur le premier chef d'accusation — association secrète — Giot est acquitté. Le parquet n'a pas pu démontrer que l'AIT répondait aux critères légaux d'une société secrète : l'Internationale avait un programme public, des congrès, des publications. Ce qu'elle n'avait pas, c'était l'autorisation de l'État. Sur ce second chef, Giot est condamné : deux mois de prison, vingt-cinq francs d'amende — même sentence que Lucien Carle, même jour, autre quartier.

Onze jours plus tard, la France déclare la guerre à la Prusse. L'Empire qui venait de condamner ses peintres syndicalistes avait d'autres urgences.

Au 14 rue des Rosiers, l'Empire avait cherché une société secrète. Il n'avait trouvé qu'un peintre qui réunissait ses collègues — illégalement, certes, mais au grand jour.

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