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27 octobre 1883
Événement

Vallès et Séverine relancent Le Cri du Peuple, journal de la Commune, douze ans après la Semaine sanglante

Siège du journal "Le Cri du Peuple"
Vallès et Séverine relancent Le Cri du Peuple, journal de la Commune, douze ans après la Semaine sanglante
"Une" du //Cri du peuple// du 26 janvier 1889.

Le journal avait été interdit en mai 1871 et son fondateur condamné à mort par contumace ; il reparaît en 1883, avec à ses côtés la première grande reporter française.

Jules Vallès a fondé Le Cri du Peuple en février 1871. Le journal fut l'un des organes de la Commune, tirant à plus de cent mille exemplaires, interdit par Versailles à la Semaine sanglante. Vallès, élu de la Commune, échappa aux fusillades, s'exila à Londres, fut condamné à mort par contumace. Il rentra en France avec l'amnistie de 1880.

Il a alors cinquante ans et il est devenu un grand écrivain. La trilogie de Jacques Vingtras, "L'Enfant" en 1879, "Le Bachelier" en 1881, "L'Insurgé" publié après sa mort, raconte une vie de révolte depuis l'enfance battue jusqu'aux barricades.

Le 27 octobre 1883, Le Cri du Peuple reparaît, au 61 rue de Rennes dans le 6e arrondissement. Vallès en est le directeur. Le journal est financé par le docteur Adrien Guébhard, riche héritier gagné au socialisme. Jules Guesde y écrit, avant de rompre.

Le fait le plus remarquable est l'arrivée de Séverine. Caroline Rémy, dite Séverine, a vingt-huit ans. Bourgeoise malheureuse en ménage, elle a rencontré Vallès à Bruxelles et est devenue sa secrétaire, sa disciple, sa collaboratrice. Elle apprend le métier auprès de lui.

Quand Vallès meurt en février 1885, elle prend la direction du journal. Elle est la première femme à diriger un grand quotidien français, et la première grande reporter : elle descend dans les mines de Saint-Étienne après la catastrophe de 1890, déguisée en mineur, pour écrire ce qu'elle a vu au fond. Elle sera dreyfusarde de la première heure, féministe, antimilitariste, et adhérera au Parti communiste en 1921 avant de le quitter.

Le journal ne survivra pas longtemps aux querelles entre guesdistes, anarchistes et broussistes. Il disparaît en 1889.