Le 6 avril 1880, des déportés communards débarquent à la gare Montparnasse. Ils reviennent de Nouvelle-Calédonie — ce que les Kanak appellent Kanaky — où ils avaient été envoyés après la Semaine sanglante. Parmi eux, Charles Amouroux, typographe, membre de la Commune. Il avait été déporté en 1872. Il rentre neuf ans après.
La répression de la Commune avait été d'une ampleur sans précédent dans l'histoire française. Entre quinze mille et vingt mille fusillés pendant et après la Semaine sanglante de mai 1871. Quarante mille arrestations. Dix mille condamnations, dont quatre mille déportations en Nouvelle-Calédonie — simples déportés sur la presqu'île Ducos, condamnés aux travaux forcés sur l'île Nou, relégués dans les tribus kanakes pour les plus rebelles comme Louise Michel, qui y avait appris la langue et pris fait et cause pour la révolte kanak de 1878.
L'amnistie était venue en deux temps. En 1879, une amnistie partielle permettait le retour de certains condamnés — pas tous. Ce 6 avril 1880, les premiers rentrent. L'amnistie totale sera votée le 11 juillet 1880, quelques semaines avant la première fête nationale du 14 juillet — comme si la République voulait réconcilier symboliquement deux Frances que neuf ans de rancœur avaient séparées.
Amouroux rentrait dans un Paris transformé. Haussmann était passé. La Commune était un souvenir qui ne se disait pas à voix haute. Beaucoup de ses anciens camarades ne rentreront jamais — morts au bagne, morts en exil, morts de rien.