Portrait de Pasquale Paoli (1725-1807), en pied. Pascal Paoli, Général des Corses, sous l'habillement militaire de sa nation, BnF
Vingt et un ans d'exil à Londres, et voici le « général de la nation corse » debout sous le ciel de Paris, tandis que la Garde nationale défile en son honneur.
Le 25 avril 1790, une revue militaire est organisée au Champ de Mars en l'honneur de Pascal Paoli. Lafayette, commandant général de la Garde nationale parisienne, préside la cérémonie. Pour le vieux combattant corse, c'est l'un des derniers actes d'un séjour parisien triomphal.
Paoli est arrivé à Paris le 3 avril, après vingt et un ans d'exil en Angleterre. Vingt et un ans depuis que les troupes de Louis XV ont écrasé l'indépendance corse à Ponte-Novo, en mai 1769. L'homme qui avait fondé une République, donné une constitution à son île — l'une des premières constitutions démocratiques modernes, que Rousseau avait saluée — avait dû fuir en Angleterre, où il vécut sous la protection de George III. La Révolution française change tout. L'Assemblée nationale, par un décret du 30 novembre 1789, a déclaré la Corse « partie intégrante de l'Empire français » et invité ses habitants à jouir de la Constitution. Pour Paoli, c'est le signal du retour.
Paris le reçoit en héros. Le 8 avril, Lafayette le présente à Louis XVI. Le 22, il est accueilli à l'Assemblée nationale où il prononce un discours que les députés applaudissent debout : « Messieurs, ce jour est le plus beau et le plus heureux de ma vie. Je l'ai passée à chercher la liberté, et j'en vois ici le plus noble spectacle. J'ai quitté ma patrie asservie, je la retrouve libre. Je n'ai plus rien à désirer. » Robespierre l'embrasse au club des Jacobins. Danton le salue. L'enthousiasme est unanime — chose rare en cette première année révolutionnaire où les fractures commencent déjà à poindre.
La revue du 25 avril au Champ de Mars est le volet militaire de cet accueil. Lafayette aime ces cérémonies : le Champ de Mars est son théâtre, la Garde nationale son armée, et Paoli incarne exactement le type de héros que la Révolution entend célébrer — un patriote qui s'est battu pour la liberté de son peuple. Moins de trois mois plus tard, le 14 juillet, le même Champ de Mars accueillera la Fête de la Fédération, apothéose éphémère de l'unité nationale.
Paoli quitte Paris peu après et arrive en Corse le 14 juillet — coïncidence symbolique. Il y sera nommé président du conseil général et commandant de la Garde nationale. Mais l'idylle avec la Révolution ne durera pas. Dès 1793, accusé de trahison par la Convention, il rompra avec la France et fera appel à l'Angleterre. Le « libérateur de la Corse » finira ses jours à Londres en 1807, exilé une seconde fois — dans le même pays, dans la même solitude.