La rue Marcadet tire son nom d'un ancien lieu-dit, la Mercade ou la Marcadé, toponyme dont l'origine exacte reste débattue mais qui évoque peut-être un espace de commerce ou de passage. Longtemps simple chemin vicinal de grande communication reliant les Batignolles, elle traverse aujourd'hui trois quartiers du 18e arrondissement — Clignancourt, Goutte-d'Or, Grandes-Carrières — sur plus de deux kilomètres, ce qui en fait l'une des artères les plus longues de la rive droite populaire. Sa dénomination officielle fut fixée en deux temps : un arrêté de 1856 pour la première partie, un second de 1868 pour la suivante, au rythme de l'absorption progressive des communes de la banlieue nord dans Paris.
L'histoire de la rue plonge ses racines dans le 18e siècle industrieux. Entre 1770 et 1803, une porcelainerie dotée d'un moulin occupait le numéro 103 ; certaines pièces produites dans cet atelier discret ont survécu jusqu'au musée de Montmartre. C'est ensuite un quartier d'ateliers et de logements modestes qui se dessine, propice aux artistes sans le sou : le jeune Auguste Rodin y habite au 175 de 1866 à 1871, à l'époque où il cherche encore sa voie. Deux ans avant la Commune, Paul Féval, l'auteur du Bossu et de quelque quatre-vingt-dix autres romans, réside au 129.
1871 laisse une trace douloureuse : au numéro 29, selon le témoignage d'un contemporain, des combattants de la Commune tombés pendant la Semaine sanglante sont inhumés — le cimetière local avait été rouvert dès le siège de 1870. La rue connaît ensuite une vie associative dense : une université populaire couplée à un restaurant coopératif s'installe au 112 en 1904 ; une librairie libertaire anime le 146 dans les années 1950.
Le 20e siècle y grave d'autres mémoires, plus intimes ou plus sombres. Entre 1942 et 1944, au 127-129, une filière protestante dirigée par le pasteur Jean Jousselin sauve des enfants juifs en les acheminant vers le château de Cappy, dans l'Oise. La chanteuse Barbara loge chez son oncle au 131 en 1945, puis à nouveau en 1951 — une rue de passage dans une jeunesse incertaine. Au 110, dans les années 1960, Johnny Hallyday est repéré lors d'un crochet radiophonique. Et en 1972, Alain Geismar y tient une conférence de presse après la mort de Pierre Overney, faisant de la rue Marcadet, l'espace d'un moment, un épicentre de la gauche radicale.