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27 juin 1746
Événement

Impression du premier tome de l'Encyclopédie avec Le Breton

Imprimerie Le Breton (à l'enseigne du "Saint-Esprit"/Imprimerie de l'Encyclopédie
Impression du premier tome de l'Encyclopédie avec Le Breton
**Page de titre de l'"Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers**. Éditée sous la direction de //Denis Diderot// et //Jean le Rond D’Alembert//

Le livre qui allait changer le monde commence par un contrat signé entre quatre hommes qui ne s'entendent déjà pas.

L'enseigne dit « Au Saint-Esprit ». André Le Breton, maître imprimeur, tient boutique au 16 de la rue de la Harpe, dans ce quartier du 5e arrondissement où les imprimeries et les libraires se serrent les uns contre les autres depuis le XVIe siècle. Le 27 juin 1746, quatre hommes signent chez lui un contrat pour un projet d'une ampleur sans précédent : une encyclopédie raisonnée de toutes les connaissances humaines.

Le projet vient de loin. En 1745, Le Breton et trois associés ont obtenu le privilège royal pour traduire et augmenter la Cyclopaedia de l'Anglais Chambers. L'idée de départ est modeste — un dictionnaire technique augmenté. Mais l'abbé Jean-Paul de Gua de Malves, mathématicien de l'Académie des sciences et premier directeur de l'entreprise, a vu plus grand. C'est lui qui a transformé le projet : plus question d'une traduction augmentée, il faut un ouvrage entièrement nouveau, « un dépôt commun de tout ce qui forme l'ensemble des connaissances de l'époque ». Pour mener l'affaire, il a recruté les meilleurs — parmi lesquels un certain Denis Diderot, trente-trois ans, philosophe sans grandes attaches, et Jean le Rond d'Alembert, mathématicien brillant, fils naturel de la marquise du Châtelet.

Ce que le contrat de juin 1746 consacre, c'est l'entrée formelle de Diderot et d'Alembert dans l'attelage. Mais l'attelage tient mal. De Gua de Malves est un homme de science difficile, intransigeant avec les libraires qui, eux, ne voient dans l'affaire qu'un commerce. Les heurts sont constants. Moins d'un an plus tard, en 1747, de Gua sera écarté. Sa fiche de police, parait-il, le décrit avec une concision cruelle : « Grand, maigre et fort sec. L'air et la contenance d'un fou. » Condorcet, qui rédigera son éloge funèbre, sera plus équitable : « Il avait dans l'esprit plus de force que de flexibilité, plus d'originalité que de rectitude. »

Diderot prend seul la direction. D'Alembert reste responsable des sciences. La rue de la Harpe reste le centre de gravité du projet. Le premier tome paraîtra en 1751. Le dix-septième et dernier volume de texte en 1765, après interdictions, révocations de privilège et trahisons de l'imprimeur lui-même — Le Breton censurant en secret les articles les plus audacieux avant l'impression.

Mais tout commence ici, en 1746, dans une imprimerie du Quartier latin, avec quatre hommes et un contrat. L'un d'eux sera oublié. Les deux autres changeront le siècle.

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