Les 7 membres des Bataillons de la jeunesse fusillés le 9 mars 1942. Procès du Palais Bourbon.
À dix-huit ans, on peut choisir d'avoir peur; on peut aussi choisir autre chose.
Le 21 août 1941, Pierre Georges, dit Colonel Fabien, a abattu un officier de la Kriegsmarine à la station de métro Barbès-Rochechouart. C'était le premier attentat de résistance armée reconnu contre l'occupant dans Paris. Les Bataillons de la Jeunesse, organisation armée des Jeunesses communistes créée après le déclenchement de l'opération Barbarossa et la rupture du pacte germano-soviétique, entrent en action dans les rues de la capitale.
Le 6 septembre 1941, au 44 rue des Perchamps, dans le quartier d'Auteuil du 16e arrondissement, trois militants des Bataillons tendent une embuscade à un officier allemand et l'abattent au revolver. Ce sont André Kirschen, Pierre Tourette et Bernard Laurent, auxquels se joint Blatius Hauffmann. Kirschen est né en 1923; il a dix-huit ans. Tourette est encore plus jeune. Dans la logique des Bataillons, chaque action est politique autant que militaire: il s'agit de démontrer que l'occupant n'est pas invincible, de rompre le silence de la défaite.
Les Bataillons comptent alors moins de quarante hommes actifs en région parisienne. Ils opèrent en petits groupes autonomes, frappent rapidement, disparaissent dans les rues en s'appuyant sur des contacts dans les quartiers populaires et les banlieues industrielles. Leur clandestinité totale est leur seule protection. Les Brigades spéciales de la préfecture de police, unité spécialisée dans la traque des résistants communistes, les pourchassent avec méthode et efficacité.
En mars 1942, sept jeunes militants des Bataillons comparaissent devant un tribunal militaire allemand réuni au palais Bourbon, du 4 au 6 mars. Le 9 mars, ils sont conduits au fort du Mont-Valérien et fusillés. Parmi eux figurent André Kirschen, dix-neuf ans, et Pierre Tourette.
La rue des Perchamps se souvient mal de ce matin de septembre 1941. La mémoire des Bataillons de la Jeunesse reste celle des oubliés: trop jeunes pour les commémorations officielles, trop communistes pour certains historiens de la Résistance. Ce sont pourtant eux qui, parmi les premiers, ont prouvé dans les rues de Paris qu'on pouvait se battre.