Un groupe de blanquistes tente de prendre l'Hôtel de Ville par surprise en empruntant le souterrain de la caserne Lobau. Il semble qu'il ait été pris finalement sans résistance
Pendant que le Comité central hésite et tâtonne, un petit groupe de blanquistes prend les choses en main à sa manière. Edmond Levraud, Charles Amouroux, Fortuné Henry et Gaston Da Costa — quelques hommes résolus, formés à la culture du coup de force blanquiste — empruntent le souterrain qui relie la caserne Lobau à l'Hôtel de Ville. L'objectif : prendre le symbole du pouvoir parisien par surprise, avant que quiconque ne l'occupe officiellement.
L'initiative révèle la fracture qui traverse le mouvement révolutionnaire en ce 18 mars. Le Comité central — composé en majorité d'internationalistes, de proudhoniens, d'hommes attachés à la légitimité élective — répugne à s'emparer du pouvoir par un coup de force. Il veut des élections, une légitimité populaire. Les blanquistes, eux, ont une tout autre tradition : le parti révolutionnaire doit agir, prendre le pouvoir, puis organiser. Attendre, c'est laisser Versailles se ressaisir.
La tentative par le souterrain semble avoir réussi sans grande résistance — les soldats versaillais avaient déjà commencé à évacuer. Mais l'initiative blanquiste ne dicte pas les événements : c'est bien le Comité central qui s'installera quelques heures plus tard dans la salle Saint-Jean, en ordre, avec ses membres élus, sous le drapeau rouge.
La tension entre ces deux logiques — la démocratie fédérée et l'avant-garde révolutionnaire — traversera toute la Commune, jusqu'à sa fin tragique.