La franc-maconnerie et la Commune, Lithographie, Estampe en couleurs par Alphonse Hector Colomb, dit Moloch, Carnavalet
Le 8 avril 1871, au théâtre du Châtelet, les francs-maçons parisiens se réunissent en assemblée générale. Ils publient un manifeste qui appelle à la paix entre la Commune et Versailles, proposant leur médiation pour éviter la guerre civile. Le Grand-Orient de France les désavoue aussitôt.
La maçonnerie parisienne était traversée de courants contradictoires — beaucoup de ses membres appartenaient aux classes moyennes républicaines, attachés à la fois à l'ordre et aux idéaux de 1789. Face à la Commune, la première réaction est celle de l'arbitrage : ne peut-on trouver un accord qui évite le bain de sang ?
Versailles ne répond pas. La Commune non plus, ou si peu. Le canon continue.
Trois semaines plus tard, le 29 avril, les francs-maçons changeront radicalement de posture. Renonçant à la neutralité, des délégations de plusieurs loges parisiennes marcheront en cortège jusqu'aux remparts de Paris, leurs bannières en tête, pour planter leurs étendards entre les lignes versaillaises et communardes — geste symbolique pour signifier qu'en tirant sur Paris, Versailles tirerait aussi sur la maçonnerie. Certains resteront pour combattre aux côtés des fédérés.
Ce basculement du 29 avril — de la médiation à l'engagement — est l'un des moments les plus dramatiques de la Commune. Il ne changera rien à l'issue. Mais il dit quelque chose de la faillite de toutes les tentatives d'apaisement face à la détermination de Thiers d'écraser Paris.