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5 juillet 1845
Événement

Victor Hugo échappe à l'arrestation par la police pour adultère en arguant de son statut de pair de France

Hôtel dans le passage St Roch
Victor Hugo échappe à l'arrestation par la police pour adultère en arguant de son statut de pair de France
Portrait de Léonie Biard d'Aunet qui fut la maîtresse de Victor Hugo dans les années 1840. Maison de Victor Hugo - Hauteville House

Le 5 juillet 1845, la police entre dans une chambre du passage Saint-Roch, dans le 1er arrondissement. Elle y trouve Victor Hugo et Léonie Biard — née Léonie d'Aunet, vingt-cinq ans, épouse du peintre François-Auguste Biard. Flagrant délit d'adultère. Le commissaire hésite, puis laisse partir Hugo. Il a invoqué son immunité.

Trois mois plus tôt — le 13 avril 1845 — Louis-Philippe l'avait nommé pair de France. La Chambre des pairs n'est pas seulement législative : elle est judiciaire. Un pair ne peut être arrêté ni jugé par la police ordinaire. Hugo rappelle le principe. Le commissaire comprend. Le poète repart. Léonie est conduite à la prison Saint-Lazare.

L'affaire a sa mécanique propre. Léonie avait demandé la séparation de corps d'avec Biard. Pour l'obtenir à ses conditions, le mari l'avait fait suivre — dans le seul but de la surprendre en adultère. Le Code Napoléon y pourvoit : l'adultère féminin est passible de deux ans de prison et d'amende. L'adultère masculin n'est poursuivi que s'il est commis au domicile conjugal. Le passage Saint-Roch n'est le domicile de quiconque. Hugo ne risquait donc presque rien, même sans la pairie. La pairie lui a simplement épargné le commissariat.

Léonie passe deux mois à Saint-Lazare, puis six mois dans un couvent des Augustines. Adèle Hugo lui rend visite dans le couvent — soulagée, selon les chroniqueurs, de voir une rivale de Juliette Drouet ainsi neutralisée. Louis-Philippe, de son côté, accorde une commande au peintre Biard pour calmer son courroux. Tout le monde s'arrange. Léonie perd la garde de ses deux enfants.

Elle retrouvera la plume. En 1854, sous son nom de naissance, elle publie Voyage d'une femme au Spitzberg — le récit de l'expédition arctique à laquelle elle avait participé seize ans plus tôt, première femme à atteindre ces latitudes. Des romans suivront. Hugo, en exil à Jersey après le coup d'État de 1851, lui enverra régulièrement de l'argent.

Dans Voyage d'une femme au Spitzberg, il n'est pas question du passage Saint-Roch.