Victor Hugo, 1878.
Photographe Gaspard-Félix Tournachon, dit Nadar.
Paris Musées / Maisons de Victor Hugo Paris-Guernesey.
Neuf ans. C'est le temps qu'il aura fallu à la République pour décider qu'elle pouvait pardonner à ceux qu'elle avait massacrés.
Le 3 juillet 1880, le Sénat adopte la loi d'amnistie plénière des Communards. La loi sera promulguée le 11 juillet — une semaine avant la première fête nationale du 14 juillet. Le calendrier n'est pas innocent.
Victor Hugo a soixante-dix-huit ans. Sénateur de la Seine depuis 1876, il se bat pour l'amnistie depuis le premier jour. En mai 1871, alors que les troupes de Versailles achèvent leur répression dans Paris — entre dix et trente mille morts selon les estimations, des dizaines de milliers de déportés —, il avait déjà tenté d'offrir asile aux Communards fugitifs depuis Bruxelles, et avait été expulsé de Belgique pour cela. En 1876, au Sénat, il avait prononcé un premier discours retentissant : « Ces hommes ont droit à l'amnistie. »
La Chambre des Députés avait résisté. Le Sénat aussi, longtemps dominé par les conservateurs. Il faudra attendre que Gambetta pousse le texte pour que les deux chambres cèdent.
Ce que la loi répare — si tant est que réparation soit le mot — concerne environ cinq mille déportés en Nouvelle-Calédonie et des milliers d'exilés éparpillés entre Londres, Bruxelles, Genève. Parmi eux, Louise Michel, qui a passé sept ans à Nouméa. Zéphirin Camélinat, qui avait dirigé la Monnaie sous la Commune. Henri Rochefort, journaliste. Ils peuvent rentrer.
Marx, dans La Guerre civile en France, avait écrit en 1871 que la Commune était « la forme politique enfin trouvée » par laquelle le travail pouvait s'émanciper du capital. La République qui amnistie en 1880 ne partage pas cette lecture — elle enterre une page, elle ne la rouvre pas.
Louise Michel débarque à Paris en novembre 1880. Elle reprend ses conférences le soir même.