Histoire de la rue
La rue de Vaugirard est la plus longue voie de Paris intra-muros — 4 360 mètres d'un seul tenant, du boulevard Saint-Michel jusqu'aux boulevards Lefebvre et Victor. Son ancienneté est à la mesure de cette démesure : elle suit le tracé d'une ancienne voie romaine qui menait au village de Vaugirard, absorbé par Paris lors de l'annexion de 1860. Chemin des Carrières, voie du Valgirard, rue de la Verrerie, rue de Luxembourg… les noms successifs racontent, couche après couche, la lente urbanisation d'un faubourg longtemps resté à demi-campagnard. L'arrêté du 2 avril 1868 réunit officiellement la grande rue de Vaugirard et la rue de Vaugirard en un seul nom.
La rue porte depuis des siècles le poids du Palais du Luxembourg (n° 17), qui en est à la fois l'ornement et le révélateur. Marie de Médicis y fait construire son palais au début du XVII e siècle ; Richelieu s'y réfugie le jour de la Journée des Dupes en 1630, croyant sa carrière brisée. Sous la Terreur, le palais devient prison : Jacques-Louis David y est enfermé et peint de sa cellule une vue des jardins ; Danton, Camille Desmoulins, Fabre d'Églantine et Hérault de Séchelles y sont détenus avant de monter à l'échafaud — la rue de Vaugirard aura ainsi été le dernier décor familier des « Vieux Cordeliers ». Le 9 thermidor, les geôliers Wiltcheritz et Faro refusent d'y interner Robespierre : détail infime qui résume à lui seul le chaos de cette nuit-là. Sous le Directoire, le palais accueille les séances, puis la résidence de Bonaparte au début du Consulat, avant d'être affecté au Sénat.
Mais la rue recèle bien d'autres mémoires. Au n° 70-74, le couvent des Carmes déchaussés — qui a donné son nom au « blanc des carmes » et à l'eau de mélisse — voit en septembre 1792 le massacre de 115 prêtres réfractaires, transformant le jardin en charnier. Victor Hugo y fera symboliquement enterrer Jean Valjean. Au n° 36, l'Agence provisoire des Poids et Mesures calcule, entre 1796 et 1798, la longueur du méridien de Dunkerque à Barcelone : c'est d'ici que naît le mètre. Plus discrète, une borne au n° 85 marque depuis le XVIII e siècle la première demi-lieue depuis Notre-Dame. Mme de La Fayette naît au n° 50 en 1634 ; La Bruyère loge au n° 17 en 1680, hébergé par le prince de Condé. La rue aura donc vu passer, souvent dans la même semaine, des carrosses royaux, des charrettes révolutionnaires et des savants mesurant le monde.