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Au 10 du boulevard Montmartre, dans ce passage couvert qui relie les Grands Boulevards au passage Jouffroy, le musée Grévin ouvre ses portes en 1881 à l'initiative du journaliste Arthur Meyer et du caricaturiste Alfred Grévin. L'idée : offrir aux Parisiens un panthéon de cire où les célébrités du jour prennent chair sous les doigts des sculpteurs. L'institution se pose d'emblée en héritière de la célèbre « Caverne des voleurs » de Curtius, ce musée de figures qui trônait autrefois boulevard du Temple — même vertige du vrai et du faux, même fascination populaire pour les grands crimes et les grands hommes.

Mais le Grévin n'est pas qu'un cabinet de curiosités poussiéreux. C'est un laboratoire des modernités. En 1886, un jeune illusionniste nommé Georges Méliès fait ses débuts sur la scène du Cabinet fantastique. En 1892, Émile Reynaud y présente pour la première fois son Théâtre optique : trois films animés — Un bon bock, Clown et ses chiens et Pauvre Pierrot — projetés devant un public ébahi, trois ans avant les frères Lumière. Reynaud, jamais reconnu comme inventeur du cinématographe, finira par détruire ses films et son matériel dans un accès de désespoir. Le musée abrite aussi, parmi ses reliques les plus frappantes, l'authentique baignoire de Marat, dans laquelle le tribun fut assassiné en 1793 — objet hallucinant, presque sacré, qui fait du Grévin un conservatoire inattendu de la mémoire révolutionnaire.

Avant tout cela, l'adresse avait déjà son histoire : en 1825, le compositeur François Adrien Boieldieu, l'homme de La Dame Blanche, y résidait. En 1846, le passage Jouffroy voisin retentissait des triomphes du chanteur Darcier à l'Estaminet Lyrique. Et en 1848, les murs accueillaient un comité électoral actif en faveur de la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence. Quant à Lénine, de passage à Paris en 1895 pour rencontrer le groupe « Libération du Travail », il jugea bon de faire un détour par le Grévin — signe que le musée était déjà une étape obligée pour tout visiteur de la capitale.

Noms successifs du lieu

  • 1825 Demeure du compositeur François Adrien Boieldieu
  • 1846 Estaminet Lyrique (passage Jouffroy attenant), triomphe de Darcier
  • 1848 Comité central électoral pour la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte
  • 1881 Ouverture du musée Grévin
  • 1892 Cabinet fantastique / Théâtre optique d'Émile Reynaud
  • 1881 — aujourd'hui Musée Grévin

Toponymie — boulevard Montmartre

boulevard Montmartre
Voisinage de l'ancienne porte Montmartre.
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Événements à cette adresse

10 événements · 1825 — 1900
10 boulevard Montmartre — 9e arr.
Musée Grévin
Lors de son premier séjour à Paris pour rencontrer le groupe "Libération du Travail", Lénine visite le musée Grévin
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Personnage(s) : Lénine
10 boulevard Montmartre — 9e arr.
Musée Grévin (Cabinet fantastique) — Théâtre optique
Il a peint à la main des milliers d'images sur une bande perforée, il les projette devant un public payant : le cinéma d'animation naît trois ans avant le cinéma. Charles-Émile Reynaud est né en 1844. Photographe…

Il a peint à la main des milliers d'images sur une bande perforée, il les projette devant un public payant : le cinéma d'animation naît trois ans avant le cinéma.

Charles-Émile Reynaud est né en 1844. Photographe, professeur de sciences, bricoleur de génie, il invente en 1877 le praxinoscope, jouet optique perfectionnant le zootrope, qui donne l'illusion du mouvement par un jeu de miroirs. Il le perfectionne pendant quinze ans.

Le Théâtre optique, breveté en 1888, est l'aboutissement. Il combine des miroirs tournants, une lanterne de projection et surtout une longue bande souple sur laquelle Reynaud a peint à la main, image par image, des centaines de dessins colorés. La bande est perforée sur ses bords et entraînée par des ergots métalliques : c'est la solution technique que le cinéma reprendra. Les images sont projetées par transparence sur un écran, tandis qu'un second projecteur fournit le décor fixe.

Le 28 octobre 1892, la première séance de ses "Pantomimes lumineuses" a lieu au Cabinet fantastique du musée Grévin, 10 boulevard Montmartre dans le 9e arrondissement. Trois bandes sont projetées : "Un bon bock," "Le Clown et ses chiens," et "Pauvre Pierrot," peint en 1891. Gaston Paulin accompagne au piano une musique originale, la première musique de film de l'histoire.

C'est la première projection publique et payante d'images animées sur grand écran, trois ans avant la séance des frères Lumière au Grand Café en décembre 1895. Jusqu'en mars 1900, plus d'un demi-million de spectateurs y assisteront.

Le cinématographe le ruine. La photographie animée est plus rapide à produire, plus rentable, plus réaliste que des dessins peints un par un. Reynaud, désespéré, jette en 1910 son matériel et ses bandes dans la Seine. "Pauvre Pierrot" et "Autour d'une cabine" ont survécu. Il meurt en 1918 à l'asile d'Ivry, dans la misère.

Le 28 octobre est aujourd'hui la Journée mondiale du cinéma d'animation.

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Personnage(s) : Émile Reynaud
10 boulevard Montmartre — 9e arr.
10 boulevard Montmartre — 9e arr.
Musée Grévin (scène du Cabinet fantastique)
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Personnage(s) : Georges Méliès
10 boulevard Montmartre — 9e arr.
10 boulevard Montmartre — 9e arr.
10 boulevard Montmartre — 9e arr.
Comité central électoral pour la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte
Club en faveur de la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence
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10 boulevard Montmartre — 9e arr.
Estaminet Lyrique — Passage Jouffroy
Emplacement : emplacement du Musée Grévin
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Personnage(s) : Joseph Darcier
10 boulevard Montmartre — 9e arr.
Demeure de François Adrien Boieldieu
Emplacement : lieu disparu
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Personnage(s) : François Adrien Boieldieu
10 boulevard Montmartre — 9e arr.

Aujourd'hui

Le musée Grévin est toujours en activité au 10 boulevard Montmartre, dans ses espaces Belle Époque en grande partie préservés. On peut y admirer les célèbres salles de miroirs, le théâtre baroque et, bien sûr, les figures de cire de personnalités contemporaines — mais aussi, pour qui sait la chercher, la baignoire de Marat.

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