Il a peint à la main des milliers d'images sur une bande perforée, il les projette devant un public payant : le cinéma d'animation naît trois ans avant le cinéma.
Charles-Émile Reynaud est né en 1844. Photographe, professeur de sciences, bricoleur de génie, il invente en 1877 le praxinoscope, jouet optique perfectionnant le zootrope, qui donne l'illusion du mouvement par un jeu de miroirs. Il le perfectionne pendant quinze ans.
Le Théâtre optique, breveté en 1888, est l'aboutissement. Il combine des miroirs tournants, une lanterne de projection et surtout une longue bande souple sur laquelle Reynaud a peint à la main, image par image, des centaines de dessins colorés. La bande est perforée sur ses bords et entraînée par des ergots métalliques : c'est la solution technique que le cinéma reprendra. Les images sont projetées par transparence sur un écran, tandis qu'un second projecteur fournit le décor fixe.
Le 28 octobre 1892, la première séance de ses "Pantomimes lumineuses" a lieu au Cabinet fantastique du musée Grévin, 10 boulevard Montmartre dans le 9e arrondissement. Trois bandes sont projetées : "Un bon bock," "Le Clown et ses chiens," et "Pauvre Pierrot," peint en 1891. Gaston Paulin accompagne au piano une musique originale, la première musique de film de l'histoire.
C'est la première projection publique et payante d'images animées sur grand écran, trois ans avant la séance des frères Lumière au Grand Café en décembre 1895. Jusqu'en mars 1900, plus d'un demi-million de spectateurs y assisteront.
Le cinématographe le ruine. La photographie animée est plus rapide à produire, plus rentable, plus réaliste que des dessins peints un par un. Reynaud, désespéré, jette en 1910 son matériel et ses bandes dans la Seine. "Pauvre Pierrot" et "Autour d'une cabine" ont survécu. Il meurt en 1918 à l'asile d'Ivry, dans la misère.
Le 28 octobre est aujourd'hui la Journée mondiale du cinéma d'animation.