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Au 151 du boulevard Saint-Germain, dans le cœur vivant du 6e arrondissement, la Brasserie Lipp est bien plus qu'un établissement de bouche : c'est un demi-siècle de littérature française servie avec la choucroute. Fondée en 1880 par Léonard Lipp, Alsacien venu chercher fortune à Paris après la défaite de 1870, elle s'installe dans ce quartier de vieilles librairies et de cafés de penseurs, et ne le quittera plus.

Dès ses premières années, la brasserie attire le groupe des « Hirsutes » — ces poètes volontairement échevelés, provocateurs, dont Jean Moréas et Guillaume Apollinaire sont les figures de proue. La décoration intérieure, avec ses céramiques et ses banquettes de moleskine, est en partie l'œuvre de la famille Fargue : le poète Léon-Paul Fargue, habitué assidu à partir des années 1910, y voit presque un salon personnel. Alfred Jarry, Paul Valéry, Antoine de Saint-Exupéry : la liste des fidèles ressemble à un panthéon des lettres françaises.

Ernest Hemingway immortalise la Lipp dans Paris est une fête, publié posthumement en 1964, évoquant avec nostalgie les bocks de bière et les saucisses de pommes de terre de l'entre-deux-guerres. Mais l'épisode le plus sombre de l'établissement survient le 29 octobre 1965, quand l'opposant marocain Mehdi Ben Barka est interpellé devant la brasserie par les policiers Louis Souchon et Antoine Lopez — début d'un enlèvement qui tourne au crime d'État, jamais entièrement élucidé.

Noms successifs du lieu

  • 1880 Fondation par Léonard Lipp, brasserie alsacienne au 151 boulevard Saint-Germain
  • 1880 — 1914 Repaire des « Hirsutes » et des poètes symbolistes ; décoration intérieure réalisée par la famille Fargue
  • 1914 — 1945 Café littéraire de référence : Hemingway, Valéry, Saint-Exupéry, Fargue y sont habitués
  • 1964 Immortalisée dans *Paris est une fête* d'Ernest Hemingway (publié posthume)
  • 29 octobre 1965 Devant la brasserie : enlèvement de Mehdi Ben Barka par des policiers français, affaire jamais totalement résolue
  • Aujourd'hui Brasserie Lipp, classée monument historique, toujours en activité au 151 boulevard Saint-Germain

Toponymie — boulevard Saint-Germain

boulevard Saint-Germain
Traverse l'ancien faubourg Saint-Germain.
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Événements à cette adresse

6 événements · 1880 — 1965
Brasserie Lipp
Deux inspecteurs de la police française l'embarquent en plein boulevard Saint-Germain à midi ; on ne l'a jamais revu. Mehdi Ben Barka a quarante-cinq ans. Mathématicien, ancien précepteur du jeune Hassan II, il a été…

Deux inspecteurs de la police française l'embarquent en plein boulevard Saint-Germain à midi ; on ne l'a jamais revu.

Mehdi Ben Barka a quarante-cinq ans. Mathématicien, ancien précepteur du jeune Hassan II, il a été l'un des dirigeants du mouvement pour l'indépendance du Maroc, puis président de l'Assemblée consultative après 1956. Passé à l'opposition, fondateur de l'Union nationale des forces populaires, il rompt avec la monarchie et s'exile en 1963 après avoir été condamné à mort par contumace.

Il est devenu une figure du tiers-mondisme international. Il prépare pour janvier 1966 à La Havane la Conférence tricontinentale, qui doit réunir les mouvements révolutionnaires d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Il en est le principal organisateur. Cette fonction fait de lui une cible pour plusieurs services : marocains, français, israéliens, américains.

Le 29 octobre 1965, vers midi, il arrive devant la brasserie Lipp, 151 boulevard Saint-Germain dans le 6e arrondissement. Il croit se rendre à un rendez-vous concernant un projet de film documentaire sur la décolonisation, monté de toutes pièces comme appât.

Deux hommes l'abordent et lui présentent une carte de police. Ce sont Louis Souchon et Roger Voitot, inspecteurs de la brigade des stupéfiants de la préfecture de police de Paris. Ils l'emmènent dans une voiture. Antoine Lopez, agent du SDECE et employé d'Air France à Orly, est de l'opération.

Ben Barka est conduit dans une villa de Fontenay-le-Vicomte, où le général Oufkir, ministre de l'Intérieur marocain, et Ahmed Dlimi seraient arrivés. Il disparaît. Son corps n'a jamais été retrouvé.

L'affaire provoque une crise majeure. De Gaulle, furieux d'avoir été joué sur son propre territoire, rompt avec le Maroc et déclare que l'affaire est "vulgaire et subalterne." Deux procès aboutissent à des condamnations mineures. Oufkir, condamné par contumace, mourra en 1972 après un putsch manqué.

L'instruction judiciaire est toujours ouverte, soixante ans après. Les archives des services français restent en partie classifiées.

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151 boulevard Saint Germain — 6e arr.
151 boulevard Saint Germain — 6e arr.
Hôtel Taranne
Emplacement : au dessus de la brasserie Lipp
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Personnage(s) : Henry de Montherlant
151 boulevard Saint Germain — 6e arr.
Brasserie Lipp
Léon-Paul Fargue est un habitué de la brasserie Lipp ; la décoration intérieure fut réalisée par Fargue, père et oncle
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Personnage(s) : Léon-Paul Fargue
151 boulevard Saint Germain — 6e arr.
151 boulevard Saint Germain — 6e arr.
151 boulevard Saint Germain — 6e arr.

Aujourd'hui

La Brasserie Lipp est toujours en activité au 151 boulevard Saint-Germain, classée monument historique pour son remarquable décor 1900 — céramiques, moulures, miroirs. On y mange encore la choucroute et les harengs marinés dans l'atmosphère feutrée que décrivait Hemingway. Une plaque rappelle l'affaire Ben Barka sur le trottoir.

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