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29 octobre 1965
Événement

L'opposant marocain Mehdi Ben Barka est enlevé par des policiers français devant la brasserie Lipp

Brasserie Lipp
L'opposant marocain Mehdi Ben Barka est enlevé par des policiers français devant la brasserie Lipp
Portrait de Mehdi Ben Barka.

Deux inspecteurs de la police française l'embarquent en plein boulevard Saint-Germain à midi ; on ne l'a jamais revu.

Mehdi Ben Barka a quarante-cinq ans. Mathématicien, ancien précepteur du jeune Hassan II, il a été l'un des dirigeants du mouvement pour l'indépendance du Maroc, puis président de l'Assemblée consultative après 1956. Passé à l'opposition, fondateur de l'Union nationale des forces populaires, il rompt avec la monarchie et s'exile en 1963 après avoir été condamné à mort par contumace.

Il est devenu une figure du tiers-mondisme international. Il prépare pour janvier 1966 à La Havane la Conférence tricontinentale, qui doit réunir les mouvements révolutionnaires d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Il en est le principal organisateur. Cette fonction fait de lui une cible pour plusieurs services : marocains, français, israéliens, américains.

Le 29 octobre 1965, vers midi, il arrive devant la brasserie Lipp, 151 boulevard Saint-Germain dans le 6e arrondissement. Il croit se rendre à un rendez-vous concernant un projet de film documentaire sur la décolonisation, monté de toutes pièces comme appât.

Deux hommes l'abordent et lui présentent une carte de police. Ce sont Louis Souchon et Roger Voitot, inspecteurs de la brigade des stupéfiants de la préfecture de police de Paris. Ils l'emmènent dans une voiture. Antoine Lopez, agent du SDECE et employé d'Air France à Orly, est de l'opération.

Ben Barka est conduit dans une villa de Fontenay-le-Vicomte, où le général Oufkir, ministre de l'Intérieur marocain, et Ahmed Dlimi seraient arrivés. Il disparaît. Son corps n'a jamais été retrouvé.

L'affaire provoque une crise majeure. De Gaulle, furieux d'avoir été joué sur son propre territoire, rompt avec le Maroc et déclare que l'affaire est "vulgaire et subalterne." Deux procès aboutissent à des condamnations mineures. Oufkir, condamné par contumace, mourra en 1972 après un putsch manqué.

L'instruction judiciaire est toujours ouverte, soixante ans après. Les archives des services français restent en partie classifiées.