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Au 158–158 bis rue du Temple s'ouvrait autrefois la porte monumentale de l'Enclos du Temple, cette forteresse-ville dans la ville que les Templiers avaient érigée dès 1240 sur un vaste terrain marécageux au nord du Marais. L'enclos s'étendait jusqu'à l'actuelle rue de Picardie : une tour, un prieuré, des jardins, des dépendances — tout un monde clos sur lui-même, jalousement soustrait à la justice royale.

C'est ici que s'écrit l'un des épisodes les plus dramatiques du Moyen Âge parisien. En 1306, Jacques de Molay, dernier grand maître de l'Ordre, accueille Philippe IV le Bel en fuite lors d'une émeute : le roi se réfugie derrière les murs de celui qu'il va bientôt trahir. Un an plus tard, le vendredi 13 octobre 1307, Guillaume de Nogaret frappe : Molay et quelque cent quarante chevaliers sont arrêtés dans l'Enclos même, leurs biens confisqués. La légende veut que ce jour funeste soit à l'origine de la superstition attachée au vendredi 13.

Après la dissolution de l'Ordre, le prieuré change de nature sans perdre son goût pour l'indépendance. Henri IV en fait une retraite pour les bâtards royaux ; sous la Régence, Philippe de Vendôme y organise des dîners si débridés qu'on en tire l'expression boire comme un Templier. À la fin du règne de Louis XIV, l'enclos devient le refuge discret des esprits libres — La Fontaine, Ninon de Lenclos, Adrienne Lecouvreur y croisent des penseurs et des fêtards. En 1765, c'est Jean-Jacques Rousseau, pourchassé, que le prince de Conti abrite quelques semaines dans ce palais hors d'atteinte des lettres de cachet. Fouquier-Tinville lui-même y logera pendant la Terreur. Le donjon, devenu prison royale, est rasé entre 1808 et 1811 sur ordre de Napoléon : il ne voulait pas que Marie-Louise d'Autriche aperçoive depuis les Tuileries la tour où sa tante Marie-Antoinette avait été enfermée.

Noms successifs du lieu

  • 1240 Enclos et prieuré des Templiers, forteresse autonome au nord de Paris
  • 1307 Saisie royale : l'Enclos passe sous la main du roi après l'arrestation des Templiers
  • 1594 Prieuré du Temple : retraite assignée aux bâtards de la famille royale par Henri IV
  • XVIIIe siècle Palais du Grand Prieur du Temple : refuge des libertins, des artistes et des philosophes
  • 1808 — 1811 Démolition du donjon ; l'enclos est progressivement effacé (demolition totale vers 1854)
  • 1848 Couvent du Temple : club révolutionnaire animé par Larrabure et Picque durant la Révolution de 1848

Toponymie — rue du Temple

rue du Temple
Conduisait à la Commanderie du Temple.
Anciens noms : rue de la Milice du Temple · grande rue du Temple · ruelle Jean Gentien · rue de l'Abbéie du Bec Hellouin · rue Jacques Gentien · rue du Temple Autrement Sainte-Avoie · ruelle Gentien
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Événements à cette adresse

11 événements · 1240 — 1848
158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
Tour de la prison du Temple — Donjon du Temple — Enclos du Temple (démoli en 1854)
Le donjon du Temple est rasé pour épargner à Marie-Louise d'Autriche, épouse de Napoléon, la vue de la prison de sa tante et éviter les "pèlerinages". L'enclos sera démoli en 1854
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158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
Prieuré du Temple — Enclos du Temple
Emplacement : emplacement du square du Temple
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Personnage(s) : Henri IV
158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
Prieuré du Temple — Enclos du Temple
Une opération de police secrète, ordonnée un mois à l'avance, exécutée simultanément dans tout le royaume : le roi de France invente la rafle d'État pour effacer sa dette. L'ordre du Temple est né des croisades. Moines…

Une opération de police secrète, ordonnée un mois à l'avance, exécutée simultanément dans tout le royaume : le roi de France invente la rafle d'État pour effacer sa dette.

L'ordre du Temple est né des croisades. Moines et soldats, les Templiers ont accumulé en deux siècles une puissance considérable. Ils possèdent des milliers de commanderies en Europe, ils sont exempts d'impôts et ne relèvent que du pape. Surtout, ils sont devenus les banquiers de la chrétienté : ils gardent les dépôts, transportent les fonds, prêtent aux souverains. L'enclos du Temple, à Paris, est leur quartier général et le coffre-fort du royaume.

Philippe IV le Bel a besoin d'argent. Ses guerres contre la Flandre et l'Angleterre ont ruiné le Trésor. Il a déjà spolié et expulsé les Lombards en 1291, puis les Juifs de France en 1306, en confisquant leurs biens et leurs créances. Il est lui-même lourdement endetté auprès du Temple.

L'opération est préparée dans le secret par Guillaume de Nogaret, garde du sceau. Des ordres scellés sont envoyés un mois à l'avance aux baillis et sénéchaux du royaume, avec interdiction de les ouvrir avant la date fixée.

Le vendredi 13 octobre 1307, à l'aube, tous les Templiers de France sont arrêtés simultanément. À Paris, Jacques de Molay, grand maître de l'ordre, et cent quarante chevaliers sont saisis à l'enclos du Temple, dans l'actuel 3e arrondissement. Tous leurs biens sont confisqués sur-le-champ.

Suivent sept années de procédure. Les aveux sont obtenus par la torture : idolâtrie, reniement du Christ, sodomie. Beaucoup se rétractent ensuite et sont brûlés comme relaps. Le pape Clément V, installé en Avignon et dépendant du roi de France, dissout l'ordre en 1312. Jacques de Molay est brûlé vif le 18 mars 1314 sur l'île aux Juifs, en aval de la Cité.

La superstition du vendredi 13 daterait, dit-on, de cette journée. L'affaire est surtout la première grande démonstration de ce que peut un État moderne : la loi, la police, la justice et la propagande mobilisées pour anéantir un corps et prendre son argent.

Emplacement : emplacement du square du Temple
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158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
Prieuré du Temple — Enclos du Temple
Avec la nouvelle monnaie, les loyers ont triplé. Paris se soulève, saccage les maisons du maître des monnaies et vient assiéger le roi, réfugié chez les Templiers. Après des années de manipulations monétaires, Philippe…

Avec la nouvelle monnaie, les loyers ont triplé. Paris se soulève, saccage les maisons du maître des monnaies et vient assiéger le roi, réfugié chez les Templiers.

Après des années de manipulations monétaires, Philippe le Bel revient en 1306 à une monnaie forte. Pour les locataires parisiens, c’est un désastre : leurs loyers, désormais dus en bonne monnaie, triplent. La colère se tourne contre un homme, Étienne Barbette. Riche bourgeois, issu d’une grande famille de marchands de la Seine, ancien prévôt des marchands, il est maître des monnaies et conseiller financier du roi : on le tient pour l’artisan de ces manipulations.

Le 30 décembre 1306, la foule pille ses demeures, à commencer par la plus belle, l’hôtel qu’il s’est fait bâtir vers 1300 dans sa « courtille », au-delà de l’enceinte de Philippe Auguste, dans les marais : l’hôtel Barbette. Puis les émeutiers remontent la rue du Temple jusqu’à l’enclos des Templiers, où se trouve le roi, et l’assiègent.

L’enclos est la place la plus sûre de la rive droite. De hautes murailles crénelées, flanquées de tourelles, entourent l’église Sainte-Marie-du-Temple, les bâtiments où logent les moines-soldats, les écuries et deux tours, la tour de César et le grand donjon, la tour du Temple. Depuis le milieu du XIIe siècle, le Trésor royal y a été conservé, sous la garde de l’ordre. La porte principale s’ouvre sur la rue du Temple, face à l’actuel n° 158 : c’est derrière ces murs que Philippe le Bel attend que l’émeute s’épuise. Le lendemain, 31 décembre, les meneurs sont arrêtés. Vingt-huit sont condamnés à mort et, le 5 janvier 1307, pendus aux arbres, près des portes de la ville.

La scène a son ironie. Le roi qui s’est abrité chez les Templiers prépare déjà leur perte. Au même moment, le pape Clément V convoque les grands maîtres des ordres militaires pour organiser une nouvelle croisade, et Jacques de Molay, grand maître du Temple, arrive de Chypre. Dans les mois qui suivent, il apprend que le roi accumule des charges contre son ordre : manquements à la charité, mœurs dépravées, hérésie. Il demande lui-même au pape une enquête, que Clément V accorde le 24 août 1307. Philippe le Bel n’attend pas ses conclusions. Le 12 octobre 1307, Jacques de Molay est reçu à Paris avec tous les honneurs dus à son rang, aux obsèques de Catherine de Courtenay, la belle-sœur du roi. Le lendemain, vendredi 13 octobre, les Templiers du royaume sont arrêtés, accusés d’hérésie. Le procès durera sept ans et s’achèvera sur les bûchers.

On raconte que le grand maître en personne aurait ouvert au roi les portes du Temple en décembre 1306 : les sources consultées ne permettent pas de l’affirmer. Après la dissolution de l’ordre, l’enclos passe aux Hospitaliers ; la famille royale y sera emprisonnée après la journée du 10 août 1792. Napoléon fait démolir la tour à partir de 1808, pour qu’elle ne devienne pas un lieu de pèlerinage royaliste. Il ne reste presque rien de l’enclos ; l’entrée de l’actuel square du Temple marque l’emplacement du portail du palais du grand prieur.

Emplacement : emplacement du square du Temple
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158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
Prieuré du Temple — Enclos du Temple
Lieu de débauche et repère de brigands à l'abri de la justice royale
Emplacement : emplacement du square du Temple
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Personnage(s) : Louis François de Bourbon
158–158 bis rue du Temple — 3e arr.
Prieuré du Temple — Enclos du Temple
Lieu de plaisirs durant la fin de règne austère de Louis XIV
Emplacement : emplacement du square du Temple
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158–158 bis rue du Temple — 3e arr.

Aujourd'hui

L'Enclos du Temple a totalement disparu du paysage parisien. À l'emplacement de l'ancienne forteresse s'étend aujourd'hui le square du Temple (3e arr.), jardin public aménagé au XIXe siècle, et les rues environnantes ont absorbé les anciens bâtiments. Aucune pierre visible ne subsiste du prieuré médiéval.

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