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30 décembre 1306
Événement

Assiégé par une émeute contre la monnaie forte, Philippe le Bel se réfugie chez les Templiers, qu’il fera arrêter dix mois plus tard

Prieuré du Temple — Enclos du Temple
emplacement du square du Temple
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Du haut de la tour du Temple, Philippe le Bel regarde brûler la courtille Barbette, en 1306 : la scène imaginée par Albert Robida pour « Paris de siècle en siècle » (1895). Albert Robida — domaine public (Wikimedia Commons)

Avec la nouvelle monnaie, les loyers ont triplé. Paris se soulève, saccage les maisons du maître des monnaies et vient assiéger le roi, réfugié chez les Templiers.

Après des années de manipulations monétaires, Philippe le Bel revient en 1306 à une monnaie forte. Pour les locataires parisiens, c’est un désastre : leurs loyers, désormais dus en bonne monnaie, triplent. La colère se tourne contre un homme, Étienne Barbette. Riche bourgeois, issu d’une grande famille de marchands de la Seine, ancien prévôt des marchands, il est maître des monnaies et conseiller financier du roi : on le tient pour l’artisan de ces manipulations.

Le 30 décembre 1306, la foule pille ses demeures, à commencer par la plus belle, l’hôtel qu’il s’est fait bâtir vers 1300 dans sa « courtille », au-delà de l’enceinte de Philippe Auguste, dans les marais : l’hôtel Barbette. Puis les émeutiers remontent la rue du Temple jusqu’à l’enclos des Templiers, où se trouve le roi, et l’assiègent.

L’enclos est la place la plus sûre de la rive droite. De hautes murailles crénelées, flanquées de tourelles, entourent l’église Sainte-Marie-du-Temple, les bâtiments où logent les moines-soldats, les écuries et deux tours, la tour de César et le grand donjon, la tour du Temple. Depuis le milieu du XIIe siècle, le Trésor royal y a été conservé, sous la garde de l’ordre. La porte principale s’ouvre sur la rue du Temple, face à l’actuel n° 158 : c’est derrière ces murs que Philippe le Bel attend que l’émeute s’épuise. Le lendemain, 31 décembre, les meneurs sont arrêtés. Vingt-huit sont condamnés à mort et, le 5 janvier 1307, pendus aux arbres, près des portes de la ville.

La scène a son ironie. Le roi qui s’est abrité chez les Templiers prépare déjà leur perte. Au même moment, le pape Clément V convoque les grands maîtres des ordres militaires pour organiser une nouvelle croisade, et Jacques de Molay, grand maître du Temple, arrive de Chypre. Dans les mois qui suivent, il apprend que le roi accumule des charges contre son ordre : manquements à la charité, mœurs dépravées, hérésie. Il demande lui-même au pape une enquête, que Clément V accorde le 24 août 1307. Philippe le Bel n’attend pas ses conclusions. Le 12 octobre 1307, Jacques de Molay est reçu à Paris avec tous les honneurs dus à son rang, aux obsèques de Catherine de Courtenay, la belle-sœur du roi. Le lendemain, vendredi 13 octobre, les Templiers du royaume sont arrêtés, accusés d’hérésie. Le procès durera sept ans et s’achèvera sur les bûchers.

On raconte que le grand maître en personne aurait ouvert au roi les portes du Temple en décembre 1306 : les sources consultées ne permettent pas de l’affirmer. Après la dissolution de l’ordre, l’enclos passe aux Hospitaliers ; la famille royale y sera emprisonnée après la journée du 10 août 1792. Napoléon fait démolir la tour à partir de 1808, pour qu’elle ne devienne pas un lieu de pèlerinage royaliste. Il ne reste presque rien de l’enclos ; l’entrée de l’actuel square du Temple marque l’emplacement du portail du palais du grand prieur.

Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.