Au cœur des Halles, adossée au ventre grouillant de Paris, Saint-Eustache est bien plus qu'une église : c'est un théâtre de l'histoire sur cinq siècles. Sa construction s'étire de 1532 à 1637, mêlant gothique flamboyant et ordonnances Renaissance dans un mariage presque insolent de grandeur. Paroisse des marchands, des Valois, des Bourbons, elle est aussi celle des puissants — Jean-Baptiste Colbert y fut inhumé — et des turbulents.
Ses murs ont tout vu. En 1520, des pastoureaux en croisade improvisée la pillent. En 1558, un étudiant qui ricane pendant le prêche d'un cordelier est lynché sur place par la foule — la dévotion populaire a ses colères. Le 18 février 1639, on y baptise Eustache Dauger de Cavoye, enfant au destin obscur que certains identifieront plus tard au Masque de fer. En 1676, Fléchier y prononce l'oraison funèbre de Turenne devant la cour éblouie. Entre 1785 et 1788, la chaire passe de l'intransigeant abbé Maury au fougueux Claude Fauchet, futur évêque constitutionnel.
La Révolution la bascule : siège de la Section des Postes puis du Contrat Social, elle devient en 1795 Temple de l'Agriculture par décret. En avril 1791, ses nefs accueillent les obsèques nationales de Mirabeau. Ultime convulsion : pendant la Commune de 1871, un club révolutionnaire s'y installe, et lors de la Semaine sanglante, quelque 300 fédérés faits prisonniers dans les Halles toutes proches sont fusillés sur place.
- 1532 — 1637 Construction et consécration de l'église Saint-Eustache, paroisse des Halles
- 1790 — 1792 Siège de la Section des Postes (usage civique révolutionnaire)
- 1793 — 1795 Siège de la Section du Contrat Social
- 21 mai 1795 Consacrée Temple de l'Agriculture par décret du 2 prairial an III
- après 1795 Restitution au culte catholique sous le nom de Saint-Eustache
- XIXe siècle — aujourd'hui Église Saint-Eustache, monument historique classé
Saint-Eustache est toujours debout, classée monument historique, et l'une des plus grandes et belles églises de Paris. On peut y admirer ses orgues monumentales, une toile de Rubens et des chapelles Renaissance superbes. Des concerts de musique classique y sont régulièrement donnés — une tradition qui remonte à Berlioz.