Au 20 de la rue de Reuilly, dans ce faubourg Saint-Antoine qu'on associe spontanément aux grandes colères populaires, se dresse la caserne Reuilly — un lieu dont le sol garde la mémoire de quinze siècles d'histoire turbulente. Tout commence ici par un manoir champêtre mérovingien : Dagobert Ier y séjourne vers 628, dans ce hameau de Reuilly alors en pleine campagne. Après la Guerre de Cent Ans, les bâtiments tombent en ruine et deviennent, sous Charles VII, un repaire de miséreux — une cour des miracles en lisière de la ville.
En 1634, le site change radicalement de vocation. Louis XIII, puis Louis XIV et son grand ministre Colbert, y implantent une manufacture royale des glaces destinée à concurrencer Venise — la grande rivale européenne du miroir. Dirigée notamment par Nicolas du Noyer, elle produit ces surfaces réfléchissantes qui ornent bientôt Versailles, avant d'être transférée à Saint-Gobain. Une reconversion militaire suit au XIXe siècle.
La caserne devient alors un enjeu stratégique à chaque soulèvement. En février 1848, les insurgés l'emportent d'assaut. En juin 1848, les hommes du faubourg Saint-Antoine s'y battent avec acharnement — des forces qui, selon les contemporains, manqueront cruellement à ceux qui tentaient simultanément d'investir l'Hôtel de Ville. En mai 1871, les Fédérés y résistent si farouchement que les Versaillais ne l'emportent qu'à coups de canon — avant qu'une trahison intérieure n'envoie neuf pompiers devant un peloton d'exécution.
- vers 628 Manoir champêtre des rois mérovingiens (hameau de Reuilly)
- après 1450 Ruines converties en cour des miracles
- 1634 Manufacture royale des glaces de Reuilly
- XIXe siècle Caserne militaire (Caserne Reuilly)
- 1944 — aujourd'hui Caserne Reuilly, base de pompiers puis caserne de la garde républicaine
La caserne Reuilly abrite aujourd'hui un escadron de la Garde républicaine. Les bâtiments militaires ont largement remplacé les traces des époques précédentes, mais la cour pavée et quelques façades du XIXe siècle rappellent que ce carré de faubourg a vécu plus d'histoire que bien des monuments.