Au cœur du Palais-Royal, adossée à ce qui deviendra l'une des places les plus animées de Paris, cette salle d'opéra naît en 1673 à l'initiative de Jean-Baptiste Lully, tout-puissant surintendant de la musique de Louis XIV. Le roi lui a accordé le privilège de l'Académie royale de musique, et Lully installe son règne ici pendant deux décennies, imposant sa marque sur le goût musical français. La salle connaît une première vie brillante jusqu'à ce qu'un incendie la ravage en 1763.
Une salle de remplacement — dite « seconde salle du Palais-Royal » — est aménagée sur le même site par l'architecte Pierre-Louis Moreau-Desproux et ouvre vers 1770, accueillant quelque 3 000 spectateurs. C'est là que Christoph Willibald Gluck crée en 1774 son Iphigénie en Aulide, livret inspiré de Racine : Sophie Arnould tient le rôle-titre, Marie-Antoinette assiste au triomphe depuis sa loge, et même Jean-Jacques Rousseau, pourfendeur de l'opéra français, salue le génie du compositeur. La querelle des Gluckistes et des Piccinistes enflamme Paris depuis ces mêmes balcons.
En 1716, entre les deux salles, la scène avait connu un autre moment mémorable : Luigi Riccoboni et sa troupe italienne, rappelés en France par le Régent Philippe II d'Orléans, y font leur retour triomphal, ressuscitant la Commedia dell'arte dans la capitale. La salle provisoire brûle à son tour le 8 juin 1781, forçant l'Opéra à émigrer vers la salle des Menus-Plaisirs — mais non sans avoir accueilli en 1787 la création de Tarare, opéra d'Antonio Salieri sur un livret de Beaumarchais, très attendu après les deux Figaro mais au succès plus mesuré.
- 1673 Salle de l'Opéra de Paris, ouverte par Lully au Palais-Royal sous le privilège de l'Académie royale de musique
- 1716 Accueil du retour des Comédiens-Italiens, à l'initiative du Régent
- 1763 Destruction par incendie de la première salle (6 avril 1763)
- 1770 — 1781 Seconde salle du Palais-Royal, salle provisoire de l'Opéra de Paris (≈ 3 000 places), aménagée par Moreau-Desproux
- 8 juin 1781 Destruction par un second incendie ; l'Opéra est transféré à la salle des Menus-Plaisirs
- 1787 Dernière grande création attestée dans la salle provisoire reconstruite : Tarare de Salieri et Beaumarchais
Le Palais-Royal existe toujours, dans le 1er arrondissement, avec ses galeries et ses jardins ouverts au public. Aucune trace physique de la salle d'opéra ne subsiste : l'espace a été entièrement remanié au fil des reconstructions du Palais-Royal à la fin du XVIIIe siècle. Une plaque ou mention commémorative peut signaler le souvenir de Lully sur le site.