Au 211 rue Saint-Honoré, à deux pas des Tuileries, se dresse un hôtel particulier dont l'histoire déborde de noms illustres. C'est ici que la puissante famille de Noailles installe sa demeure parisienne, et c'est ici que le jeune La Fayette vient habiter après avoir épousé en 1774 Adrienne de Noailles, fille de la maison. Il a dix-sept ans, elle en a quatorze : un mariage d'aristocrates, mais qui deviendra une union sincère et fidèle. C'est de cet hôtel que part le futur héros de deux mondes pour l'Amérique, et c'est ici qu'il revient en 1779, triomphant — Marie-Antoinette elle-même le reçoit dans ces murs pour saluer son retour. L'hôtel accueille aussi un tribunal chargé de régler les différends entre nobles, présidé par Louis de Noailles, signe du prestige judiciaire et social de la famille sous l'Ancien Régime.
Sous le Consulat, Charles-François Lebrun, troisième consul de la République, y établit sa résidence — preuve que la demeure traverse les régimes sans perdre de son lustre. Bien plus tard, reconverti en hôtel de voyageurs sous le nom de Saint James et Albany, le lieu accueille en 1921 Francis Scott Fitzgerald et sa femme Zelda, ainsi que Sinclair Lewis, qui y travaille alors à Babbitt. En 1969, Graham Greene cite l'établissement dans Voyages avec ma tante, lui offrant une dernière consécration littéraire.
- XVIIIe siècle Hôtel de Noailles — demeure aristocratique de la famille de Noailles
- 1774 — 1782 Résidence de La Fayette et d'Adrienne de Noailles, puis du troisième consul Lebrun (1802)
- XIXe — XXe siècle Transformation en établissement hôtelier : Hôtel Saint James et Albany
- 1921 — 1969 Hôtel Saint James et Albany — étapes de Fitzgerald, Zelda, Sinclair Lewis, cité par Graham Greene
- Aujourd'hui Hôtel Saint James & Albany, établissement hôtelier rue Saint-Honoré
L'adresse abrite toujours l'Hôtel Saint James & Albany, établissement hôtelier de caractère occupant les volumes de l'ancien hôtel particulier. Les façades témoignent encore de l'architecture aristocratique du XVIIIe siècle. On peut longer la rue Saint-Honoré et imaginer La Fayette franchissant ce porche, à quelques minutes à pied du Palais-Royal.