L'Architecture française (Marot), Hôtel Pussort (puis Hôtel de Noailles), Élévation de la façade du côté du jardin, Gallica
Le 11 avril 1774, dans la chapelle de l'Hôtel de Noailles, Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier de La Fayette épouse Adrienne de Noailles. Il a seize ans. Elle en a quatorze. C'est un mariage arrangé entre deux grandes familles — les Noailles sont l'une des plus puissantes de France, proches du roi. La Fayette, lui, est un orphelin auvergnat très riche dont la fortune impressionne davantage que les manières à la Cour.
Une plaque rappelle aujourd'hui l'événement au 211 rue Saint-Honoré, là où se trouve aussi un panneau Histoire de Paris. Mais l'Hôtel de Noailles proprement dit s'étendait un peu plus à l'est, aux actuels 219-223 de la même rue — un ensemble de bâtiments et de jardins qui descendait jusqu'à la rue de Rivoli. Il a été démoli après 1830, et c'est à son emplacement qu'a été percée la rue d'Alger.
La Fayette s'installe chez ses beaux-parents et y vit jusqu'en 1783. C'est là qu'il rentre triomphalement le 15 février 1779 après son premier séjour américain — Marie-Antoinette se déplace en personne pour le recevoir. Car entre-temps tout a changé. En garnison à Metz en août 1775, il avait assisté à un dîner où le duc de Gloucester, frère du roi d'Angleterre, avait évoqué la révolte des colonies américaines. Sa décision fut prise ce soir-là. En avril 1777, à dix-neuf ans, il quittait clandestinement la France à bord d'un navire acheté de sa fortune, La Victoire, sans l'autorisation de Louis XVI.
Ce qu'il trouva en Amérique, c'est Washington, dont il devint l'un des lieutenants les plus fidèles, major général à vingt ans. Adrienne, restée rue Saint-Honoré, l'attendit. Elle sera arrêtée sous la Terreur, emprisonnée, sauvée de justesse. Leur mariage arrangé était devenu une histoire d'amour.