Au 296 de la rue Saint-Honoré s'élève l'une des grandes églises baroques de Paris, commencée au XVIIe siècle et achevée bien plus tard — sa façade, sculptée avec faste, donne directement sur la chaussée. C'est dans ses murs que reposent ou ont reposé quelques-uns des esprits les plus hardis du siècle des Lumières : Denis Diderot y est inhumé en 1784, suivi de Gabriel Bonnot de Mably en 1785, puis du juriste Jean-Baptiste Mercier Dupaty en 1788, et enfin du baron d'Holbach en 1789 — l'auteur anonyme du très athée Système de la Nature qui finit, paradoxe savoureux, dans une église. En 1719, c'est ici que John Law se convertit au catholicisme, ouvrant la voie à sa nomination comme contrôleur général des finances.
Mais Saint-Roch est aussi une scène de violence. En 1750, le parvis s'embrase lors d'une émeute populaire : le bruit court que la police enlève des enfants pour fournir à la cour un bain de sang — faux bruit, vraie haine. Puis vient Vendémiaire an IV (octobre 1795) : Napoléon Bonaparte, sous les ordres de Barras, mitraille les insurgés royalistes massés sur les marches. Les impacts de boulets restent longtemps visibles sur la façade.
Pendant la Révolution, l'église sert de siège à la section du Palais-Royal, puis de la Montagne. En 1815, les obsèques de la comédienne Marie Saucerotte tournent au scandale anticlérical — cinq mille manifestants aux cris de « mort aux prêtres ». En 1871, la Commune en revendique l'usage nocturne pour des réunions publiques. Balzac, lui, y plante son César Birotteau, très fier d'avoir reçu une blessure sur ces mêmes marches le 13 Vendémiaire.
- XVIIe siècle Construction et dédicace à saint Roch, patron des pestiférés
- 21 mai 1795 (2 prairial an III) Consacrée au Génie par décret révolutionnaire, rebaptisée Temple du Génie
- 1790 — an III Siège de la section du Palais-Royal, puis de la Butte des Moulins (renommée section de la Montagne après Thermidor)
- Début XIXe siècle Retour au culte catholique sous le nom d'église Saint-Roch
- Aujourd'hui Église paroissiale Saint-Roch, classée monument historique
L'église Saint-Roch est toujours une paroisse catholique active, classée monument historique. Sa façade baroque porte encore, dit-on, les traces des boulets de Vendémiaire. L'intérieur conserve un remarquable ensemble de sculptures et de peintures, et les dalles funéraires rappellent le panthéon philosophique qui y fut inhumé.