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Planté sur la rive gauche depuis 1293, le couvent des Grands Augustins est l'un des lieux les plus chargés d'histoire de Paris. C'est Philippe IV le Bel qui installe les augustins de l'ancienne Observance en ce bord de Seine, après leur passage sur la rive droite. Leur grande salle — la plus vaste de la capitale médiévale — devient aussitôt un espace politique autant que religieux : l'ordre du Saint-Esprit y tient séance, le Parlement y siège parfois, et la corporation des Épiciers y élit domicile dans l'église attenante.

Le couvent vit défiler les crises du royaume. En 1358, Étienne Marcel y convoque l'assemblée des notables pour tenter d'institutionnaliser son coup de force contre le dauphin Charles — un moment fondateur du parlementarisme français avant la lettre. En 1407, Louis d'Orléans et Jean sans Peur s'y réconcilient solennellement, simulacre de paix qui ne tiendra guère. En 1559, le courageux Anne du Bourg prend ici la parole pour défendre les protestants face à Henri II. Henri III y fonde en 1579 l'ordre des Chevaliers du Saint-Esprit. Et c'est dans cette même grande salle que Marie de Médicis est proclamée régente en 1610, quelques heures après l'assassinat d'Henri IV.

Après la Révolution qui disperse les moines, les bâtiments se muent en ateliers et imprimeries. En 1828, un jeune typographe nommé Pierre-Joseph Proudhon y travaille et croise Charles Fourier, rencontre décisive pour sa pensée. Plus tard, sous la Troisième République, la maison d'édition Gauthier-Villars occupe les lieux — et Colette y séjourne quelques semaines avec son mari Willy, à l'aube de sa carrière littéraire.

Noms successifs du lieu

  • 1293 Installation des Augustins de l'ancienne Observance, fondation du couvent
  • 1358 — 1610 Grande salle du couvent, haut lieu des cérémonies royales et des assemblées politiques
  • 1579 Siège de l'ordre des Chevaliers du Saint-Esprit, fondé par Henri III
  • 1789 — 1797 Lieu de réunion du club monarchien (partisans d'une monarchie parlementaire) ; suppression du couvent à la Révolution
  • XIXe siècle — 1893 Imprimerie puis maison d'édition Gauthier-Villars, atelier typographique où travaille Proudhon
  • Depuis le XIXe siècle Immeuble de rapport et locaux commerciaux, 55 quai des Grands Augustins

Toponymie — quai des Grands Augustins

quai des Grands Augustins
Couvent des Grands Augustins, ainsi qualifié par opposition au monastère des Petits Augustins.
Anciens noms : quai de la Rivière · quai de la Vallée
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Événements à cette adresse

11 événements · 1293 — 1893
Maison d'édition Gauthier-Villars — Demeure de Colette et d'Henry Gauthier-Villars
Emplacement : dernier étage
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55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
Imprimerie de la Maison Gauthier (où travaille Pierre-Joseph Proudhon)
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55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
Couvent des Grands Augustins — Club des Impartiaux
Emplacement : lieu disparu
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Personnage(s) : Pierre-Victor Malouet
55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
Couvent des Grands Augustins
Marie de Médicis est proclamée régente à la mort d'Henri IV
Emplacement : lieu disparu
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Personnage(s) : Marie de Médicis ·Henri IV ·Louis XIII
55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
Couvent des Grands Augustins
Emplacement : lieu disparu
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Personnage(s) : Henri III
55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
Couvent des Grands Augustins
Emplacement : lieu disparu
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Personnage(s) : Anne du Bourg ·Henri II
55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
Église des Grands Augustins
Emplacement : lieu disparu
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55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
Couvent des Grands Augustins (réunions de l'assemblée des notables)
Le 23 février 1358, Étienne Marcel tente de donner un cadre institutionnel durable au rapport de force qu’il vient d’imposer au dauphin Charles. Quelques jours après l’irruption armée au Palais de la Cité et le meurtre…

Le 23 février 1358, Étienne Marcel tente de donner un cadre institutionnel durable au rapport de force qu’il vient d’imposer au dauphin Charles. Quelques jours après l’irruption armée au Palais de la Cité et le meurtre des deux maréchaux, le prévôt des marchands réunit au couvent des Grands Augustins une large assemblée de notables, prolongement des états généraux de 1357.

L’objectif est clair : transformer un coup de force urbain en réforme de la monarchie. On y réaffirme les exigences portées par la « Grande Ordonnance » de 1357 : contrôle des finances royales, surveillance de l’entourage du prince, participation des représentants des villes et des ordres aux décisions majeures. La figure du roi, affaiblie par la captivité de Jean le Bon, doit désormais être encadrée par des états généraux réguliers, capables de limiter l’arbitraire et de peser sur la politique de guerre comme sur la fiscalité.

Pour Marcel et ses alliés, il s’agit d’instaurer de facto une « monarchie contrôlée », où le pouvoir royal reste central mais ne peut plus gouverner sans le concours et le consentement des représentants du royaume, notamment de Paris. Le couvent des Grands Augustins devient ainsi, le temps de ces réunions, le laboratoire d’un régime mixte, entre monarchie traditionnelle et proto‑parlementarisme.

Cette tentative restera pourtant inachevée. La violence du 22 février, les résistances d’une partie de la noblesse et des élites urbaines, la crainte du désordre et, bientôt, l’assassinat d’Étienne Marcel en juillet 1358, refermeront la parenthèse. Mais la séquence de février‑mars 1358, et en particulier les délibérations des Grands Augustins, laisseront dans la mémoire politique française l’image d’un moment où l’on a cherché, bien avant 1789, à soumettre la monarchie à un contrôle permanent des états.

Emplacement : lieu disparu
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Personnage(s) : Étienne Marcel
55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
Couvent des Grands Augustins — Cadran solaire
Le couvent des Grands-Augustins, situé au 55 quai des Grands-Augustins à Paris, fut acquis en 1293 par les Augustins de l’ancienne Observance, qui s’y installèrent après avoir quitté leur précédent emplacement sur la…

Le couvent des Grands-Augustins, situé au 55 quai des Grands-Augustins à Paris, fut acquis en 1293 par les Augustins de l’ancienne Observance, qui s’y installèrent après avoir quitté leur précédent emplacement sur la rive droite. Ce couvent, dont la construction s’étend du XIVᵉ au XVe siècle, devint un centre religieux et politique majeur, accueillant notamment la fondation de l’ordre du Saint-Esprit par Henri III en 1579 et l’intronisation de Louis XIII en 1610. L’église du couvent servit de lieu de sépulture à de nombreuses personnalités, et ses sols étaient pavés de pierres tombales, dont certaines subsistent comme vestiges. Un cadran solaire est visible au quatrième étage d’un bâtiment actuel, témoignage des transformations du site après la Révolution, qui entraîna la destruction du couvent et la vente de ses terrains comme biens nationaux. Philippe IV le Bel, roi de France, n’est pas directement lié à la fondation du couvent mais son règne correspond à la période d’installation des Augustins à cet emplacement.

Emplacement : lieu disparu
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Personnage(s) : Philippe IV le Bel
55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
55 quai des Grands Augustins — 6e arr.
55 quai des Grands Augustins — 6e arr.

Aujourd'hui

Les bâtiments conventuels ont largement disparu ou été transformés au fil du XIXe siècle. L'adresse du 55 quai des Grands Augustins s'inscrit aujourd'hui dans un immeuble parisien ordinaire. Le souvenir du couvent subsiste surtout dans le nom du quai lui-même, et dans les pierres d'angle de quelques vestiges médiévaux repérables dans les cours intérieures du quartier.

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