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Au 8 boulevard de Grenelle, dans le 15e arrondissement, le Vélodrome d'Hiver — le « Vel' d'Hiv' » pour tout Paris — est bien plus qu'une piste cycliste couverte. Cette immense salle de métal et de verre, construite au début du XXe siècle, devient dès les années 1930 l'une des grandes arènes politiques de la capitale. Les meetings s'y succèdent à un rythme effréné : en 1936, Léon Blum y vient en personne arbitrer les accords de Matignon devant une foule ouvrière électrisée ; l'année suivante, Maurice Thorez y lance le slogan « la France aux Français », virage nationaliste surprenant pour un secrétaire général du PCF, tandis qu'un autre soir, Dolores Ibárruri — la Pasionaria — galvanise la salle pour la République espagnole.

L'Occupation retourne le lieu comme un gant. Les collaborationnistes Abel Bonnard, Marcel Déat et Jacques Doriot en font leur tribune pour leurs grandes messes antibolcheviques. Mais c'est en juillet 1942 que le Vel' d'Hiv' entre dans l'histoire noire : les 16 et 17 juillet, 12 884 juifs — hommes, femmes, enfants — raflés par la police française aux ordres de René Bousquet, y sont entassés pendant des jours dans des conditions atroces avant d'être acheminés vers les camps de la mort. Un crime d'État que la République mettra des décennies à reconnaître officiellement.

Après la Libération, la salle reprend ses fonctions : hommage du PCF à Staline en 1953, premier grand meeting du poujadisme en 1955. Mais l'infamie revient : sous l'autorité du préfet Maurice Papon, le Vel' d'Hiv' devient en 1958 puis en 1961 un centre de rétention pour les Algériens raflés, notamment lors de la répression de la manifestation pacifique d'octobre 1961 contre le couvre-feu qui leur était imposé. La salle est démolie en 1959 — les derniers usages répressifs se font donc dans les bâtiments subsistants ou sur le site.

Noms successifs du lieu

  • 1909 Ouverture du Vélodrome d'Hiver, salle couverte consacrée aux courses cyclistes et aux spectacles
  • 1936 — 1944 Grande arène des meetings politiques du Front populaire, puis tribune des meetings collaborationnistes sous l'Occupation
  • 16-17 juillet 1942 Lieu de regroupement des victimes de la rafle du Vel' d'Hiv' (12 884 juifs arrêtés par la police française)
  • 1944 — 1955 Salle de meetings de la Libération : PCF, poujadisme, hommages politiques
  • 1958 — 1961 Centre de rétention pour Algériens raflés, sous l'autorité du préfet Maurice Papon
  • 1959 Démolition du Vélodrome d'Hiver ; le site accueille aujourd'hui un immeuble résidentiel et une plaque commémorative

Toponymie — boulevard de Grenelle

boulevard de Grenelle
Longe l'ancienne commune de Grenelle.
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Événements à cette adresse

15 événements · 1936 — 1961
Vélodrome d'Hiver — Vel' d'Hiv'
Lieu d'internement des Algériens raflés lors d'une manifestation pacifique contre couvre-feu qui leur était imposé
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Personnage(s) : Maurice Papon ·Charles de Gaulle
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
Vélodrome d'Hiver — Vel' d'Hiv'
Rafle de 2 000 militants algériens, conduits au Vel' d'Hiv', suite à l'attaque d'un dépôt et du garage de la préfecture par le FLN
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8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
Vélodrome d'Hiver — Vel' d'Hiv'
Centre de rétention de français musulmans d'Algérie (FMA). Créé sur ordre du préfet de police de Paris récemment promu Maurice Papon, de sinistre mémoire
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Personnage(s) : Maurice Papon
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
Vélodrome d'Hiver — Vel' d'Hiv'
Premier meeting, très ferme, des milices patriotiques du PCF, contre le désarmement des milices
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8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
Vélodrome d'Hiver — Vel' d'Hiv'
Les 16 et 17 juillet 1942, c'est la police française qui arrête, à Paris et en banlieue, plus de treize mille Juifs. L'opération porte un nom de code : « Vent printanier ». Elle est décidée par les Allemands – le SS…

Les 16 et 17 juillet 1942, c'est la police française qui arrête, à Paris et en banlieue, plus de treize mille Juifs.

L'opération porte un nom de code : « Vent printanier ». Elle est décidée par les Allemands – le SS Theodor Dannecker – mais exécutée par la police française. René Bousquet, secrétaire général à la police de Vichy, en a négocié les modalités ; à Paris, le préfet de police Amédée Bussière la met en œuvre. Au matin du 16 juillet, quelque 4 500 policiers et gendarmes français se répartissent la ville, listes en main, dressées à partir du fichier des Juifs recensés. En deux jours, ils arrêtent plus de treize mille personnes – 12 884 selon un décompte, 13 152 selon les registres de la préfecture : environ 5 900 femmes, 3 100 hommes et 4 100 enfants.

Les personnes seules et les couples sans enfant sont conduits directement au camp de Drancy. Les familles – près de huit mille personnes – sont entassées au Vélodrome d'Hiver, le « Vél' d'Hiv' », au 8 boulevard de Grenelle, dans le 15e : une piste cyclable sous une verrière, en plein mois de juillet, où l'on reste cinq jours sans eau, sans vivres, presque sans soins. De là partent les convois vers Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, puis vers Auschwitz. Des quelque 4 100 enfants raflés, aucun n'est revenu.

Pendant un demi-siècle, l'État français s'est tu, entretenant l'idée d'un Vichy étranger à la France. Il aura fallu attendre le 16 juillet 1995 pour qu'un président de la République, Jacques Chirac, reconnaisse, sur les lieux, la responsabilité de l'État français : « La France, ce jour-là, accomplissait l'irréparable. »

Le vélodrome, lui, a brûlé et fut démoli en 1959 ; il ne reste rien de lui sur le boulevard de Grenelle. À quelques pas, au bord de la Seine, un monument dû au sculpteur Walter Spitzer – une femme enceinte, des enfants, un vieillard – fut élevé en 1994. Il tient la place que le stade ne peut plus tenir.

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8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
Vélodrome d'Hiver — Vel' d'Hiv'
Pour complaire aux occupants, Héring fait interner 9 771 femmes "indésirables", parce qu'allemandes Juives ou opposantes aux nazis, des françaises mariées avec des allemands, des réfugiées... Elles sont internées à Gurs dans le Var
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Personnage(s) : Pierre Héring
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
Vélodrome d'Hiver — Vel' d'Hiv'
Protestation contre l'aménagement de la semaine de 40 heures, organisée par l'Union des syndicats ouvriers de la région parisienne
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8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
Vélodrome d'Hiver — Vel' d'Hiv'
Le secrétaire général du Parti communiste reprend au Vélodrome d'Hiver un mot d'ordre emprunté à l'extrême droite : l'internationalisme ouvrier vient de céder devant la raison d'État soviétique. Le 28 septembre 1937, au…

Le secrétaire général du Parti communiste reprend au Vélodrome d'Hiver un mot d'ordre emprunté à l'extrême droite : l'internationalisme ouvrier vient de céder devant la raison d'État soviétique.

Le 28 septembre 1937, au Vélodrome d'Hiver, 8 boulevard de Grenelle dans le 15e arrondissement, Maurice Thorez tient meeting devant des milliers de militants. Secrétaire général du Parti communiste français depuis 1930, il incarne la ligne du Front populaire : union avec les socialistes et les radicaux, défense de la République, patriotisme républicain.

Ce jour-là, il lance un mot d'ordre : "la France aux Français." La formule n'est pas neuve. Elle est le slogan de la Ligue antisémitique d'Édouard Drumont depuis les années 1890, reprise par l'Action française, employée par toute l'extrême droite nationaliste et xénophobe. Que le dirigeant du Parti communiste la reprenne dans un meeting public marque une rupture de fond.

La logique de cette rupture est extérieure au mouvement ouvrier français. Depuis 1934, l'URSS de Staline a réorienté la politique du Komintern : la ligne "classe contre classe" est abandonnée au profit des Fronts populaires, alliance des communistes avec les partis bourgeois antifascistes. L'objectif de Moscou est diplomatique : sécuriser des alliances militaires en Europe occidentale contre l'Allemagne nazie. Le pacte franco-soviétique de 1935 concrétise cette orientation. Pour rendre le PCF acceptable comme partenaire d'un gouvernement français, Thorez doit le nationaliser, l'inscrire dans la continuité de la Révolution française, de Jeanne d'Arc, de la patrie.

Cette conversion patriotique aura un coût considérable. Elle affaiblit la capacité du PCF à défendre les travailleurs immigrés, elle contredit un demi-siècle d'internationalisme ouvrier, elle rend inaudible pour les militants le retournement de 1939 quand le pacte germano-soviétique imposera brutalement la ligne inverse. Elle sera dénoncée dès l'époque par les opposants de gauche au stalinisme : Trotsky, exilé, y voit la subordination complète des partis communistes nationaux aux besoins de la diplomatie soviétique ; la Gauche révolutionnaire de Marceau Pivert fait la même analyse depuis l'intérieur de la SFIO.

Le Vélodrome d'Hiver sera détruit en 1959. Il est resté dans la mémoire pour une autre raison : la rafle de juillet 1942.

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Personnage(s) : Maurice Thorez
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.
Vélodrome d'Hiver — Vel' d'Hiv' (construit en 1910)
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Personnage(s) : Léon Blum ·Maurice Thorez
8 boulevard de Grenelle — 15e arr.

Aujourd'hui

Le Vel' d'Hiv' a été démoli en 1959. À son emplacement s'élève désormais un immeuble résidentiel. Une plaque commémorative rappelle la rafle de juillet 1942 ; à proximité, une sculpture rend hommage aux victimes. Le souvenir du lieu est aujourd'hui indissociable de ce crime, reconnu officiellement par Jacques Chirac en 1995.

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